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Nous sommes dans les années 80 et la Hongrie connaît des difficultés économiques. Il n’y a plus d’argent, et la population commence à se plaindre. Il faut trouver des solutions.
Le gouvernement encourage alors les industriels locaux à privilégier les exportations pour ramener un peu de devises dans le pays.
La France veut des voitures sans permis
L’idée est simple. Plutôt que de se lancer dans des milliards d’investissements pour tenter de concurrencer Volkswagen, Renault ou FIAT, la direction de l’usine de tracteurs va miser…sur la France !
En effet, dans les années 80, notre pays présente une particularité : son marché de la voiture sans permis. A l’époque, Aixam révolutionne le marché avec des sans permis inspirées de citadines modernes.
De nombreux constructeurs comme Ligier, Chatenet ou Bellier lui emboîtent le pas. Le marché de la sans permis ne cesse de grossir, assurant de belles marges à ses fabricants.
Envahir la France avec la Puli
Un deal est monté entre la société Marson et Technoimpex, une société hongroise de commerce extérieur. Après le versement de quelques subventions, le business modèle est simple : ils vont construire une voiture sans permis et envahir la France.
La Puli est née, elle répond à tous les critères des voitures sans permis. La Hódgép Puli mesure 2 460 mm de long, 1 400 mm de large et 1 410 mm de haut, pour un poids de 350 kilos. Elle est propulsée par un moteur de 274 cm³.
Construite par un fabricant de tracteurs
En 1986, trois prototypes sont construits et présentés. On contacte alors Tecoplan, constructeur d’autocars. Celui-ci, déjà trop occupé à construire une autre merveille sans permis, la Leo, décline.
On propose alors à Hódgép, constructeur d’engins agricoles, d’assurer l’assemblage de la bestiole. La firme hongroise vient de perdre de gros contrats d’Etat et n’est pas en position de refuser.
Le budget alloué à l’industrialisation est minimum : 20 millions de Forints. Et le moins que l’on puisse dire est que ça va se voir sur les premiers modèles produits.
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Qualité approximative
Les matériaux utilisés sont horribles, l’assemblage approximatif, et l’entreprise hongroise doit faire avec les pièces disponibles localement. On assemble des éléments en provenance de Škoda, Lada, Polski Fiat ou Trabant.
La carrosserie est en fibre de verre, alors que la propulsion est assurée par un bloc diesel monocylindre Yanmar de 274 cm³ développant la puissance démentielle de 5,4 chevaux.
A l’intérieur, l’habitacle est pour le moins dépouillé. Mais le plus gros problème vient des prestations offertes. La Puli est bruyante, elle grince de partout et n’est absolument pas étanche.
Si on peut faire essayer la voiture uniquement par beau temps, rien ne pourra masquer l’odeur et la fumée dégagée par le moteur diesel japonais.
Les ingénieurs prennent la décision de le remplacer par un moteur diesel italien de chez Lombardini. Cette fois, la Puli est prête à entamer une carrière prometteuse.
D’autant que chez nous, un homme d'affaires ambitieux se voit déjà commercialiser l’engin en France.
Jean-Jacques Poch, le sauveur ?
En France au même moment, les voitures sans permis se multiplient sur nos routes et envahissent nos campagnes. Ce qui n’a pas échappé à Jean-Jacques Poch, importateur de Lada et Skoda en France.
Forte de son réseau très bien implanté, environ 300 concessionnaires, et du succès de la marque Lada dans les années 80, la famille Poch se voit bien ajouter une marque à son catalogue.
La Puli répond aux critères de la législation sans permis avec sa vitesse maximale de 45 km/h et son faible encombrement. Après les premières négociations, Jean-Jacques Poch décide de rendre visite aux hongrois, accompagné de sa femme.
La douche froide
L’idée est d’acheter 200 exemplaires de Puli dans un premier temps. Après avoir visité l'usine de Hódmezővásárhely, Poch se rend vite compte qu’il est en train de faire une grosse bêtise.
Non seulement la voiture est invendable, mais l’état de l’usine, le manque de soin apporté à la fabrication, l’outillage dépassé, les joints qui se baladent ou les énormes taches d'huile sur les sièges en bout de chaîne finissent de le convaincre.
Pour enfoncer le clou, les habitacles des voitures déjà produites, stockées dans la cour, sont imbibés d’eau, ne laissant que peu de doute sur l’étanchéité du véhicule. La Puli ne sera jamais vendue en France, merci Monsieur Poch.
Personne n’en veut
Contraints de se tourner vers le marché local, les dirigeants d’Hódgép tentent de nouer un accord avec la poste hongroise. Malheureusement le contrat est dénoncé, à cause de la qualité catastrophique de la voiture.
En 1989, le rideau de fer tombe, et une nouvelle société reprend le flambeau, baptisée Puli Kft. Elle produit des Puli électriques, vendues au prix d’une Suzuki Swift.
Le Maire de Budapest en achète quelques-unes, mais ses batteries au plomb de 6 volts et 240 ampères-heures se déchargent très vite et il faut un temps fou pour les recharger. Malgré tout, l’entreprise décroche un contrat de 600 voitures.
Mais dans l’incapacité de produire les véhicules à temps, la vente est annulée. En 1996, l’entreprise fait définitivement faillite après dix années d’acharnement.


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