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Life 26/06/2026 07:00 Actualisé le 26/06/2026 08:41
INTERVIEW
La linguiste Anne Abeillé milite pour une simplification de l’orthographe.

JEAN-FRANCOIS FORT / Hans Lucas via AFP
Au brevet, la prise en compte de l’orthographe « risque de créer des inégalités » (photo d’illstration à Poitiers en juin 2025).
Des épreuves aménagées pour faire face à la canicule et, surtout, de nouveaux critères de correction. Quelque 853 874 candidates et candidats au diplôme national du brevet plancheront ce vendredi 26 juin sur l’épreuve de français, avant l’histoire-géographie et les sciences lundi 29 juin, puis les maths mardi 30 juin.
Pour cette session, les correcteurs et correctrices ont reçu du ministre de l’Éducation nationale des consignes de fermeté en matière d’orthographe, de grammaire et de syntaxe. « J’estime qu’une copie qui n’est pas écrite de manière intelligible, c’est-à-dire avec un niveau d’orthographe, de syntaxe et de grammaire absolument déplorable, ne peut pas avoir la moyenne », avait résumé Édouard Geffray en décembre dernier, en référence au bac et comme au brevet.
Pour revenir sur cette évolution, Le HuffPost a interrogé Anne Abeillé, professeure de linguistique à l’université Paris Cité et autrice de La Grammaire se rebelle, publié en mars dernier aux éditions Le Robert. Pour elle, la fermeté exigée par Édouard Geffray « relève davantage de l’effet d’annonce que d’une politique éducative ».
Partisane d’une simplification de l’orthographe, cette membre du collectif des Linguistes atterrés a souhaité que nous rédigions ses réponses en tenant compte de la rectification orthographique de 1990. Cela ne vous dit rien ? Pas de panique, Anne Abeillé nous explique tout.
Le HuffPost : Le diplôme national du brevet est, comme le bac, concerné par le tour de vis voulu par le ministre de l’Éducation nationale sur l’orthographe, la grammaire et la syntaxe. Que cela vous inspire-t-il ?
Anne Abeillé : C’est assez vague et cela relève davantage de l’effet d’annonce que d’une politique éducative à mon sens. Et cela me parait difficile à mettre en place du jour au lendemain si on n’a pas formé les enseignants et les élèves. Comme on les a prévenu relativement tardivement, les candidats au brevet n’ont par exemple pas pu s’entrainer au travail de relecture et de recherche de leurs propres erreurs. Ce n’est pas le jour de l’examen qu’on remplace l’enseignement préalable. Le ministre a d’ailleurs prévenu qu’il s’attendait à une baisse du taux de réussite, liée également à d’autres facteurs.
Et cela risque de créer des inégalités dans les corrections. En effet, tous les enseignants ne sont pas formés à cela. Il y a beaucoup de variantes orthographiques et grammaticales autorisées dont les correcteurs et correctrices n’ont pas forcément conscience, notamment en dehors des professeurs de lettres.
C'est-à-dire ?
Par exemple, depuis la réforme orthographique de 1990, qui je le rappelle est la référence à l’école, des doubles consonnes et des accents circonflexes ont disparu (« renouvèlement », « parait »…) et le pluriel des noms composé a été simplifié (« des après-midis »). Cette orthographe apporte plus de cohérence, et je déplore que les manuels et même les textes d’examen ne l’appliquent pas toujours.
Par ailleurs, il y a des règles qui sont solides, tandis que d’autres sont obsolètes ou sont des caprices de puristes. Pourquoi proscrire « malgré que », utilisé par des auteurs classiques, ou « en vélo », qui suit parfaitement la logique des moyens de transport ? Il ne faudrait donc pas que les correcteurs et correctrices mettent tout dans le même sac et sanctionnent des choses qui sont autorisées.
Notre rôle, en tant que linguistes, est de montrer quelles sont les variantes bien formées, à distinguer des véritables erreurs. C’est pour cela que nous avons rencontré le ministre en mars et qu’avec l’Association française pour l’enseignement du français, nous avons publié un guide intitulé Comment traiter les erreurs de langue française aux examens nationaux, à destination des professeurs comme des candidats, pour les aiguiller sur ce qui est à prendre en compte et ce qui ne l’est pas.
Comment améliorer l’apprentissage de l’orthographe et de la grammaire à l’école ?
Les élèves français peinent à apprendre l’orthographe, notamment à cause d’exceptions par centaines et beaucoup de scories qui, contrairement à d’autres langues européennes, n’ont pas été réformées. De plus, il est important de commencer par un enseignement explicite des règles véritablement régulières : l’accord sujet-verbe par exemple, mais pas l’accord du participe passé avec certains objets placés avant, qui reste une anomalie et qui compte tellement d’exceptions.
Si on voulait enseigner toutes les complexités de la langue française, il faudrait doubler l’enseignement du français, or je ne suis pas sure que l’école dispose de tout ce temps aujourd’hui ! Pour moi, c’est l’occasion d’appliquer partout la réforme de 1990, et de poursuivre une réforme plus ambitieuse. Je pense notamment à la dépénalisation de l’invariabilité du participe passé avec avoir (« on les a vu », comme « on en a vu »), et la suppression du « x » final (« des chois » comme « des bois »). Même le Conseil scientifique du ministère de l’Éducation nationale le demande !
Enfin, les élèves français n’écrivent pas assez par rapport à nos voisins européens. Il faudrait encourager la production de textes dès l’école élémentaire. Car aujourd’hui, des élèves hésitent à employer certains mots parce qu’ils ont peur de faire une erreur ou de tomber dans un piège. Donc soit on les autorise à avoir une aide – comme un correcteur orthographique aux examens – soit on autorise davantage de variantes.


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