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Depuis 1936, la famille Caboulet produit un cidre d’exception à Saint-Ouen-du-Tilleul (Eure). Découvrez les secrets et les défis de ce domaine normand multigénérationnel.
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Par Adrien Le Ray Publié le 13 juin 2026 à 6h06
Voilà 90 ans que du cidre sort du domaine des Hauts Vents, à Saint-Ouen-du-Tilleul (Eure). Depuis 1936, c’est la famille Caboulet qui gère l’exploitation. Trois générations se sont succédé, et les produits issus de la production de l’exploitation de Saint-Ouen-du-Tilleul sont aujourd’hui reconnus unanimement. Cidre, poiré, vinaigre de cidre, balsamique de pomme, tous sont vendus à la boutique ouverte directement dans la cour du domaine des Hauts Vents.
Fondé par son grand-père
Pourtant, l’histoire du Domaine n’a pas vraiment été un long fleuve tranquille.
Aujourd’hui à la tête de l’exploitation, Alain Caboulet y a grandi, à Saint-Ouen-du-Tilleul (Eure). C’était son grand-père, Raynald, qui avait fondé le domaine, lorsqu’il avait racheté le corps de ferme, en 1936. À l’époque, la ferme était tout ce qu’il y avait de plus courant dans le coin. « C’était une ferme traditionnelle normande, avec des vaches sous les pommiers », raconte Alain Caboulet. C’est là que son grand-père développe la partie cidre et calvados, avec un atelier cidricole, où il effectuait la transformation.

Puis, c’est le père d’Alain, Jacques, qui prend le relais, vers le milieu des années 50, et continue l’activité cidricole, tout en ayant des animaux sur l’exploitation. Son fils résume : « La ferme était en polyculture-élevage-cidricole, on faisait un peu de tout. »
Dans les années 70, Jacques Caboulet fait le choix d’arrêter l’élevage et la polyculture, pour se consacrer à 100 % dans la partie cidricole.
Pour cela, il ne fait pas les choses à moitié, et s’inspire des modèles anglais. « Mon père était en avance sur son temps. Il a planté des pommiers basse-tige, comme des vignes, en lignes. »
Mais tout n’est pas rose, et l’exploitation souffre d’un contexte agricole « en dents de scie ».
30 hectares de vergers
Par passion, c’est Alain Caboulet qui reprend le flambeau, en 1989. Il a alors dû tout relancer. « Ça s’est imposé à moi. On s’était arrêté pendant plusieurs années, je suis presque reparti de zéro, et on a tout reconstruit avec mon père », se souvient-il. « Je voulais faire vétérinaire, mais j’étais nul à l’école ! Alors je ne me suis pas posé de question. Si j’avais réfléchi, je ne l’aurais pas fait. »
Alors il a replanté des pommiers. Quelques hectares par-ci, d’autres supplémentaires par là, pour arriver à 30 hectares plantés à l’heure actuelle. Ce sont plus de 30 variétés qui sont récoltées, pour une trentaine de variétés de pommes, et trois variétés de poire, qui sont chouchoutés par Alain et ses quatre employés.
Transformés, tous ces fruits viennent garnir les étals de la boutique de la ferme, mais aussi les caves des restaurants, ou encore les rayons des épiceries. Tout est transformé dans l’atelier de la ferme, qui voit sortir 150 000 bouteilles par an. Et il y en a pour tous les goûts ! Le domaine des Hauts Vents compte par exemple sept variétés de cidre, dont trois cuvées signature, « élaborées pour leur caractère typique ».
« Le cidre prend de la valeur »
Si aujourd’hui, le succès est au rendez-vous, il aurait pu ne jamais pointer le bout de son nez. « Au bout de 10 ans, je me suis posé des questions, j’ai pensé à arrêter », confesse Alain Caboulet. Heureusement, c’est exactement à ce moment que ces produits ont commencé à trouver de la reconnaissance. Les premiers prix s’enchaînent, suivis par d’autres, et aujourd’hui, c’est un mur entier qui est recouvert de diplômes attestant des prix et médailles reçus dans de nombreux concours.
Une reconnaissance qui est venue récompenser des heures de travail innombrables. « On a travaillé comme des cinglés, pour finir par avoir cette renommée. »
Une renommée qui va avec une montée en gamme du cidre de manière générale. « On ne monte pas en nombre de bouteilles, mais il y a eu une progression financière. Le cidre a augmenté en qualité, et prend de la valeur », explique le patron du Domaine des Hauts Vents. « C’est un produit qui intéresse les jeunes générations », assure Alain Caboulet.
Grâce à cette renommée, le Domaine des Hauts Vents a acquis le luxe de ne plus avoir à prospecter les clients, ce qui n’empêche pas ses bouteilles d’être vendues dans toute la France, jusqu’à Font-Romeu, et même en Allemagne.

Qui pour prendre la suite ?
Aujourd’hui, l’affaire « marche bien », et continue de progresser. Mais à 61 ans, Alain Caboulet sait que l’heure de la passation de pouvoir se rapproche. Mais à qui ? Avec sa compagne, qui travaille également dans le domaine, il a eu deux filles. « Elles sont toutes les deux très attachées au domaine », assure-t-il. Assez pour reprendre la main ? « On commence à en parler. Et c’est quand j’évoque l’idée de vendre, qu’elles montrent qu’elles y sont vraiment attachées. » Un test pour Alain, puisque sa volonté est claire. « Je voudrais que ça reste dans la famille. »
Mais pour gérer le domaine, il faut être prêt à faire des sacrifices. « Le secret, ce sont les heures de travail. Je dis que je suis un PDG-balayeur. Finalement, on fait plusieurs métiers, agriculteur, arboriculteur, transformateur, mécanicien, c’est complexe. » Mais il le sait, ce n’est plus entre ses mains…
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