De plus en plus d’ados complexés par leur poids délaissent les nutritionnistes pour confier leur santé à l’intelligence artificielle. Mais derrière la promesse d’un plan minceur gratuit et instantané se cache une réalité alarmante. Une étude scientifique turque vient de démontrer que les menus générés par l’IA sont non seulement déséquilibrés, mais qu’ils « oublient » systématiquement l’équivalent d’un repas complet chaque jour. Une erreur de calcul qui pourrait avoir des conséquences graves sur la croissance et la santé métabolique des plus jeunes.
L’équivalent d’un repas complet volatilisé
Des chercheurs de l’Université Istanbul Atlas ont mis à l’épreuve les modèles les plus populaires du marché, dont ChatGPT 4, Gemini et Claude 4.1. Ils leur ont demandé de créer des plans alimentaires sur trois jours pour des adolescents de 15 ans en situation de surpoids ou d’obésité. En comparant ces résultats aux recommandations d’une diététicienne agréée, le verdict est tombé : les IA sous-estiment les besoins énergétiques de 700 calories en moyenne par jour.
« Cet écart est suffisant pour entraîner de graves conséquences cliniques », alerte le Dr Ayşe Betül Bilen. Pour un adolescent en pleine croissance, un tel déficit ne se contente pas de faire maigrir : il peut freiner le développement osseux, perturber la maturation cognitive et dérégler durablement le métabolisme.
Le mauvais cocktail : trop de gras, pas assez de glucides
Au-delà de la simple quantité de calories, c’est l’équilibre même des nutriments qui est pointé du doigt. Les modèles d’IA ont tendance à s’appuyer sur des régimes populaires « à la mode » (souvent très protéinés ou pauvres en sucres) plutôt que sur des données médicales probantes. L’étude révèle des dérives systématiques par rapport aux normes de santé :
Explosion des lipides : Les plans générés proposent jusqu’à 45 % de graisses, bien au-delà des 30 à 35 % recommandés par les autorités de santé mondiales.
Carence massive en glucides : L’IA retire en moyenne 115 g de glucides par jour, privant le cerveau et les muscles de leur carburant principal lors d’une phase de vie où l’activité mentale et physique est intense.
Surdosage de protéines : L’apport protéique est surestimé de 20 g en moyenne, ce qui pousse les reins à un travail inutile et déséquilibre la ration totale.
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L’IA privilégie le « plausible » au « précis »
Pourquoi de tels outils, pourtant si puissants, se trompent-ils autant ? « Les modèles d’IA sont entraînés pour générer des réponses qui paraissent plausibles et faciles à lire, plutôt que cliniquement précises », explique le Dr Bilen. En clair, l’IA cherche à « satisfaire » l’utilisateur avec un programme qui ressemble visuellement à un régime minceur standard trouvé sur le web, sans intégrer les besoins spécifiques complexes liés à la puberté.
L’adolescence est une période charnière où chaque carence peut laisser des traces indélébiles. Si l’IA peut aider à trouver des idées de recettes originales, elle ne doit en aucun cas remplacer l’expertise humaine pour une planification thérapeutique. Avant de suivre un menu dicté par un algorithme, une consultation avec un professionnel de santé reste la seule option sécurisée pour garantir une croissance saine et harmonieuse.
Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.