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Dans une motion adoptée après la mort de Lyhanna, les magistrats de Montpellier estiment que "la protection des enfants exige des moyens à la hauteur" des enjeux.
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Par Léa Pippinato Publié le 17 juin 2026 à 10h03
L’émotion provoquée par la mort de la jeune Lyhanna continue de susciter de vives réactions jusque dans les juridictions. Réunis en assemblée générale le lundi 15 juin 2026, les magistrats du siège de la cour d’appel de Montpellier ont adopté une motion particulièrement ferme dans laquelle ils répondent aux déclarations du président de la République et du garde des Sceaux intervenues après le drame. Une prise de position rarissime dans les annales des juges et des parquetiers montpelliérains.
Tout en affirmant partager l’immense émotion provoquée par cette affaire, ils dénoncent des prises de position qui, selon eux, fragilisent l’institution judiciaire et passent sous silence les difficultés auxquelles sont confrontés quotidiennement les professionnels de la justice.
Une réponse aux déclarations de l’exécutif
Dans leur texte, les magistrats contestent l’idée selon laquelle l’incapacité des services de police et de justice à empêcher ce drame relèverait essentiellement d’une question « de réponse, de fermeté, d’organisation, de responsabilités » plutôt que d’un problème de moyens.
Les signataires dénoncent également des affirmations selon lesquelles les magistrats confondraient « indépendance et irresponsabilité ». Pour eux, ces prises de position contribuent à alimenter une vision incomplète de l’affaire et occultent les difficultés auxquelles sont confrontés quotidiennement les acteurs judiciaires.
Des conditions de travail qui se dégradent
La motion pointe ensuite « l’aveuglement persistant du ministère de la Justice et de nombreux responsables publics face à la dégradation continue des conditions de fonctionnement des juridictions, des services d’enquête et plus largement des dispositifs de protection de l’enfance ».
Les magistrats s’attardent particulièrement sur le décalage entre les objectifs fixés à la justice et les moyens qui lui sont réellement accordés. Ils rappellent qu’en 2025 et 2026, plus d’une centaine de circulaires et dépêches ont été adressées aux juridictions. Pour autant, écrivent-ils, « l’affichage permanent de nouvelles priorités pénales ne saurait tenir lieu de politique publique ».
La France loin des standards européens
Pour étayer leur démonstration, les magistrats avancent plusieurs chiffres : la France compte aujourd’hui 11,3 juges pour 100 000 habitants contre une médiane européenne de 17,6. Le constat est encore plus frappant pour les procureurs avec seulement 3 magistrats pour 100 000 habitants contre 11,2 en moyenne en Europe. La situation concerne aussi les greffes : les juridictions françaises disposent de 37,3 agents pour 100 000 habitants quand la médiane européenne atteint 57,9.
Chaque jour, entre 10 000 et 12 000 plaintes sont déposées en France. Parmi elles, environ 700 concernent les violences intrafamiliales ou les violences sexuelles.
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