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Une équipe de l'Université de Wageningen et de l'Institut Van Andel, vient de publier dans la revue Nature des résultats prometteurs en cancérologie : ils ont réussi à programmer un outil d'édition génétique pour reconnaître spécifiquement l'ADN des cellules cancéreuses et l'attaquer, tout en épargnant les cellules saines. Une avancée encore expérimentale, mais qui ouvre la voie à des traitements bien plus ciblés et potentiellement moins toxiques.
Une « signature chimique » pour repérer les cellules cancéreuses
Le principal défi dans la lutte contre le cancer reste la capacité des traitements à distinguer les cellules malignes des cellules normales. Chimiothérapie et radiothérapie, par exemple, agissent souvent de manière large, ce qui explique leurs effets secondaires.
Les chercheurs ont ici exploité une différence subtile : la méthylation de l’ADN. Il s'agit de petites modifications chimiques, des groupements méthyle, qui agissent comme des interrupteurs sur les gènes. Or, les cellules cancéreuses présentent des profils de méthylation différents de ceux des cellules saines.
Ces variations constituent une sorte d'empreinte biologique. « La méthylation peut servir d'adresse pour cibler précisément les cellules cancéreuses », explique la chercheuse Hong Li. C'est précisément cette « adresse » que les scientifiques ont appris à lire et à exploiter.
ThermoCas9 : un CRISPR nouvelle génération
Pour y parvenir, l'équipe a utilisé une variante particulière de la technologie CRISPR appelée ThermoCas9, issue de bactéries. Comme les autres outils CRISPR, elle agit comme des ciseaux moléculaires capables de couper l'ADN à des endroits précis.
Mais ThermoCas9 possède une particularité unique : elle est sensible à la présence ou non de ces fameuses marques de méthylation. Concrètement, la présence ou l'absence de ces marques chimiques influence sa capacité à se fixer à une séquence cible.
Dans des expériences menées sur des cellules humaines en culture, les chercheurs ont programmé ThermoCas9 pour cibler des séquences associées à des profils tumoraux. Résultat : l'enzyme a montré un clivage sélectif de cibles liées aux cellules cancéreuses, tout en épargnant l'ADN sain dans les modèles testés.
« Nous disposons désormais d'un système que nous pouvons diriger spécifiquement vers les cellules tumorales », souligne le chercheur John van der Oost.
Selon les chercheurs, ThermoCas9 ouvrirait la voie à une nouvelle forme de thérapie génique. © Nicole, Adobe Stock
Une avancée majeure… mais encore loin d’un traitement
Si ces résultats sont encourageants, il faut rester prudent. À ce stade, les chercheurs ont démontré qu'il est possible de cibler l'ADN en fonction de sa signature épigénétique, pas encore de détruire efficacement une tumeur.
La prochaine étape consiste à aller plus loin : provoquer suffisamment de dommages dans l'ADN pour entraîner la mort des cellules malignes. Cela implique de cibler des gènes essentiels à leur survie.
Autre point important : ces travaux ont été réalisés in vitro, sur des cellules en culture. Avant d'envisager une application chez l'humain, de nombreuses étapes restent nécessaires, notamment des essais précliniques, puis cliniques. Selon les chercheurs, il faudra probablement au moins une décennie avant une éventuelle utilisation thérapeutique.
Au-delà du cancer, cette approche pourrait ouvrir la voie à des outils capables de reconnaître et cibler des cellules malades en fonction de leur « signature » chimique. « Comprendre finement ces mécanismes est essentiel pour développer des thérapies plus précises », rappelle Hong Li.
En clair, il ne s'agit pas encore d'un traitement, mais d'une avancée clé vers une médecine de précision capable, un jour, de neutraliser uniquement les cellules malades sans toucher aux tissus sains.


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