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Xenia Fedorova bientôt expulsée par la France ? Canal+ dénonce une atteinte à la liberté d’expression

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Médias 29/07/2026 16:08 Actualisé le 29/07/2026 17:11

La journaliste russe, accusée d’être en France une « propagandiste » du Kremlin, est visée par un arrêté d’expulsion.

Par Vincent Gibert avec AFP

Xenia Fedorova, ici au Salon du Livre, au Grand Palais à Paris, le 12 avril 2025.

MAGALI COHEN / Hans Lucas via AFP

Xenia Fedorova, ici au Salon du Livre, au Grand Palais à Paris, le 12 avril 2025.

Persona non grata. Accusée d’être « un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes » pour « déstabiliser l’ordre public » en France, la chroniqueuse pro-russe Xenia Fedorova s’est vue remettre ce mercredi 29 juillet un arrêté ministériel d’expulsion.

« Xenia Fedorova est une journaliste. Cette décision est une atteinte grave à la liberté d’expression d’une journaliste qui a toujours exercé son activité de manière la plus convenable qu’il soit », a déclaré à l’AFP son avocat, Me Emmanuel Piwnica. Sa cliente va « immédiatement former un recours » contre l’arrêté d’expulsion, a-t-il annoncé.

Depuis la notification de ce document, Xenia Federova est assignée à résidence et doit pointer chaque jour au commissariat, a précisé à l’AFP une source proche du dossier. Elle ne peut donc plus travailler normalement.

Dans la foulée, le groupe Canal+, dans lequel est salariée en CDI Xenia Fedorova, a vivement pris la défense de sa journaliste. « Sans que chacun soit nécessairement tenu de partager l’ensemble des analyses ou des opinions exprimées par Mme Fedorova, les groupes Canal+ et Lagardère considèrent que l’empêcher de participer au débat public et d’exprimer ses points de vue sur la situation française et internationale constituerait une atteinte particulièrement grave à la liberté d’expression et au pluralisme des opinions », écrit Canal+ dans un communiqué.

« Ils rappellent que notre démocratie et notre État de droit confèrent une valeur constitutionnelle à la liberté d’expression et à la liberté de la presse. L’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen dispose ainsi : “La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement” », appuie le groupe de la chaîne privée. « La liberté d’expression ne se défend pas uniquement lorsque les opinions exprimées font consensus. Elle se défend précisément lorsqu’elles dérangent ou suscitent la contradiction, dès lors qu’elles s’inscrivent dans le débat démocratique, comme c’est le cas dans l’ensemble de nos médias », conclut Canal+.

Interdite de territoire en Allemagne

Ancienne patronne de la chaîne russe RT en France, interdite dans l’UE depuis mars 2022 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Xenia Fedorova défend régulièrement les positions du Kremlin dans les médias dans le giron de Vincent Bolloré. Elle intervient notamment sur CNews et Europe 1 et signe une chronique dans l’hebdomadaire le JDNews.

« Son comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État », et sa présence sur le territoire français « constitue pour ce motif une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public », indique Libération, qui cite l’arrêté ministériel.

« En déployant ses narratifs », la chroniqueuse « s’inscrit comme un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes » dans le but « de déstabiliser l’ordre public » en France, est-il ajouté.

Elle « contribue à la diffusion d’un discours de désinformation et de déstabilisation », « visant à manipuler l’opinion publique », « à saper la confiance des citoyens européens et en particulier des citoyens français en leurs institutions », selon l’arrêté ministériel cité par Libération.

Ailleurs en Europe, Xenia Fedorova est interdite de territoire en Allemagne, a précisé à l’AFP une source proche du dossier.

Une vive polémique avait été déclenchée fin mai après la révélation de la prolongation en 2024 pour dix ans du titre de séjour de la Russe âgée de 45 ans et un article du Monde qui lui prêtait une influence grandissante sur le milliardaire conservateur.

Des craintes de manipulation du débat public

« Il y a des titres qui sont renouvelés de plein droit pour des étrangers qui sont en situation régulière depuis plusieurs années et qui remplissent des conditions. Il s’en délivre tous les jours », avait alors expliqué le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, assurant qu’il n’y avait eu aucune « intervention » du gouvernement pour cette prolongation.

Le gouvernement français et le président Emmanuel Macron ont qualifié Xenia Fedorova de « propagandiste » du Kremlin. Des eurodéputés du groupe centriste Renew ont demandé à l’Union européenne de prendre des sanctions à son égard, la décrivant comme une « propagandiste russe notoire », coupable, selon eux, de la diffusion de « narratifs grossièrement manipulatoires sur la guerre en Ukraine et à l’égard de l’UE ».

Ses interventions publiques sont marquées par des thèses récurrentes : selon elle, « c’est l’Occident qui a décidé de prolonger » la guerre en Ukraine et l’Europe est tentée d’« aller en guerre contre la Russie ».

Selon Le Monde, Xenia Fedorova a aussi obtenu que le journaliste Victor Eyraud soit évincé d’Europe 1 et que le général Bruno Clermont le soit de CNews, où il était consultant. Motif : leurs positions lui auraient déplu.

Certains propos tenus sur CNews ont par ailleurs motivé plusieurs saisines de l’Arcom, en cours d’examen. Notamment une en juin pour la « prédominance » d’un « même courant de pensée et d’opinion » sur la sécurité, la guerre en Ukraine, l’immigration ou l’islam, ce que la chaîne info a contesté. Le régulateur de l’audiovisuel l’avait mise en demeure de respecter davantage la diversité des opinions sur son antenne, sous peine de sanctions.

Sa place grandissante dans les médias de la sphère Bolloré ont fait naître des craintes de manipulation du débat public, notamment lors de la campagne pour l’élection présidentielle en 2027.

Le président du directoire du groupe Canal+, Maxime Saada, avait lui estimé que sa présence sur CNews était un enjeu de « liberté d’expression », rejetant l’expression d’« agent russe ». « Journaliste oui, agent non », avait-il répondu, interrogé par un actionnaire lors de l’assemblée générale du groupe fin mai.

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