Le 6 avril 2026, à 18h41 heure de la côte Est américaine, la Terre en croissant a glissé derrière l’horizon lunaire. Reid Wiseman a filmé ce moment avec son smartphone depuis la capsule Integrity. Moins d’une minute de vidéo brute, sans montage, sans filtre. Et pourtant : c’était la première fois depuis le programme Apollo, il y a plus de 54 ans, que des humains étaient témoins d’un coucher de Terre.
À retenir
- Un moment symétrique et inverse : là où Apollo 8 montrait la Terre réapparaître, cette vidéo la voit disparaître
- Aucune caméra professionnelle n’était braquée sur ce point précis de la trajectoire avant Wiseman
- 40 minutes de silence radio total attendent les futurs astronautes derrière la Lune
Sommaire
- Ce que les caméras d’Apollo n’ont jamais capturé
- Un iPhone à 400 000 kilomètres de chez vous
- Aux limites de ce que l’humain a jamais atteint
- Après Artemis II, la Lune se rapproche
Ce que les caméras d’Apollo n’ont jamais capturé
La vidéo de Wiseman est un écho à la célèbre photo Earthrise prise durant la mission Apollo 8 en 1968. Mais la photo d’Apollo 8 montrait la Terre réapparaître dans le champ de vision, pas disparaître, tandis qu’astronautes Bill Anders, Frank Borman et Jim Lovell tournaient autour de la Lune. Toute la différence est là. Ce moment symétrique et inverse, le coucher de Terre ou « Earthset », n’avait jamais été filmé depuis l’intérieur d’une capsule habitée. Les missions Apollo avaient bien documenté le survol lunaire, mais aucun équipage n’avait pointé un objectif vers ce point précis de la trajectoire pour en faire un plan continu, en temps réel.
Toutes les images iconiques de la conquête spatiale avaient été planifiées en amont, à l’inverse de la vidéo de Wiseman. Son caractère improvisé lui donne justement tout son charme, et c’est aussi l’une des premières fois qu’un humain filme sa planète disparaissant derrière la Lune. Ce n’est pas un détail de forme. C’est précisément ce qui rend ce document unique : personne n’a demandé à Wiseman de sortir son téléphone. Il l’a fait parce qu’il ne pouvait pas faire autrement.
Un iPhone à 400 000 kilomètres de chez vous
Wiseman raconte qu’il n’a pas pu résister à sortir son téléphone en voyant la Terre s’apprêter à se coucher derrière le limbe lunaire. Il décrit la scène comme « regarder un coucher de soleil depuis le siège le plus étrange du cosmos. » L’image est parfaite, et presque vertigineuse.
À l’œil nu, la Lune était difficile à distinguer à travers le hublot d’amarrage, tandis que l’iPhone offrait un format et un cadrage adaptés pour saisir la scène. La vidéo est « non recadrée » et « non montée », avec un grossissement qui donnerait un rendu proche de la perception humaine. La vidéo a été enregistrée avec un zoom 8x. ce que vous voyez sur l’écran est à peu près ce que Wiseman voyait de ses propres yeux, depuis son hublot, à plus de 400 000 kilomètres de la surface terrestre.
Pendant ce temps, à quelques centimètres de lui, une autre scène se jouait. Christina Koch utilisait un Nikon équipé d’un objectif de 400 mm pour shooter des rafales de photos haute résolution, tandis que Victor Glover et Jeremy Hansen observaient depuis la fenêtre adjacente de la capsule. Dans la vidéo de Wiseman, on entend d’ailleurs le déclencheur du Nikon de Koch résonner dans la capsule en fond sonore. Deux approches du même instant : la photographie professionnelle, minutieusement préparée, et le geste du smartphone sorti de la poche. Les deux ont leur place dans l’histoire.
C’était aussi la toute première fois pour une femme. Koch est ainsi entrée dans l’histoire à double titre : ses photos haute résolution de l’Earthset figurent parmi les plus publiées de la mission, et elle est la première femme à avoir observé ce phénomène depuis l’espace lointain.
Aux limites de ce que l’humain a jamais atteint
L’équipe a établi un nouveau record en voyageant à environ 406 800 kilomètres de la Terre, plus loin qu’aucune mission habitée précédente. Un record qui appartient désormais aux quatre membres de l’équipage Artemis II, Reid Wiseman, Christina Koch, Victor Glover et l’astronaute canadien Jeremy Hansen, qui ont lancé leur mission vers la Lune le 1er avril et sont rentrés le 10 avril après amerrissage dans le Pacifique au large de San Diego.
Travaillant en deux rotations sur environ cinq heures, les astronautes ont pris environ 10 000 photos au total lors du survol lunaire. Dix mille photos, et c’est une vidéo de quelques dizaines de secondes, tournée au coin d’un hublot avec un smartphone de poche, qui retient toute l’attention. Elle donne cette impression, fugace mais troublante, que la scène, pourtant inaccessible au commun des mortels, aurait pu être filmée par le smartphone que vous avez dans votre poche.
Durant la mission, les astronautes d’Artemis II sont aussi devenus les premières personnes à voir une grande partie de la face cachée de la Lune, le côté qui fait perpétuellement face à l’opposé de la Terre, de leurs propres yeux. Ils ont également observé une éclipse solaire depuis l’orbite lunaire, portant les mêmes lunettes en papier que le grand public utilise sur Terre. C’était la première utilisation de lunettes d’éclipse sur la Lune pour observer une éclipse solaire en toute sécurité.
Après Artemis II, la Lune se rapproche
La vidéo de Wiseman n’est pas qu’un beau souvenir. Elle documente, pour la première fois, ce que les futurs astronautes vivront à chaque passage derrière la face cachée : les communications s’arrêtent pendant environ 40 minutes lors du transit d’Orion derrière la Lune. Quarante minutes de silence radio complet, pendant lesquelles l’équipage est seul, coupé de la Terre, dans le noir cosmique. La vidéo de Wiseman montre la toute dernière image de la planète bleue avant ce silence. Le dernier regard avant l’obscurité.
La NASA se concentre désormais sur la mission Artemis III, dont le lancement est prévu mi-2027. Le plan prévoit que l’équipage, non encore annoncé, reste en orbite basse terrestre pour réaliser des démonstrations technologiques avec des atterrisseurs lunaires commerciaux de SpaceX ou Blue Origin. Mais avant le premier pas sur le sol lunaire depuis 1972, c’est bien cette séquence de quelques dizaines de secondes qui restera : la Terre qui rétrécit, devient croissant, puis disparaît. Un plan que cinquante ans de conquête spatiale n’avaient jamais produit.
Sources : journaldugeek.com | iphoneaddict.fr


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