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L’individu accusé d’avoir tué un entraîneur de YMCA a expliqué, mercredi, à son procès, qu’il n’avait tué personne au volant de sa voiture la nuit du meurtre à Toronto en 2020. Raheem McLaughlin est inculpé du meurtre prémédité de Shane Stanford, qui a été tué dans sa voiture par des tirs provenant d’un autre véhicule en mouvement et dans lequel se trouvaient l’accusé et son passager.
Tous admettent que Raheem McLaughlin était au volant de la voiture qui a pourchassé le véhicule de la victime la nuit du 7 octobre 2020 dans le quartier Lawrence Heights, à North York.
Tous les déplacements de l’accusé cette nuit-là ont été captés par des caméras de vidéosurveillance au volant de sa Subaru Infiniti blanche.

La Couronne a révélé au début du procès, le 14 avril 2026, que Shane Stanford était un instructeur très apprécié des clients du YMCA du centre-ville de Toronto. (Photo d’archives)
Photo : GoFundMe.com
La Couronne soutient que Shane Stanford a été assassiné par Raheem McLaughlin, qui avait planifié le meurtre de n’importe quel résident associé à un complexe de logements sociaux.
Elle affirme que l’accusé était armé d’un pistolet chargé lorsqu’il s’est rendu en voiture à plusieurs regroupements d’habitations à la recherche de sa cible.
Le procès a montré qu’une seule balle a suffi pour tuer Shane Stanford dans la tête. L’individu qui accompagnait l’accusé cette nuit-là n’a jamais été retrouvé, pas plus que l’arme du crime.
Plaidoyer de l’accusé
Raheem McLaughlin, qui se défend seul, affirme qu’il s’agit d’un tragique événement, mais qu’il n’est toutefois pas coupable du meurtre de Shane Stanford, qu’il ne connaissait pas.
L’accusé de 33 ans demande aux jurés de garder l’esprit ouvert et d’être honnête dans les limites de la loi.
Il rappelle que les hypothèses, les présomptions et les déductions ne sont pas des pièces à conviction et [que] rien ne peut remplacer des preuves.
Ne perdez pas de vue les faits, déclare-t-il

Debout devant un lutrin, l’accusé Raheem McLaughlin présente ses arguments finaux au jury le 13 mai 2026.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Raheem McLaughlin soutient que la Couronne n’a pas réussi à prouver au-delà de tout doute raisonnable qu’il est celui des deux occupants de sa voiture à avoir tiré les coups de feu dans le pare-brise de la victime.
Il présente une séquence de la vidéo qui montre la poursuite entre les deux voitures. On y voit deux flashs qui ne sont pas les phares de la voiture des deux occupants. On comprend qu’il s’agit de coups de feu.
Il mentionne que la Couronne a oublié de répondre à certaines questions : Qui a tiré?, Y avait-il vraiment un plan de commettre un meurtre?, Qui était la cible?

Debout devant un lutrin, l’accusé, vêtu d’un complet bleu et d’un chandail à col roulé noir, avait les yeux constamment rivés sur ses feuilles.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Raheem McLaughlin s’en prend par ailleurs à la façon dont la Couronne a présenté au jury les enregistrements vidéo dans le désordre et avec une intention trompeuse.
Tous ces extraits ont été montés à des fins de reconstruction, ce qui est inquiétant, explique-t-il en invitant le jury à bien regarder le contenu des vidéos.
Les détails sont importants, de même que ce que l’on ne voit pas dans ces enregistrements, dit-il. Les preuves par vidéo sont très puissantes, mais elles n’établissent pas les faits avec véracité.
Il existe un danger de présenter des vidéos dans un ordre qui ne soit pas chronologique. Les comportements après la commission d’un délit peuvent donner lieu à de nombreuses interprétations, souligne-t-il.

Le juge Michael Dineen, de la Cour supérieure de l’Ontario, écoute attentivement l’accusé, Raheem McLaughlin, livrer son plaidoyer aux 12 jurés.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Raheem McLaughlin ajoute, vidéo à l’appui, que c’est son passager qui était à l’affût cette nuit-là lorsqu’ils s’arrêtaient, par exemple pour fumer une cigarette.
Il rappelle que l’identité de l’individu qu’il a fait monter dans sa voiture reste inconnue. Il souligne qu’il ne savait pas jusqu’à la dernière minute que son passager était en possession d'une arme et qu’il avait l’intention de s’en servir contre un résident associé à des logements sociaux.
J’ai peut-être participé d’une manière ou d’une autre au délit, mais je n’ai pas tiré l’arme qui a tué M. Stanford, déclare-t-il en ajoutant que son association avec son passager est insuffisante pour le reconnaître coupable de meurtre prémédité.
Trop d’incertitudes demeurent… Si vous deviez me reconnaître coupable de quelque chose, ce devrait être d’un homicide involontaire selon la loi, conclut-il.
Position de l’ami de la cour
Le juge avait nommé un ami de la cour pour lui apporter une expertise juridique neutre et impartiale, parce que Raheem McLaughlin est sans avocat.
L’avocat Douglas Holt rappelle d’abord aux jurés qu’ils doivent être convaincus au-delà de tout doute raisonnable que l’accusé a commis un meurtre prémédité la nuit du crime.
La probabilité et la vraisemblance ne suffisent pas, dit-il en ajoutant que M. McLaughlin bénéficie toujours de la présomption d’innocence.
Me Holt affirme que les preuves de la Couronne se rapportent davantage au passager inconnu qu’à l’accusé et qu’il existe de nombreux facteurs inconnus dans cette cause.
On ignore à quelle heure le passager est monté à bord et la raison pour laquelle M. McLaughlin voulait tuer un individu associé à ces logements sociaux, poursuit-il.

La vidéo de surveillance montre la voiture blanche à gauche en train de poursuivre une voiture plus foncée cachée par le buisson à droite, mais dont on voit les phares arrière à travers les branchages. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
Il ajoute que personne n’a vu l’accusé armé cette nuit-là ni qu’il affichait des sentiments hostiles à l’endroit de quiconque.
Me Holt fait remarquer que la police était présente autour de l’un des complexes et que l’accusé n’aurait jamais ouvert le feu en sa présence.
Il mentionne qu’un homme marchait sur un terrain de basket dans un autre complexe de logements, que des piétons marchaient sur le trottoir lorsque Raheem McLaughlin les a dépassés en voiture et qu’un individu fouillait dans un conteneur à déchets lorsque son véhicule était à l’arrêt à une intersection.
Si le plan consistait à tuer un résident de l’un de ces complexes, pourquoi n’a-t-il pas été mis à exécution avec toutes ces occasions qui se présentaient à lui? s’interroge-t-il en mettant en doute l’existence d’un tel plan.

La voiture de la victime de 33 ans a fait une sortie de route après avoir été prise pour cible, selon la Couronne. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Jeremy Cohn
L’avocat soutient, par exemple, sur la foi des images vidéo, que l’accusé stationnait souvent son véhicule dans des endroits difficiles dans les stationnements des complexes qu’il a visités cette nuit-là.
Comment fuir rapidement une scène de fusillade s’il avait garé son véhicule dans des endroits exigus? se demande-t-il.
Me Holt ajoute que la Couronne n’a pas réussi à prouver non plus que l’accusé avait remis à sa petite amie de l’époque l’arme du crime pour qu’elle la cache.
Il précise que tout ce que l’on voit sur la vidéo à ce sujet est une jeune femme entrant dans la voiture de l’accusé et en sortir quelques minutes plus tard avec un sac, mais qu’on ignore le contenu du sac.
On ne sait même pas d’où vient l’arme ni comment elle s’est retrouvée dans sa voiture, dit-il en rappelant que l’arme n’a jamais été retrouvée.
L’ami de la cour souligne que M. McLaughlin n’était pas le cerveau de l’opération comme l’entend la Couronne et que seul son passager avait peut-être un plan en tête cette nuit-là.
Il explique qu’on ignore si l’accusé est gaucher comme le pense la Couronne, puisqu’on le voit mettre de l’essence avec la main droite.
Faire le plein d’essence, c’est comme tenir une arme à feu et non une cigarette, dit-il en tournant en dérision la théorie de la Couronne qui affirme que l’accusé a utilisé sa main gauche pour tirer sur la victime en sortant le bras par la fenêtre tout en tenant le volant de la main droite.
Me Holt mentionne qu’il existe un doute raisonnable que l’accusé ne savait pas que son passager était armé et qu’il allait utiliser son arme de façon spontanée.
L’avocat souligne enfin que la voiture des deux individus roulait tellement vite que l’accusé n’a probablement pas réalisé que la victime avait été tuée.
Pour toutes ces raisons, je vous demande d’acquitter M. McLaughlin de toute accusation de meurtre prémédité ou non prémédité ou d’homicide involontaire, conclut-il.
Réquisitoire de la Couronne
Le procureur Matthew Bloch a demandé aux jurés, lundi, de reconnaître l’accusé coupable du meurtre prémédité, même s’il n’est pas convaincu qu’il ait ouvert le feu sur la victime cette nuit-là.
La Couronne reconnaît que le passager de M. McLaughlin n’a jamais été identifié et elle affirme que Shane Stanford a été tué uniquement parce qu’il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment.
Me Bloch a déclaré que Raheem McLaughlin avait planifié le meurtre, parce qu’il avait un plan visant à tuer un individu associé à l’un de ces complexes d’habitations.
Il a précisé que Raheem McLaughlin avait poursuivi à vive allure la voiture de l’accusé avant d’ouvrir le feu à partir de sa voiture.

Le procureur de la Couronne, Matthew Bloch, a présenté ses arguments finaux le lundi 11 mai 2026. L’accusé, Raheem McLaughlin, et l’ami de la cour, Douglas Holt, sont assis derrière.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Le mobile du meurtre importe peu, selon le procureur : seules l’identité de l’accusé, la scène de crime et la façon de faire du meurtrier sont importantes pour prouver la culpabilité de Raheem McLaughlin.
On ignore donc s’il s’agit d’un règlement de compte, d’une erreur sur la personne ou d’une lutte entre gangs rivaux qui tentent de préserver leur autorité sur des complexes de logements sociaux.
Me Block a affirmé, vidéos à l’appui, que l’accusé avait fait l’aller-retour ce soir-là entre cinq différents complexes avec sa voiture Infinity blanche, au début seul, puis en compagnie de son passager.
Il est clair qu’à chacun de ses arrêts, il attendait quelqu’un dans le stationnement et qu’il avait une arme à feu dans sa voiture, a-t-il dit en rappelant que M. McLaughlin était le cerveau de l’affaire.

L’accusé, Raheem McLaughlin, et l’ami de la Cour, Douglas Holt, écoutent le réquisitoire de la Couronne le 11 mai 2026.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Le procureur a souligné que la Couronne a réussi à identifier l’accusé par son accoutrement et par le fait qu’il est gaucher.
Il portait un coton ouaté gris à capuchon avec le logo de la marque Kappa en violet, un pantalon gris et des chaussures foncées, poursuit-il.
Il a toutefois expliqué que l’accusé avait dû s’en départir et qu’on le voit d’ailleurs jeter aux ordures des sacs qui contenaient le chandail et le pantalon gris en question.
Me Block a par ailleurs soutenu que l’accusé avait confié à son ancienne petite amie son arme à feu cette nuit-là avant de la récupérer plus tard pour s’en débarrasser.

Le procureur Bloch affirme que le plan de Raheem McLaughlin consistait à tuer un individu associé à un complexe de logements sociaux de Toronto et que son geste était donc délibéré.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
L’accusé lui avait aussi donné son téléphone cellulaire en lui demandant de le jeter.
La jeune femme, qui était mineure à l’époque, avait déclaré au procès qu’elle avait fracassé le cellulaire sur le sol et qu’elle l’avait ensuite jeté dans une bouche d’égout près de son appartement.
Me Bloch a enfin rappelé que l’accusé avait vendu sa voiture quelques jours après le meurtre.
L’adolescente, dont l’identité est protégée, avait été arrêtée et accusée de complicité après les faits, mais on ignore si elle a plaidé coupable ou si les accusations ont été abandonnées.
Le jury est entré dans ses délibérations à la fin des arguments finaux de l’accusé et de l’ami de la cour jeudi.


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