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Alors que les conseils municipaux s’installent, la mairie de Mitry-Mory interpelle l’État. La municipalité est énervée par la dernière loi de finances.
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Par Benjamin Forant Publié le 20 avr. 2026 à 6h04
C’est une situation financière qui inquiète les maires des communes. Alors que les nouveaux conseils municipaux ont été installés lors de la deuxième moitié du mois de mars, les équipes des majorités commencent à travailler sur les projets qui se mettront en place lors du mandat 2026-2032. Mais une question essentielle taraude les esprits : comment réussir à les financer ?
En effet, lors de la campagne municipale, les bruits de couloir concernant un futur mandat compliqué au niveau du budget ont été nombreux. Et cette inquiétude s’est confirmée le 2 février, lors de l’adoption de la loi de finances via 49.3.
Agacée de la situation, Charlotte Blandiot-Faride, maire de Mitry-Mory (Seine-et-Marne), a envoyé une lettre à Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances pour « attirer son attention sur la situation financière des collectivités locales, gravement affectées par la loi ».
Une situation déjà précaire
Pour la maire de Mitry-Mory, cette loi de finances de 2026 est la dernière étape de plusieurs décisions qui mettent en difficulté budgétaire les communes et autres collectivités territoriales. « Ça fait plusieurs années que l’on tire la sonnette d’alarme », explique Charlotte Blandiot-Faride.
L’État prétend que les communes doivent contribuer à la résorption de la dette de la France, alors que nous n’en sommes pas responsables.
Pour expliquer simplement, l’édile compare la situation d’une commune à la gestion d’un budget d’une maison. « Les collectivités sont obligées de voter un budget à l’équilibre. Nous sommes également obligés de faire de l’épargne pour pouvoir investir ou rembourser nos investissements en cours. » Et dans cette situation, elle estime que les nouvelles réformes trouvées dans chaque loi de finances depuis quelque temps impactent fortement le budget des communes. « On n’a plus de vision pluriannuelle de la manière dont on va être ponctionné. »
Parfois, il y a même des réformes qui tombent en milieu d’année, comme celle sur la hausse du point d’indice des agents. Cette hausse est une bonne chose pour les fonctionnaires, mais il n’y a eu aucune anticipation et aide de la part de l’État.
Charlotte Blandiot-Faride explique que le mandat précédent a été difficile, marqué par des crises énergétiques, sanitaires et inflationnistes, mais que cette loi de 2026 va rendre encore plus complexe le bouclage des budgets.
« Cette année, la loi de finances est arrivée en février. On a donc découvert que derrière les grands discours de confiance et de stabilité, on est de nouveau mis à contribution dans de grosses proportions. »
Que contient de nouveau cette loi ?
L’un des points qui fait grincer les dents de la majorité à Mitry-Mory est la question de la Dotation de compensation de la réforme de la taxe professionnelle (DCRTP). En 2010, lorsque Nicolas Sarkozy, alors président de la République, a décidé de supprimer la taxe professionnelle, l’État a choisi d’aider les entreprises en leur versant une dotation compensatoire. Pour les communes, cette décision était déjà une perte de financement, car la dotation n’a jamais été ajustée à l’inflation.
Mais en cette année 2026, la dotation est réduite de nouveau, et dans de grandes proportions. « L’État met en difficulté les communes comme Mitry-Mory qui ont un fort tissu industriel et d’entreprises. Pour ce qui est de la CCRTP, on parle de 50 % de réduction de la dotation. De plus, une autre dotation compensatoire, qui concernait le cadeau fait par Monsieur Macron aux entreprises pour le foncier bâti est aussi réduite. »
Accueillir des entreprises sur son territoire fera perdre 1,6 million d’euros de financement cette année à Mitry-Mory. « Et tout ça, c’est juste pour cette année, il y a un cumul qui arrivera les années suivantes ! »
Et comme si ce n’était pas suffisant, la maire de Mitry-Mory insiste également sur le désengagement de l’État de certaines compétences, qui ajoute des coûts supplémentaires aux collectivités qu’elles ne devraient pas subir. « On n’a pas d’oreille attentive de la part de l’État sur le sujet. On doit gérer la sécurité, la santé, qui ne sont pas des compétences municipales, tout en perdant des moyens. »
Si on nous retire des sources de financement, chacun doit reprendre ses compétences.
Quel impact sur Mitry-Mory ?
Charlotte Blandiot-Faride est énervée que le côté industriel de sa commune soit désormais un frein à son développement. « Je suis fière d’être à la tête d’une ville qui accueille des entreprises, mais elles créent des nuisances avec le passage de camions sur les routes par exemple et il faut davantage de services publics pour accueillir les salariés. »
Il y avait un cercle vertueux entre les entreprises et les communes. Aujourd’hui, on perd ce côté gagnant-gagnant.
Évidemment, cette perte importante de financement va causer des problèmes dans la trésorerie de Mitry-Mory. « On doit faire des choix », souffle l’édile. « Aujourd’hui, il y a des services qu’on ne peut pas développer. Notre recrutement est impacté. Ça joue énormément sur notre investissement, qui va passer de 10 millions à 5 millions d’euros. »
Et surtout, la maire ne sait pas de quoi l’avenir sera fait, ce qui l’oblige à jouer la carte de la sécurité. « On ne sait pas à quelle sauce on sera mangé. Je ne veux donc pas prendre de risque. On est obligé de faire des reports d’investissement et d’augmentation de services. »
Continuer à faire ce que l’on fait, c’est déjà un jeu d’équilibriste.
Cette loi est donc très décriée par la maire communiste de la ville de Seine-et-Marne. « L’État nous parle de confiance, de discussion parlementaire… mais la loi a été validée avec un article 49.3, ce n’est pas une manière de débattre et d’écouter la représentation nationale. »
Quelles solutions ?
Forcément, la maire cherche des solutions pour lutter contre cette baisse de moyens. L’une des options est la mutualisation de certaines compétences avec les communes alentour. Charlotte Blandiot-Faride n’est pas contre, mais alerte sur les problématiques que cela peut apporter. « Il ne faut rien s’interdire. On travaille depuis longtemps sur ces questions de mutualisation, avec les syndicats intercommunaux et les intercommunalités notamment. Maintenant, il faut de l’équilibre. Chaque mairie veut garder l’identité de sa ville. Je ne suis pas pour la disparition des communes, je ne veux pas qu’on vide les villes de leur sens », conclut-elle.
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