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Histoire d'eau : dans l'Hérault, une première bassine en projet sur le Pic Saint-Loup

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Le domaine de Mortiès, situé sur le Pic Saint-Loup, porte un projet de retenue collinaire d'un volume représentant 5 à 8 fois celui d’une piscine olympique. Explications...

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Vue sur le domaine de Mortiès, sur les contreforts du Pic Saint Loup oùdoit voir le jour une retenue collinaire captant les les eaux de ruissellement et les crues de deux ruisseaux

Vue sur le domaine de Mortiès, sur les contreforts du Pic Saint-Loup où doit voir le jour une retenue collinaire captant les eaux de ruissellement et les crues de deux ruisseaux (©Domaine de Mortiès)

Par Gil Martin Publié le 7 juil. 2026 à 6h08

C’est une première sur le Pic Saint-Loup : l’État a accepté la demande d’un domaine viticole, le domaine de Mortiès, qui veut créer sur ses terres haut perchées, à 200 mètres d’altitude au-dessus du village de St-Jean-de-Cuculles, une retenue collinaire pour l’irrigation de ses vignes.

« Une autorisation spéciale ministérielle »

Le projet a été validé par l’État après une (discrète) enquête publique qui s’est déroulée du 26 septembre 2023 au 17 octobre 2023 pour une demande d’autorisation « au titre des articles L 214-1 à L 214-6 du code de l’environnement concernant le projet présenté par la SARL Domaine de Mortiès ». Ce document officiel précise que le projet « a obtenu une autorisation spéciale ministérielle en raison de sa localisation en site classé datée du 20/10/2023 ».

Besoin d’une nouvelle ressource d’eau brute

Pour l’heure, le domaine viticole est déjà approvisionné en eau par trois puits et un forage « qui permettent d’irriguer partiellement les vignes selon une méthode économique en eau », explique l’enquête publique.

Mais selon les viticulteurs du domaine de Mortiès, reconnus pour leurs méthodes de travail très respectueuses de l’environnement (le vignoble est entièrement conduit en agriculture biologique et biodynamique), cette ressource n’est pas suffisante. Le domaine ne peut se raccorder à aucun autre réseau d’alimentation mais aurait besoin de disposer d’une nouvelle source d’eau brute pour trois utilisations selon la période de l’année.

Le projet porte sur la création d'une bassine capable de stocker 20.210 m3, soit un volume 5 à 8 fois celui d’une piscine olympique

Le projet porte sur la création d’une bassine capable de stocker 20.210 m3, soit un volume 5 à 8 fois celui d’une piscine olympique (©dr)
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"La première retenue lagunaire en Pic Saint-Loup aura une surface de 8 000 m² pour un volume maximum d’eau stockée de 20.210 m3, soit 5 à 8 fois celui d’une piscine olympique" 

Sont citées comme besoins nouveaux :
-L’irrigation contrôlée d’un nouveau périmètre d’environ 10 hectares pour les plantiers et pendant les périodes de nouaison et de véraison (150 à 200 m3/ha) ;
-La lutte antigel par aspersion (15 m3/ha) ;
-La lutte contre la grillure par brumisation (environ 15 m3/ha)…

Récupérer les eaux de ruissellement et celles des ruisseaux

Pour combler ces besoins, le domaine de Mortiès souhaite donc aménager une retenue lagunaire dans la partie basse d’une combe bordée par les collines du bois du Guet à l’est, la crête du Pic Saint-Loup au nord, et les collines du Puech de l’Oume à l’ouest. « Cette retenue récupérera les eaux de ruissellement et les eaux de deux ruisseaux temporaires », précise l’enquête, citant le ruisseau de Yorgues et le ruisseau du ravin de Mortiès.

Plus que la superficie d’un terrain de foot

Selon les éléments fournis par l’enquête publique, cette première retenue lagunaire en Pic Saint Loup aura une superficie de 8 000 m². Par comparaison, la superficie d’un terrain de foot officiel est de 7 180 m², tandis que le bassin Jacques Cœur au cœur du quartier Port Marianne à Montpellier atteint les 13 000 m². Le volume maximum d’eau stockée sera de 20 210 m3, « soit 5 à 8 fois celui d’une piscine olympique ».

« Intercepter les eaux du ruisseau du ravin de Mortiès »

Pour contenir un tel volume, il est prévu le creusement d’une cuvette (déblai de 1,50 mètre de profondeur) et la construction d’une digue en terre « interceptant les eaux du ruisseau temporaire du ravin de Mortiès… Une partie des eaux d’un ruisseau temporaire voisin pourra compléter cet approvisionnement grâce à un dispositif de dérivation fonctionnant lors des années déficitaires hors période d’étiage (soit du 1er juin au 30 septembre) ».

L'un des ruisseaux , toujours à sec dès le début de l'été, qui traverse le domaine... Le projet consiste à capter une partie de l'eau lors des crues qui suivent led fortes pluies sur le Pic Saint Loup

L’un des ruisseaux, toujours à sec dès le début de l’été, qui traverse le domaine… Le projet consiste à capter une partie de l’eau lors des crues qui suivent les fortes pluies sur le Pic Saint Loup (©dr)

"La réalisation de cet aménagement doit obtenir une autorisation préfectorale car la digue est placée en travers d’un cours d’eau à enjeu hydraulique et fait ainsi obstacle à l’écoulement des crues"

La digue prévue pour l’ouvrage mesurera 220 mètres de long et sera de 3 mètres au-dessus du terrain naturel. « Elle comporte un dispositif évacuateur de crues comprenant un déversoir (débit 15,44 m3/s), un coursier et un bassin de dissipation (prof. 1,5 m x L 20 m x l 8 m), calculés pour une crue centennale. L’étanchéité du fond de la retenue est fournie par les convolutions argileuses ou les marnes grises de faible perméabilité présentes sur le site », complète l’enquête publique.

Équipée d’une station de pompage de 15 m3/h 

Selon les termes du projet, l’eau sera prélevée dans la retenue par une station de pompage d’un débit de 15 m3/h permettant d’alimenter « un réseau d’irrigation complémentaire pour 10 hectares de vignes et d’agroforesterie », précisent les documents officiels. « La réalisation de cet aménagement doit obtenir une autorisation préfectorale car la digue est placée en travers d’un cours d’eau à enjeu hydraulique et fait ainsi obstacle à l’écoulement des crues », indique encore le document.

Le public plutôt défavorable au projet

Cette notion de perturbation des ruisseaux fait justement l’objet d’observations critiques de la part du public qui a été invité, comme dans chaque enquête publique, à s’exprimer sur ce projet. L’enquête a recueilli 123 observations : « Les observations défavorables du public sont nettement plus nombreuses que les observations favorables, mais cette différence n’est pas écrasante », pointe l’enquête publique.

La crainte d’un déficit d’eau pour les ruisseaux

L’une de ces observations défavorables au projet (impossible de les citer toutes…) symbolise les craintes du public sur l’impact de cette bassine sur la nature : « L’eau est une denrée rare, elle doit rester un bien public. Son utilisation pour un projet privé d’irrigation des vignes doit être rejetée car le procédé est contraire aux recommandations d’économie d’eau », souligne un citoyen : « Cela se fait au détriment de la collectivité au seul profit d’une entreprise. La retenue provoquera des déficits d’eau à l’aval pour les ruisseaux, les terrains et les écosystèmes. Hors épisodes cévenols, l’eau prélevée dans le cours d’eau manquera à l’aval ».

Une retenue collinaire sur un site multi-classé

Si ce projet aurait été validé par l’agence de l’eau et les Ecologistes de l’Euzière, pour l’heure, les associations de défense de l’environnement ne sont pas saisies du dossier. Et si rien n’indique qu’elles le feront, il n’est pas exclu qu’elles s’expriment sur ce sujet sensible, d’autant plus que l’enquête publique reconnaît que la retenue collinaire est située « totalement ou partiellement dans les zones de protection patrimoniales ».

Le domaine a besoin d'une nouvelle ressource en eau brute, d'où le projet de retenue collinaire...

Le domaine qui produit des vins réputés a besoin d’une nouvelle ressource en eau brute, d’où le projet de retenue collinaire… (©Mortiès)

Entre Zone Natura 2000 et ZNIEFF

Site classé de la Région Occitanie « Pic Saint-Loup et Montagne de l’Hortus » ;
Zone Natura 2000 directive Oiseaux « Hautes garrigues du Montpelliérais » ;
ZNIEFF (zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique) de type 2 « Pic Saint-Loup et Hortus » ;
-Zone de présomption de prescription archéologique (ZPPA) n° 112352 Saint Jean-de Cuculles ;
-Et à proximité des Zones Natura 2000 directive Habitats « Pic Saint-Loup » et ZNIEFF de type 1 « Pic Saint-Loup »…

"Où en est le projet ? Après presque 3 ans, le dossier n’est pas encore revenu à la préfecture de l’Hérault"

Malgré ces divers classements, l’enquête publique confirme que les quatre communes concernées par le projet du Domaine de Mortiès ont donné leurs avis lors de leurs conseils municipaux respectifs : « conformément aux dispositions de l’article R181-38 du code de l’environnement, les communes concernées ou voisines du projet devaient donner leur avis avant le 2 novembre 2023 ». Voici les avis :
-Saint Jean-de-Cuculles : Favorable
-Cazevieille : néant
-Valflaunès : néant
-Saint Mathieu-de-Tréviers : Favorable

Quand le dossier arrivera-t-il à la préfecture de l’Hérault ?

À ce jour, si l’enquête publique a été clôturée en octobre 2023, difficile de dire où en est ce projet de retenue collinaire sur le Pic Saint-Loup. Après presque 3 ans, le dossier n’est pas encore revenu à la préfecture de l’Hérault, peut-être encore en instruction dans les ministères… l’État ayant accordé à ce projet une aide d’au moins 400 000 €… 

La viticulture confrontée à la problématique de l’eau  

Mais ce projet inédit symbolise le dilemme actuel de la viticulture qui doit trouver de nouvelles ressources en eau brute sans impacter l’environnement et sans prélever dans les nappes. Sur le Pic Saint-Loup, le Domaine de Mortiès, pour faire vivre ses vignes, avance avec retenue…

Professeur Éric Servat : "Un sujet encore tabou : le stockage de l’eau"

Il y a un peu plus d'un an, nous avions rencontré le professeur Éric Servat, spécialiste mondial de l'eau, directeur du Centre international UNESCO de l’eau de Montpellier. Le scientifique avait exprimé son avis sur le sujet sensible des retenues d'eau. Son témoignage ne concernait pas le projet du domaine de Mortiès, mais l'avis du spécialiste apporte néanmoins un savant éclairage sur ce type de projet.
"C’est en effet un sujet très chaud, pouvant déboucher sur de violents affrontements, ce qui est parfaitement détestable car l’eau ne doit pas opposer mais réunir.

On doit pouvoir débattre sereinement du stockage de l’eau qui ne doit pas être une option écartée d’entrée de jeu comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui, et ce fréquemment pour de mauvaises raisons ; la question du stockage de l’eau n’étant alors pour certains qu’un paravent pour des combats plus radicaux et plus systémiques... Il ne s’agit pas de faire des barrages, des retenues collinaires ou des retenues de substitution (les "mégabassines") partout, mais d’adapter un mode de stockage à des conditions locales particulières.

On peut parfois retenir l’option du stockage sous une forme donnée à un endroit précis et constater qu’un projet identique n’aurait pas de sens à un autre endroit, dans un contexte différent… Encore une fois, faisons preuve d’intelligence collective, de mesure, de capacité d’analyse des conditions locales et des besoins exprimés, mais sans bannir l’option du stockage de l’eau qui est une solution indispensable dans certains cas, comme cela l’a toujours été dans l’histoire de l’humanité".

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