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« Carcassonne pourrait devenir un désert médical », s'inquiète ce médecin retraité

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Très inquiet de la situation de la médecine dans "sa" ville de Carcassonne (Aude), le docteur Philippe Paux, 72 ans a écrit aux candidats aux Municipales pour les inciter à réagir.

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Passionné par son métier de médecin généraliste, Philippe Paux (ici dans son cabinet au premier trimestre 2023) a vu la situation globale se dégrader inexorablement dans Carcassonne (Aude).

Passionné par son métier de médecin généraliste qu’il a exercé de 2000 à 2023, Philippe Paux (ici dans son cabinet au premier trimestre 2023) a vu la situation globale se dégrader inexorablement dans Carcassonne (Aude) au fil des années. (©Ph. Paux)

Par Charles Dos Santos Publié le 7 mars 2026 à 17h02

Après avoir travaillé pendant 51 ans comme médecin militaire puis comme médecin généraliste à Carcassonne (Aude), Philippe Paix est un professionnel de santé désespéré. Il a exercé en libéral durant près d’un quart de siècle et a vu la situation dans ce département, aller de mal en pis.

C’est ce qui l’a incité à écrire une longue lettre ouverte mise en ligne sur Facebook à l’automne 2025, à l’intention des candidats carcassonnais et des élus politiques audois, plus globalement.

5 confrères, au début…

Sollicité par Actu.fr, il a livré un témoignage édifiant et humain sur la situation dégradée de cette profession qu’il continue d’appeler « le plus beau métier du monde, malgré tout ».

Les locaux étaient dans le quartier populaire du Viguier. J'ai très vite eu une patientèle énorme, jusqu'à 3000 patients. C'est un rythme à prendre. Je n'ai pas vraiment eu le choix.

« J’ai exercé pendant 27 ans dans la médecine de guerre. J’ai parcouru une quinzaine de pays. Puis, dans les années 2000, je me suis installé à Carcassonne (Aude) avec femme et enfants dans un cabinet avec quatre autres généralistes expérimentés », se souvient le septuagénaire.

« 10 minutes ! »

Rapidement confronté à des situations sociales très délicates au quotidien, le professionnel a aussi vu sa patientèle grimper en flèche, sans jamais redescendre. « Au début, il y avait une grosse vingtaine de médecins comme moi en ville », assure ce passionné de football.

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« Mes journées débutaient à 8h pour se finir vers 19h45 voire 20h et avec de très courtes pauses pour déjeuner, mon logement étant très proche du cabinet », détaille le retraité.

Avoir 60 patients sur une journée, ça devient vite la norme. Donc, un rendez-vous c'est 10 minutes et pas beaucoup plus. Mais ça se tient car on a des patients réguliers. On connaît bien sa patientèle donc pendant ces consultations, chacun va à l'essentiel, le souffrant comme le soignant.

Outre ce rythme à tenir, ce professionnel de santé acquiert de l’expérience et s’aperçoit très vite qu’autour de lui, la situation ne cesse de se dégrader. « Au fil des années, les confrères ont pris leurs retraites. En fin d’année 2025, il n’en restait que 9 en exercice et 3 vont s’arrêter en décembre prochain ».

Quasiment aucun nouvel arrivant

Au début de la décennie en cours, en tant que professionnel de santé reconnu et respecté, Philippe Paux a diffusé sur ses réseaux sociaux une première lettre ouverte aux candidats pour les municipales du printemps 2020.

« À l’époque, cela a fait son petit effet. Absolument tous sont venus me voir et ont pris conscience de la réalité de la situation », se rappelle le retraité.

L'accès à la santé du quotidien est devenu une catastrophe, clairement. Et cela ne concerne plus que nos campagnes. Carcassonne est directement concernée.

Mais, son appel à l’aide est resté sans lendemain. Ces dernières années, aucun nouvel élément n’est venu apporter une once d’optimisme dans l’esprit comme dans le travail de ce père de trois enfants. Bien au contraire.

« Il n’y a eu aucune arrivée de médecin généraliste dans Carcassonne depuis 2020 voire avant », se désole le septuagénaire, critiquant au passage les candidats à différentes élections promettant l’ouverture de centres interdisciplinaires dans les villes. « Ouvrir ces maisons-là, c’est une excellente chose mais aucun jeune généraliste ne veut s’y installer », certifie ce proche de Magali et François Mourad.

Sur Carcassonne, je crains que nous soyons arrivés à un point minimum, un point bas jamais atteint. La preuve, je ne connais aucun interne qui a envie de s'installer ici comme généraliste. Tous optent pour Toulouse avec son attractivité économique et sinon, pour Narbonne et le littoral pour la qualité de vie.

Reprendre le travail

Face à ce constat implacable, ce père de famille ne pouvait pas laisser la situation péricliter ainsi.

Parmi les confrères qui continuent de travailler, j'en connais un qui poursuit son activité alors qu'il a 77 ans. Il aurait pu arrêter depuis longtemps déjà. Mais il commence à peine à y songer. Comment est-ce possible d'être encore médecin à 77 ans ?

« Depuis un peu plus d’un an, je réfléchis à l’idée de reprendre le travail », reconnaît celui qui a déjà officié pendant 51 ans de sa vie. Mais, cette fois, ce ne sera pas à n’importe quel prix.

Entouré de ses confrères

Entouré de ses confrères Jean-Bernard Audier et Alain Rind, Philippe Paux (ici au centre de l’image) travaille sur la création d’un nouveau centre, dans lequel ne travailleraient que des médecins retraités. (©Ph. Paux)

Retraité depuis le 1er janvier 2024, l’homme planche sur l’avenir de la santé dans « sa » ville, pour les Carcassonnais. Il pourrait donc retrouver sa blouse blanche et son stéthoscope, alors que l’idée lui paraissait inenvisageable il y a encore quelques mois.

Un site municipal fonctionnel

« Je travaille, pour les candidats aux Municipales Magali Bardou et François Mourad, avec deux confrères sur un projet ouvrable dès la fin de l’année 2026, de nouveau centre médical avec des professionnels retraités acceptant de reprendre le travail via des vacations hebdomadaires », s’enthousiasme Philippe Paux.

Implanté dans le quartier populaire du Viguier à Carcassonne (Aude), le docteur Philippe Paux a pu y accueillir jusqu'à 3000 patients différents.

Implanté dans le quartier populaire du Viguier à Carcassonne (Aude), le docteur Philippe Paux a pu y accueillir jusqu’à 3000 patients différents. (©Ph. Paux)

Si le projet se concrétise, pas moins d’une vingtaine de professionnels officieraient « au sein d’un bâtiment municipal actuellement inoccupé, doté d’un parking et facile d’accès pour les habitants », promet cet ancien médecin, originaire de Roubaix (Nord).

Plusieurs généralistes ainsi qu'un dermatologue, un gériatre, un ophtalmologiste, un pneumologue entre autres ont déjà donné leur accord pour travailler dans ce futur espace.

Un avenir sombre

En dehors de cette initiative assumée, l’ancien médecin militaire a récidivé et a récemment publié une nouvelle lettre sous forme d’appel à l’aide, clairement destinée aux candidats aux Municipales 2026 dans la capitale de l’Aude. Cette fois, les réponses ont été moins nombreuses et moins constructives.

Afficher ou télécharger le fichier.

« Outre le binôme Bardou et Mourad, seul le candidat de la gauche, Alix Soler Alcaraz m’a contacté et a posé de nombreuses questions sur cette thématique. Il a conscience de la situation mais ce qu’il propose désormais, des médecins salariés, semble très très compliqué à mettre en place », résume Philippe Paux.

Vouloir attirer ici des médecins salariés peut être une bonne idée. Mais c'est très dur d'y parvenir dans une ville comme Carcassonne, car installé ailleurs, un médecin remplaçant non salarié obtiendra un meilleur revenu. Alors, il n'aurait aucun intérêt à s'implanter ici en tant que salarié.

Désormais, à quelques jours du premier tour, l’homme sait parfaitement que si le binôme qu’il soutient ne succède pas à Gérard Larrat, son projet finira inéluctablement aux oubliettes.

Changement à la faculté

« Au cours de ma carrière, on pouvait travailler jusqu’à 70 heures par semaine et mettre entre parenthèses ses loisirs et sa vie de famille. Mais aujourd’hui, aucun confrère commençant sa carrière n’est prêt ni n’accepterait cela », déplore ce père de famille, pourtant passionné de voyages.

J'ai adoré faire ce métier. Je ne voulais pas en faire un autre. Mais, aujourd'hui, mon seul regret, par exemple, est de n'avoir jamais pu aller en vacances au ski avec mes trois enfants...

Prenant un peu de recul sur son propre secteur d’activité, l’homme assure voir qu’une seule solution crédible pour résoudre partiellement voir totalement cette problématique des déserts médicaux.

« À ce jour, les jeunes diplômés en médecine ont la liberté totale de choisir leur ville d’installation en début de carrière. Et aucun ne se précipite sur Carcassonne. C’est compréhensible. Mais en mettant fin à ce choix à l’issue de la faculté, cela pourrait remédier un peu à améliorer qu’il qualifie de lui-même de dramatique ».

De là à ce que les étudiants acceptent cela, c’est un autre débat dans lequel Philippe Paux, lui, ne se précipite pas.

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