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À voir au cinéma: «Les Matins merveilleux», «The Ugly» et «Home Stories»

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«Les Matins merveilleux», d'Avril Besson

D'emblée, quelque chose vibre et intrigue. D'emblée, il y a cette jeune femme, personnage sans attribut très remarquable et dont il émane pourtant un puissant rayonnement poétique et comique. C'est le grand talent d'India Hair, talent perceptible dans nombre des films dans lesquels elle joue, mais rarement aussi évidemment et complètement mis en valeur.

Charlie, le personnage qu'elle interprète, vient de trouver sa grand-mère morte. Il faut partir, elle part. Avec des vinyles disco dans le coffre de sa Clio en guise de prétexte et un ancien ami ou peut-être amant de Grand-Maman comme très hypothétique destinataire, là-bas dans une station balnéaire méditerranéenne, quasi déserte hors saison.

Ainsi commence une manière d'aventure, faite de microévénements qui seront chacun savourés pour tout ce qui en fait le sel ou le sucre, le piment ou le miel. De manière «naïve ou bien profonde» comme il est dit dans la ritournelle de Dalida à laquelle Les Matins merveilleux emprunte son titre, le film circule et rebondit.

Charlie croise le chemin de nombreux personnages succulents et attachants. Tout d'abord Marina (Raya Martigny), barmaid trans hospitalière et lucide, puis finalement l'impressionnant roi du disco de Cavalière (commune du Lavandou, Var), que campe Éric Cantona avec un sens du burlesque qui sait accueillir la grâce.

Quand Titou (Eric Cantona) donne à Charlie une leçon de danse qui est aussi une leçon de vie. | Arizona Distribution Quand Titou (Eric Cantona) donne à Charlie une leçon de danse qui est aussi une leçon de vie. | Arizona Distribution

La finesse du jeu de Raya Martigny, et la richesse du personnage et de la manière de le filmer, contribuent à dynamiser sans cesse cette mini histoire, intensément habitée.

Il en va de même pour la manière très singulière dont Avril Besson conçoit et filme les protagonistes qu'on dit secondaires, et ces lieux a priori sans charme, mais qui participent de l'énergie chaleureuse qui émane de ces Matins merveilleux.

Les stations touristiques hors saison inspirent décidément le jeune cinéma français, après les montagnes alpestres de Laurent dans le vent (2025) et les plages azuréennes d'Affection affection (2026). Celle de la petite ville varoise nourrit des rencontres qui déjouent les clichés pour partager sourires, chansons et émotions.

Cela semble peu, mais c'est une très réjouissante réussite, faite d'incessants surgissements et d'une disponibilité à ce qui ferait que la vie vaudrait d'être vécue. C'est aussi, avec d'autres premiers ou deuxièmes films français découverts à Cannes cette année (La Gradiva, Adieu monde cruel, Mauvaise Étoile, Cœur secret…), le signal d'une nouvelle génération de cinéastes pleine de promesses. Une bonne nouvelle, donc –il n'y en a pas tant en ce moment.

Les Matins merveilleux

D'Avril Besson

Avec India hair, Raya Martigny, Eric Cantona

Durée: 1h27

Sortie le 29 juillet 2026

«The Ugly», de Yeon Sang-ho

Qui ou quoi est désigné par ce titre? «Affreuse» sera dite Young-hee, celle que nous ne verrons pas durant tout le film, cette femme qui s'était mariée à un aveugle ignorant que tous se moquent de lui car son épouse est laide. Qu'eux trouvent laide.

L'aveugle a peu à peu conquis le respect, et finalement l'attention des médias, par la beauté de ce que ses mains accomplissent dans l'art de la gravure de sceaux, artisanat sophistiqué toujours pratiqué en Extrême-Orient.

Dans les années 1970, le jeune graveur aveugle (Park Jeong-min) confronté aux laideurs du monde. | KMBO Dans les années 1970, le jeune graveur aveugle (Park Jeong-min) confronté aux laideurs du monde. | KMBO

Son fils, personnage central d'une intrigue menée tambour battant, apprendra peu à peu au cours de l'enquête lancée par une journaliste télé intrusive et cynique, ce que fut le sort de sa mère, méprisée et humiliée toute sa vie, et morte quand lui-même était bébé. Et à mesure que se déroule The Ugly, il apparait que Young-hee est sans doute la seule à ne pas mériter la qualification du titre.

Le nouveau film de Yeong Sang-ho se déroule aujourd'hui et au cours de flashbacks provenant des années 1970, celles du mariage de la jeune femme, ouvrière dans un atelier de confection, à l'époque de la dictature en Corée du Sud et d'un boom économique accompli au prix d'une violence quotidienne sans limites.

À cette brutalité pratiquée par quiconque disposait d'un ascendant sur un ou une autre, pour des raisons de statut social, de genre, de force physique ou encore d'âge, à une époque où l'enrichissement et le respect de l'ordre social étaient les seules lignes de conduite acceptées, répond la brutalité contemporaine, plus policée, plus codifiée.

La mise en scène garde active la puissance de questionnement, sans rien céder sur les horreurs effectives commises.

Le sixième film du réalisateur du mémorable Dernier Train pour Busan n'a plus besoin de zombies pour évoquer la monstruosité de rapports humains formatés par l'égoïsme, le conformisme et l'appât du gain. Il mêle à cette critique virulente de la société coréenne, qui est la véritable destinataire de l'adjectif ugly, une réflexion sur la beauté et la laideur, à la fois fine et paradoxale.

Paradoxale en ce que son film est lui-même assez laid, notamment à cause des décors en studio, du maquillage des acteurs et souvent des lumières. Subtile dans sa manière de garder active la circulation entre des définitions admises du beau et du laid, et leur remise en cause, leur inversion, ou le maintien de cette tache aveugle qu'est le visage de la jeune femme, tant qu'on ne la voit pas.

The Ugly n'affirme pas qu'il n'y aurait rien qui mérite d'être dit affreux, il ne se réfugie pas dans un relativisme finalement confortable. Mais il ne tient pas pour stabilisées des catégories qui sont toujours à la fois esthétiques, morales et sociales.

De drames en révélations, de rebondissements en moments d'émotion, la mise en scène garde active la puissance de questionnement, sans rien céder sur les horreurs effectives commises –et pas seulement dans la fiction.

The Ugly

De Yeon Sang-ho

Avec Park Jeong-min, Kwon Hae-hyo, Shin Hyun-been

Durée: 1h42

Sortie le 29 juillet 2026

«Home Stories», d'Eva Trobisch

Le début est comme un tourbillon, où surgissent et disparaissent de multiples personnages aux liens incertains. Il y a un homme, Matze, père de famille maladroit, plutôt bon bougre, largué par sa femme qui attend un enfant d'un autre.

Il y a une adolescente, Lea, qui est la fille de Matze, ce qui ne la réjouit pas particulièrement. Elle chante, s'engage dans un concours organisé par la télévision, genre The Voice.

Il y a des cousins, des grands-parents, une amie pas très aimée, une femme confidente de Lea, avec des béquilles, qui s'avérera être sa tante. Un jeune cousin en pleine révolte adolescente. Il y a aussi un hôtel au bord de la faillite, un château qu'on restaure, des randonnées à cheval en forêt, un cheval blessé qui passe un scanner. On est en Allemagne, aujourd'hui.

À droite, Lea (Frida Hornemann) qui se produit dans les cafés de la ville avec Bony (Ida Fischer), son amie qui n'est pas vraiment son amie, en attendant une carrière à la télé. | Météore Films À droite, Lea (Frida Hornemann) qui se produit dans les cafés de la ville avec Bony (Ida Fischer), son amie qui n'est pas vraiment son amie, en attendant une carrière à la télé. | Météore Films

Les plans sont courts, montés en rafales. Ils cherchent à désorienter. Comme si personne, dans le monde qu'évoque le film, n'avait plus de repères. Il apparait qu'il s'agit plus exactement de l'ex-Allemagne de l'Est, en mauvaise santé économique et morale, où l'extrême droite gagne sans cesse en puissance.

Le troisième film d'Eva Trobisch raconte dans sa forme même un monde déboussolé, crispé, plein de malentendus et de zones d'ombre. Matze essaie d'arrondir les angles et se prend des coups. Lea veut avancer, mais refuse tous les chemins qui s'ouvrent, torpille les occasions offertes. Honnête, ou autodestructrice?

À peu près en son milieu, Home Stories semble s'apaiser, au moins dans son rythme et dans la possibilité de situer les personnages et de comprendre leurs relations. Lea réussit les premières étapes de son parcours de future chanteuse, Matze se rapproche de son ex-femme, les grands-parents ont la possibilité de sauver l'hôtel grâce à un congrès qui doit s'y tenir. La tante qui restaure le château aristocratique que le régime de la RDA avait transformé en résidence pour personnes âgées progresse dans son entreprise.

Ce changement de rythme et de distance est pour l'essentiel un leurre. Il est porteur d'autres développements, loin d'être tous positifs. Une violence sourde circule dans cette petite ville, Greiz, en Thuringe, qui semblerait charmante de prime abord.

Elle contamine toutes les relations, et vaut pour bien au-delà des seuls personnages. Malaise sociétal et malaise générationnel, perte de sens et difficulté à partager des perceptions et des perspectives trouvent avec la mise en scène d'Eva Trobisch une traduction sensorielle d'une grande force.

Il s'y distille l'affirmation en creux, sauf chez la grand-mère furieuse, qui met les points sur i et les pieds dans le plat, que chacune et chacun a «quelque chose de particulier» (la traduction littérale du titre). Mais que bien peu trouvent le moyen d'y accéder et de le partager.

Home Stories

D'Eva Trobisch

Avec Frida Hornemann, Max Riemelt, Eva Löbau, Rahel Ohm

Durée: 1h56

Sortie le 29 juillet 2026

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