La fonte des glaces du Groenland affaiblit significativement l’AMOC — la circulation océanique cruciale pour le climat européen — mais ne suffit pas à déclencher un effondrement brutal selon une nouvelle étude publiée dans Science Advances. Et contrairement à ce que certains modèles suggèrent, cet affaiblissement serait réversible à l’échelle du siècle.
Ce que vous allez apprendre
- Pourquoi les modèles climatiques standards sous-estimaient l’impact de la fonte du Groenland sur l’AMOC en ne l’intégrant pas
- Quelle contribution précise les eaux de fonte apportent à l’affaiblissement de la circulation atlantique d’ici 2100 et 2300
- Pourquoi l’effondrement brutal tant redouté ne se produirait pas — et pourquoi l’affaiblissement serait réversible
L’AMOC, clé de voûte du climat atlantique
La circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC) aspire les eaux chaudes des tropiques vers le nord et repousse les eaux froides vers le sud, redistribuant d’importantes quantités de chaleur et maintenant des régimes climatiques stables — notamment le climat tempéré de l’Europe de l’Ouest. Son affaiblissement est l’une des préoccupations majeures de la climatologie actuelle.
La plupart des modèles climatiques standards prévoient un affaiblissement de l’AMOC au cours du XXIe siècle, mais sans intégrer un facteur crucial : l’apport croissant d’eau douce provenant de la fonte accélérée des glaces du Groenland. Cette eau douce, moins dense que l’eau salée, perturbe le mécanisme de plongée des eaux froides qui alimente la circulation.
Un affaiblissement significatif mais progressif
Une équipe de chercheurs a intégré ces apports d’eau de fonte dans le modèle climatique EC-Earth3, conforme aux standards du GIEC, projeté jusqu’en 2300 sous un scénario d’émissions très élevées. En comparant des simulations avec et sans ces apports, ils ont pu isoler précisément la contribution du Groenland.
Résultat : la fonte des glaces groenlandaises contribue à un affaiblissement supplémentaire d’environ 1 sverdrup (unité de flux océanique) jusqu’en 2100, soit environ 10 % de l’affaiblissement déjà causé par le CO₂. Après 2100, cet effet s’amplifie considérablement — jusqu’à 4 sverdrups supplémentaires d’ici 2300, représentant près de 40 % de l’affaiblissement induit par le CO₂ sous forçage très fort.
Mais l’affaiblissement reste à peu près linéaire et continu avec les émissions cumulées de CO₂ — réfutant l’hypothèse d’un point de basculement brutal classique. L’AMOC s’affaiblit et s’amenuise au lieu de s’arrêter complètement.
Crédit : Science Advances (2026)Pas d’effondrement brutal — et une récupération possible
L’étude s’est également penchée sur la réversibilité de cet affaiblissement. Deux scénarios ont été testés : une réduction progressive des émissions de CO₂ après 2250, et une interruption des apports d’eau de fonte. Dans les deux cas, l’AMOC s’est partiellement rétablie, avec une convergence progressive vers l’équilibre sur des échelles de temps multi-centenaires.
Le délai de récupération est de l’ordre de plusieurs siècles — mais cet affaiblissement n’est pas intrinsèquement irréversible, contrairement aux « points de basculement » classiques qui, par définition, ne permettent pas de retour en arrière dans des délais comparables à ceux nécessaires pour les atteindre.
Une incertitude persistante
Les auteurs soulignent que ces résultats reposent sur un seul modèle climatique. D’autres modèles pourraient simuler les trajectoires des eaux de fonte différemment ou présenter une stabilité de l’AMOC différente. Des tests similaires devront être répétés sur plusieurs modèles pour confirmer ce résultat.


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