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Du calalou et des aubergines africaines bios en plein sol canadien. Pour une nouvelle génération de producteurs afro-descendants, cultiver ces denrées traditionnelles permet d'éviter les coûts d'importation majeurs, tout en réaffirmant une identité culturelle longtemps freinée par la discrimination systémique du secteur.
Je voulais organiser mon emploi du temps comme je le souhaitais et travailler à l'extérieur au sein de ma communauté et avec des gens que j'apprécie, affirme Cheyenne Sundance. Elle cultive sur un terrain de deux acres, soit l’équivalent d’un terrain de soccer, dont elle est propriétaire.
C'est l'indépendance qui m'a poussé [à acheter ma ferme], résume de son côté Jonathan Busiku dans son exploitation située à 30 minutes de Windsor, en Ontario.

Arrivé de la République démocratique du Congo en 2009, il a acheté une ferme de 20 acres en 2019 et a commencé à l'exploiter en 2020.
Photo : Radio-Canada / Gabriel Nikundana
Nous voulons construire une communauté où les gens se sentent libres et où les gens trouvent la joie de vivre en nature, dit l'agriculteur, qui est aussi enseignant de français.

Cheyenne Sundance a commencé son activité seule, à 23 ans, en louant une serre. Aujourd'hui, elle encadre des salariés.
Photo : Avec la gracieuseté de Cheyenne Sundance
Tous deux proposent des légumes caribéens ou africains bios, comme les aubergines africaines, le calalou ou encore le manioc. Ces légumes sont essentiels dans la culture culinaire des membres des communautés noires, entre autres.
Entre identité et sécurité alimentaire
Quand je suis venu au Canada, je savais que, si j'avais ma propre propriété, je pourrais produire ma propre nourriture, raconte Jonathan Busiku qui nourrit maintenant 200 familles et qui livre dans des supermarchés.
La sécurité alimentaire est l'une des principales motivations de ses agriculteurs. Ils veulent produire une nourriture de qualité, accessible aux familles et qui fait renouer avec leur culture caribéenne ou africaine, trop longtemps effacée par les siècles d'esclavage et de racisme.

Jonathan Busiku devat un champ de maïs.
Photo : GABRIEL NIKUNDANA
« Cultiver nos propres produits, c'est préserver notre identité » explique Toyin Kayo-Ajayi, agriculteur en Colombie-Britannique et fondateur de la Canadian Black Farmers Association [Association des fermiers noirs du Canada], car c'est ce qui fait de nous ce que nous sommes. Si on ne peut pas les cultiver ici, on risque facilement de perdre cette identité et notre culture.

Toyin Kayo-Ajayi est agriculteur depuis 24 ans en Colombie-Britannique. (Février 2026).
Photo : Jimmy Jeong
Il n'y a pas de culture sans cuisine; notre cuisine, c'est notre identité.
Cheyenne Sundance met gratuitement des terrains à la disposition des gens dans le cadre dans son association. Nous avons beaucoup d’agriculteurs noirs qui cultivent les terres que nous gérons, dit-elle. Pour Toyin Kayo-Ajayi, ces fermes créées par des agriculteurs noirs sont une aubaine : « Cela aide les communautés noires et africaines à avoir accès à leur nourriture traditionnelle ».
Cheyenne Sundance constate depuis un sentiment de communauté plus fort qu'auparavant, grâce à son programme d'accès à la terre offert par son association.

Cheyenne Sundance propose des paniers hebdomadaires composés de légumes et de fruits bios cultivés à sa ferme.
Photo : Avec la gracieuseté de Cheyenne Sundance
Développer une économie locale
Ces jeunes agriculteurs noirs sont une nouvelle génération qui tente de faire sa place dans un secteur où 60 % des exploitants agricoles ont plus de 55 ans, selon Statistique Canada, et qui peine à attirer des jeunes.
En ayant une communauté de petites exploitations dans les zones rurales, on verra davantage de jeunes se dire : “ Oh, peut-être que je vais vivre à la campagne. C'est peut-être ce qu'il me faut.”
Les petites exploitations seraient l'idéal pour renforcer les liens communautaires et la création d'emplois, selon Cheyenne Sundance. Si quelqu'un cultive des denrées alimentaires à une échelle humaine, sans utiliser de grosses moissonneuses-batteuses, il va devoir embaucher plus de monde.

Toyin Kayo-Ajayi a fondé l'Association canadienne des fermiers noirs pour aider ces derniers à s'installer et à créer leur exploitation agricole. (Février 2026)
Photo : Association canadienne des fermiers noirs / Jimmy Jeong
Pour Toyin Kayo-Ajayi, l'occasion de l'agriculture afro est dans la production locale. Quand on cultive, on peut y ajouter de la valeur. Certaines personnes peuvent venir chercher votre matière première et la transformer, par exemple en conserve, et tout se fait ici. Et l'on crée ainsi une économie locale canadienne , dit-il.
C'est bénéfique pour tout le monde si on cultive ici. L'importateur n'a plus besoin d'importer. Il peut s'approvisionner chez nous, localement.
Pour le fondateur de l'association, cultiver des produits africains et caribéens au Canada reviendrait moins cher pour la communauté noire, plus touchée par la pauvreté selon les données du recensement et, conséquemment, par l'insécurité alimentaire.
Se lancer dans l’agriculture
Si l’agriculture de végétaux afro semble pleine d'occasions économiques et sociales, beaucoup d’aspirants fermiers hésitent à sauter le pas.
C'est un secteur majoritairement blanc, et beaucoup de gens, à cause de l'aspect raciste de cette situation, ne veulent pas se retrouver au milieu de Blancs et se sentir mal à l'aise, explique Toyin Kayo-Ajayi. Selon lui, les siècles d’esclavage dans les plantations et la discrimination font hésiter les afrodescendants à se lancer en agriculture.
On a installés [les esclaves] sur ces terres agricoles. Du coup, ce stigmate et ce traumatisme affectent certaines personnes.
Les raisons économiques et administratives sont aussi un frein. Par l’absence d’héritage, beaucoup partent de zéro, comme Cheyenne Sundance et Jonathan Busiku. Toyin Kayo-Ajayi conseille aux futurs agriculteurs d'acheter des terres, quitte à vendre leur maison en ville pour acheter leur ferme et ainsi devenir propriétaires.


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