BFMTV : Télé Macron

L’Observatoire du journalisme (OJIM) vient de publier, le 22 juillet 2026, une étude inédite qui souligne les liens structurels entre BFMTV et le régime Macron. Dans son article « ÉTUDE INÉDITE : comment BFMTV se cache derrière ses (nombreux) invités pour masquer son manque de pluralisme », l’OJIM a passé au crible la grille de la chaîne durant le mois de mars 2025 — exactement la période retenue par l’Arcom et RSF pour sanctionner CNews. Le constat est sans appel : pluralité des visages, oui ; pluralisme des idées, non.

Les principales émissions d’information et de débat ont été analysées. Résultat : une armée d’intervenants — diplomates, militaires, magistrats, avocats, journalistes spécialisés — qui donne l’illusion d’une grande diversité. Mais les analyses convergent massivement. Sur la guerre en Ukraine, sujet dominant du mois, aucune intervention n’exprime de véritable critique au soutien inconditionnel apporté à Kiev et à Zelensky par les capitales européennes. Les commentaires restent globalement inscrits dans le cadre de la position diplomatique du régime Macron et de la commission de Bruxelles, hostiles à l’égard de Moscou. Aucun invité n’a défendu un point de vue sensiblement différent de celui de l’exécutif.

Même schéma sur les affaires judiciaires touchant Marine Le Pen ou Nicolas Sarkozy : analyses homogènes, bien-fondé des procédures rarement contesté, voix favorables limitées presque exclusivement aux avocats ou aux représentants de leur famille politique. L’OJIM le résume parfaitement : la pluralité des personnes invitées à intervenir à l’antenne ne se confond pas nécessairement avec le pluralisme des courants de pensée et d’opinion effectivement exprimés.

Cette absence de contradictoire n’est pas un accident. Elle s’inscrit dans une logique éditoriale qui privilégie la récurrence des mêmes experts et des mêmes grilles de lecture. Et elle prend tout son sens lorsqu’on regarde qui détient réellement BFMTV.

Rodolphe Saadé, l’allié de Macron

Depuis le rachat d’Altice Média en 2024, BFMTV et RMC appartiennent à CMA Média, filiale du géant maritime CMA CGM, contrôlé par Rodolphe Saadé. Le milliardaire marseillais d’origine libanaise a ainsi mis la main sur les deux chaînes après avoir déjà acquis La Provence, La Tribune et d’autres titres. Il n’est pas un simple entrepreneur. Il est l’un des patrons les plus proches d’Emmanuel Macron.

Les deux hommes se connaissent depuis début 2012 et depuis 2017 la relation s’est consolidée. Macron visite régulièrement le siège de CMA CGM à Marseille. Saadé accompagne le président dans des voyages officiels (Algérie, Arabie saoudite, Inde…). Le 26 février 2026, Macron lui remet personnellement le grade d’officier de la Légion d’honneur à l’Élysée, devant un parterre de grands patrons et de ministres, le décrivant comme un négociateur hors pair à la tête d’un empire sur lequel le soleil ne se couche jamais.

Depuis 2017, CMA CGM a recruté environ une dizaine d’anciens conseillers des cabinets macronistes. Le groupe bénéficie massivement du régime de la taxe au tonnage, un dispositif fiscal très avantageux. Des enquêtes (Mediapart notamment) ont souligné que Saadé a vu sa fortune exploser pendant la crise Covid tout en échappant largement à l’impôt.

Pendant que l’Arcom se focalise sur CNews, BFMTV peut continuer à faire tourner les mêmes experts, les mêmes interlocuteurs et les mêmes conclusions. Le nombre d’invités impressionne. La diversité des idées, elle, brille par son absence. Ce n’est pas du journalisme. C’est de la propagande permanente, soigneusement alignée sur les positions du régime.

Jean Lamolie