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La création pour marionnettes est en plein essor au Québec, surtout depuis les dernières décennies. Et le Festival international de Casteliers entend bien le démontrer, par la douzaine de spectacles qui forgent sa 21e édition. Une édition qui est aussi celle de la passation à la direction artistique.
La fondatrice, Louise Lapointe, a quitté son poste en novembre dernier. La marionnettiste Myriame Larose, qui guidait la programmation du Festival Marionnettes Plein la rue depuis 2016, est en train de trouver ses marques dans les bureaux. Ce sera ainsi la dernière programmation de Casteliers à porter la signature de Louise Lapointe.
« Casteliers, je connais… » dit Myriame Larose, « j’y suis née, en quelque sorte… » En effet, au tout début du festival, quand il n’y avait que trois jours consacrés aux marionnettes, pour adultes autant que pour les enfants, « moi, j’étais un bébé marionnettiste », poursuit-elle.
« Ma pratique s’est vraiment transformée, par tous les spectacles de l’étranger que j’y voyais. » Celle qui a travaillé au festival comme médiatrice et artiste a besoin « d’infuser » à l’intérieur de Casteliers avant d’y poser ses couleurs, de « comprendre d’abord comment ça se passe ».
Elle entend « être dans la continuité de l’excellence que Louise [Lapointe a instaurée], à garder cette fenêtre-là ouverte, sur le monde et sur nous ».
Grandir, grossir avec le temps
Qu’est-ce qui a le plus changé depuis 2006 et les tout débuts du festival ? Silence de Louise Lapointe, regard au ciel pour réfléchir. « L’ampleur », dit-elle, traversée d’un sourire. « Quand on a commencé, c’était minuscule. J’étais toute seule. Ça durait trois jours. J’ai fait ça pendant quatre ans de chez moi… » se souvient-elle.
Au fil des éditions, le festival a ajouté des stages, des ateliers pour les écoles, davantage de spectacles. Puis l’arrondissement d’Outremont a offert un bureau, et ce pied-à-terre a permis d’accueillir un premier employé.
« Ensuite, le festival a duré cinq jours, avec des résidences ; puis est venu en 2018 le magnifique atelier de la Maison de la marionnette, d’où on vous parle aujourd’hui… » Et l’an dernier, quelque 3000 spectateurs ont fréquenté le festival.
Désormais, Casteliers a aussi son off, le OUF !, qui donne le lundi 2 mars une nuit de la marionnette. Et son petit marché, où passent de 30 à 40 diffuseurs par an, pour voir quels spectacles ils pourraient peut-être ramener dans leur théâtre.
« Ce qui me touche beaucoup, et qui n’a pas changé, c’est qu’on a vraiment le soutien du milieu. Depuis le tout début — et autant du milieu professionnel que de la communauté », renchérit Mme Lapointe.
La liberté de la jeunesse
Y a-t-il une caractéristique à la création québécoise en marionnettes ? Myriame Larose : « La créativité. On n’est pas ancrés dans une tradition qui nous précède de 100 ou de 200 ans. On est beaucoup dans l’hybridité et la recherche. »
Louise Lapointe : « On est beaucoup moins orientés sur le texte que dans le théâtre de marionnettes français, qui s’appuie sur le verbe. Ici, on décolle très facilement du texte. »
Que faut-il voir cette année à Casteliers ? La vraie fausse conférence sur le théâtre d’objet, nomme Louise Lapointe. « Ce sont les vrais vieux bonzes du théâtre d’objets, ceux qui l’ont mis “sur la map” en Europe, qui en retracent les sources et les racines. » Ils sont sept, de France, d’Italie et de Belgique.
Aussi Viva, de La Loquace, une autobiographie en théâtre d’objets, et l’histoire du grand-père du marionnettiste dont il a appris des années après les faits qu’il avait tué sa femme dans un excès de fureur, à l’époque du franquisme.
Myriame Larose, elle, mise sur Incarnations transitoires, de Céline Chevrier. Avec de la musique live, l’artiste joue de matières — plastique, carton, vent — pour incarner des états intérieurs.
Finalement, la vision d’Alice au pays de la guerre, de la compagnie Tchaïka, a laissé derrière elle des critiques plus positives les unes que les autres avec Une traversée. « C’est de la manipulation de ouf ! Du génie ! » souligne Mme Larose. On y suit une enfant en période de guerre, et « on dépasse l’humain par la marionnette ; on arrive à raconter de façon non frontale des situations innommables », ajoute-t-elle.
La marionnette, « c’est un art parfait de la métaphore », conclut Louise Lapointe.


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