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L’ancien ministre de l’Intérieur se félicite d’avoir réussi à baisser drastiquement le nombre de régularisations lors de son passage à Beauvau.

DANIEL PERRON / Hans Lucas via AFP
Bruno Retaileau à Paris en décembre 2025.
EN BREF • L’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau se félicite de la baisse drastique des régularisations de personnes sans-papiers sur un an.
• Il n’évoque pas, en revanche, les données moins reluisantes pour son bilan, comme le nombre de demandes en attente.
• Qui plus est, le dispositif pour les « métiers en tension », censé être le pendant à la politique de durcissement, est en échec.
Un chiffre choc. Le Monde révèle que les délivrances de titres de séjour ont chuté de 42 % en 2025. 11 000 titres ont été délivrés cette année, contre 19 000 l’an dernier. Une baisse drastique due au durcissement de la politique de régularisation et l’adoption il y a un an de la circulaire Retailleau. Destinée aux préfets, elle conditionne les admissions à une présence de sept ans en France, à une maîtrise du français certifiée par un examen, à l’absence de toute menace à l’ordre public ou encore à l’absence d’une OQTF préalable.
Ce chiffre fait la fierté de l’ancien ministre de l’Intérieur, qui a quitté ses fonctions en octobre. Dans un tweet, Bruno Retailleau se réjouit d’avoir « fixé des règles claires et exigeantes pour les régularisations ». « La fermeté n’est pas un slogan : c’est une politique qui produit des résultats », ajoute-t-il. En outre, les régularisations au titre du travail ont baissé de 54 %, et celles en raison de la vie privée et familiale de 58 %.
Mais derrière ces statistiques en apparence flatteuses pour le Vendéen, quoique critiquées par les associations et les collectifs d’accueil des personnes exilées, se cachent d’autres réalités. D’abord, la régularisation des anciens mineurs non accompagnés, désormais majeurs et en formation professionnalisante, est en hausse de 12 % en 2025. De ça, Bruno Retailleau ne parle pas.
« Pourrissement de la situation »
Pas plus qu’il n’aborde la question des régularisations dans certains « métiers en tension », qui semble dysfonctionner au vu de sa faible étendue. Mise en place par la « loi immigration » de Gérald Darmanin à l’hiver 2023, pour être le pendant à la stratégie de durcissement, elle est censée accorder des papiers à des travailleurs dans certains secteurs jugés essentiels.
Problème : elle est mal calibrée. De nombreux professionnels déplorent sa déclinaison sur le terrain. Ainsi le secteur du nettoyage, pour lequel travaillent de nombreuses personnes sans papiers, n’est pas concerné par la disposition en Île-de-France. Au total, seuls 700 titres ont été accordés en 2025. De quoi rompre avec la promesse initiale de l’exécutif sur les enjeux migratoires.
« Même des personnes qui travaillent dans certains secteurs difficiles sont notifiés d’une obligation à quitter le territoire. Plus de secteurs en tension, plus de valeur travail, plus de droits fondamentaux », a regretté la députée écologiste Sandrine Rousseau dans une question au gouvernement ce mardi 23 décembre. L’élue dénonce une « compétition mortifaire entre les préfets » puisque « c’est à celui qui aura le meilleur chiffre ». À rebours de la conception de la politique migratoire portée par Bruno Retailleau, Sandrine Rousseau considère que « l’administration française brise des familles et transforme des hommes et des femmes en simple chiffres de tableurs Excel ». Elle fustige la « folie expulsative » du pouvoir.
« Il y a un pourrissement de la situation des travailleurs étrangers. Les critères de la circulaire Retailleau sont trop flous, on ne peut même pas conseiller aux gens de déposer une demande de titre de séjour, ils prennent trop de risque », acquiesce Cécile Boulai, l’une des membres du collectif migrants de la CGT de Paris, dans les colonnes du Monde.
En plus du durcissement de la politique migratoire, les personnes exilées sont confrontées à des services en préfecture complètement débordés, des temps d’attente à rallonge, des prises de rendez-vous qui ressemblent à un parcours du combattant. En Seine-Saint-Denis, département où le taux de population étrangère est le plus élevé, près de 20 000 demandes de premiers titres de séjour sont toujours en attente d’examen, relève le quotidien du soir. Mais de tout ça, comme des situations humaines derrière les statistiques, Bruno Retailleau ne parle pas.


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