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Ce mur de 200 mètres gît à 350 m sous la mer Noire : aucune civilisation connue ne peut l’expliquer

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À 350 mètres sous la surface de la mer Noire, un submersible a filmé des blocs de pierre régulièrement taillés, alignés sur près de 200 mètres. Aucune civilisation connue dans cette région ne correspond aux datations disponibles. Pas les Grecs, pas les Romains, pas les Byzantins. La structure est là, géométrique, délibérée, et sans explication.

À retenir

  • Un mur mystérieux de 200 mètres de pierres taillées gît à 350 mètres sous la mer Noire
  • Aucune civilisation connue ne peut expliquer cette structure géométrique et régulière
  • La mer Noire conserve exceptionnellement bien les artefacts humains grâce à son environnement anoxique

Sommaire

  1. Un abîme qui conserve tout, même les secrets
  2. L’énigme des 200 mètres de pierres taillées
  3. Ce que la science sait, et ce qu’elle ne peut pas encore dater
  4. La question que personne ne peut encore trancher

Un abîme qui conserve tout, même les secrets

La mer Noire n’est pas une mer ordinaire. En dessous de 150 à 200 mètres, l’eau devient anoxique, totalement privée de dioxygène. Aucune vie aérobie, ni poissons ni crustacés, ne peut y survivre. C’est un désert biologique absolu. Ce vide apparent est en réalité un conservatoire. Dans cette eau anoxique en profondeur, la matière organique, y compris les artefacts humains comme les coques de bateaux, est exceptionnellement bien préservée. Des épaves byzantines retrouvées au fond ont gardé leurs mâts dressés, leurs gouvernails en place. Beaucoup de navires reposent au fond avec leurs mâts à la verticale, leurs gouvernails toujours prêts et leurs cales intactes.

Cette particularité chimique unique au monde explique pourquoi ce qui gît au fond de la mer Noire peut être d’une netteté déconcertante. En dessous d’environ 150 mètres, une couche profonde se forme où les processus biologiques et chimiques qui accélèrent normalement la décomposition organique sont drastiquement réduits ou cessent simplement de se produire. Cela empêche l’action d’organismes comme les tarets et autres foreurs de bois qui, dans les environnements marins normaux, détruisent les épaves en quelques décennies. Des blocs de pierre, eux, ne se dégradent pas. Ils attendent.

L’énigme des 200 mètres de pierres taillées

La structure filmée par submersible à 350 mètres de profondeur présente des caractéristiques qui excluent une origine naturelle : des blocs régulièrement taillés, alignés sur environ 200 mètres, avec une géométrie qui évoque une construction intentionnelle. Le problème est simple et vertigineux à la fois : à cette profondeur, quelle civilisation répertoriée dans la région aurait pu bâtir quoi que ce soit ?

La réponse tient dans l’histoire géologique de la mer Noire elle-même. Il y a 10 000 ans, le réchauffement planétaire déclencha une hausse rapide du niveau des mers de plus de 100 mètres. Il y a 8 400 ans, le barrage naturel séparant la mer Noire du reste des océans se serait rompu, entraînant le déversement catastrophique des eaux de la mer Méditerranée dans le lac d’eau douce situé environ 100 mètres en contrebas. Le niveau du lac aurait monté de près de 15 centimètres par jour, remplissant le bassin de la mer Noire en deux ans et provoquant l’exode des populations situées sur ses rives, qui étaient alors densément peuplées. Une catastrophe à l’échelle d’une civilisation entière. Certains chercheurs ont rapproché cet événement du mythe du Déluge.

Or les rives de ce lac préhistorique étaient habitées. Le pourtour de la mer Noire est entré dès le VIIe millénaire avant notre ère dans le Néolithique et dans l’agriculture sédentaire. Des civilisations néolithiques comme celles de Vinča, de Karanovo, de Varna ou de Coucouténi-Tripolié se sont succédé, parsemées de villages, de nécropoles et de sanctuaires. Des peuples qui bâtissaient. Des peuples que l’inondation a chassés, et dont les constructions reposent aujourd’hui sur le fond.

Des preuves directes de ces civilisations englouties ont déjà été retrouvées. Une expédition sous-marine de 2020 a démontré qu’une colonie préhistorique remonte à environ 4 000 ans avant notre ère, et qu’à l’époque c’était entièrement terrestre, hors d’eau, alors que 1 000 ans plus tard, à l’âge du bronze, les habitants étaient obligés de vivre dans des nouvelles maisons sur pilotis. La montée des eaux n’était pas uniforme ni lente : elle a englouti des territoires entiers, des modes de vie entiers.

Ce que la science sait, et ce qu’elle ne peut pas encore dater

La difficulté centrale de ce type de découverte n’est pas de trouver la structure, c’est de la dater avec précision. Les premières expéditions de l’Institut for Exploration dès 1998 et 1999 ont documenté ce qui a été interprété comme un paléorivage à 155 mètres de profondeur, caractérisé par des rochers arrondis par les processus d’érosion côtière ainsi que des coquilles de mollusques d’eau douce de l’Holocène. Ces traces confirment que le fond actuel de la mer Noire fut une côte habitée il n’y a pas si longtemps à l’échelle géologique. Mais une structure à 350 mètres de profondeur est bien plus ancienne, bien plus problématique.

Pour comparaison, d’autres découvertes récentes illustrent le même vertige archéologique. Un mur sous-marin découvert dans la mer Baltique, près de l’Allemagne, date d’environ 11 000 ans. Cette structure de près d’un kilomètre de long aurait été érigée par des populations préhistoriques locales pour chasser les rennes sur la terre qui était à l’époque présente à cet endroit. En Bretagne, des archéologues sous-marins ont découvert une structure immergée construite par l’homme il y a plus de 7 000 ans, à l’ouest de l’île de Sein. Dans ces deux cas, la datation est possible parce que la profondeur est faible et les restes organiques accessibles. À 350 mètres sous la mer Noire, dans une couche totalement anoxique, les méthodes classiques de datation au carbone 14 nécessitent des prélèvements directs sur la structure, une opération qui exige des moyens considérables.

Le Black Sea Maritime Archaeology Project, qui entre 2015 et 2017 a cartographié 2 000 kilomètres carrés de fond marin, a montré l’étendue de ce qui reste à explorer. Les 65 épaves découvertes composent une séquence quasi ininterrompue de 2 500 ans de tradition nautique, couvrant les périodes grecque, romaine, byzantine, ottomane et moderne. Mais ces épaves ont été identifiées et datées grâce à leur forme, leur technologie, leurs cargaisons. Des blocs de pierre taillés, anonymes, sans contexte, sans mobilier associé visible, ne livrent pas leurs secrets aussi facilement.

La question que personne ne peut encore trancher

Trois scénarios s’affrontent. Le premier : une structure néolithique, construite sur les rives du lac préhistorique qui précédait la mer Noire actuelle, engloutie lors du remplissage catastrophique il y a environ 8 400 ans. Le deuxième : une formation naturelle, des fractures géologiques régulières que l’œil humain interprète comme une construction. Le troisième, minoritaire mais non exclu par les géologues : une structure d’une civilisation antérieure aux repères connus, dont l’existence même reste à démontrer.

Le site de Yonaguni, au large des îles Ryukyu, présente d’étranges structures géométriques. Certains chercheurs y voient les restes d’une civilisation préhistorique, tandis que d’autres défendent une origine géologique naturelle. Le débat dure depuis des décennies, sans conclusion définitive. L’honnêteté scientifique oblige à rappeler que la mer est pleine de formations qui ressemblent à des constructions humaines sans l’être. Mais elle est aussi pleine de constructions humaines que personne ne cherchait.

Ce qui est certain : le Black Sea MAP a établi la mer Noire comme l’un des environnements archéologiques les plus importants de la planète. La combinaison de la profondeur, de l’anoxie, du faible niveau de perturbation biologique et de la longue histoire de navigation a créé l’équivalent d’un musée sous-marin de l’histoire humaine. Un musée dont on ne connaît pas encore tous les salles. Le mur de 200 mètres attend que quelqu’un revienne avec les bons outils, et suffisamment de courage intellectuel pour accepter que la réponse pourrait être aussi dérangeante que la question.

Sources : unidivers.fr | france3-regions.franceinfo.fr

Yohan D

Rédigé par Yohan D

Vulgarisateur scientifique depuis plus de dix ans, je m’intéresse à la géographie, aux technologies et à l’environnement. J’espère attirer votre attention sur des sujets captivants !

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