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Les deux artistes sont nés à une année de distance et le plus clair de leur destin se concrétisa au cœur des années de l'Expressionnisme flamand et d'un Surréalisme surtout wallon. "De divergences en convergences" : le titre de l'exposition résume parfaitement ce qu'il nous y est donné de voir et percevoir.
Henri-Victor Wolvens (Bruxelles, 1896 – Bruges, 1977) et Paul Delvaux (Antheit, 1897 – Furnes, 1994), l'un Bruxellois, l'autre Wallon, furent, de leur temps, des artistes loués et honorés, plébiscités. Le second bénéficia même d'une carte de visite internationale, ayant, à l'instar de Magritte, bénéficié d'une aura américaine qui lui reste favorable près de trente ans après sa mort.
Comprenne qui pourra, ce n'est plus le cas de Wolvens, un peintre pourtant de haute tenue, tristement laissé-pour-compte. Même, comprenne qui pourra encore, les musées belges, qui ont la chance de détenir de ses toiles, ne le montrent pas ! Or, en 1964, Georges Marlier lui avait consacré un gros album édifiant, superbe ! Plus tard, au Muzee d'Ostende, Willy Vandenbussche consacra à Wolvens une importante rétrospective. Hélas, l'énigmatique Willy décédé trop jeune, son peintre, justement élu le temps d'une démonstration explicite, retomba dans un oubli incompréhensible.
Il faut saluer la clairvoyance de Camille Brasseur, directrice éclairée, souriante, de la Fondation Delvaux, qui tint bon et nous montre le meilleur de Wolvens, peintre d'une Mer du Nord qui lui collait aux tripes, de connivence avec un Delvaux qui a logé à la Côte belge la quintessence d'une œuvre à évaluer conjointement.
Voici donc deux témoins d'envergure réunis pour un duo qui a l'heur de bien fonctionner, alors que leurs approches de la peinture divergent.
Si vous aimez la peinture
L'art de Wolvens va vous submerger de félicité ! Nous l'avions découvert au temps de nos études. Sa peinture nous subjugua dans la maison d'amis qui en possédaient de puissants exemples. Ainsi, un Jet d'eau farci de retombées chromatiques.
L'exposition de Saint-Idesbald est à voir, séance tenante, par tout qui se pique d'aimer la peinture. Celle-ci y brille de feux nourris dans le chef d'un Wolvens qui ne fut jamais avare en matières, coups de brosses et de spatules, couleurs effervescentes. Jamais avare en portraits sensibles, autant de vieux que d'enfants, les siens, attentifs aux déboulés plastiques de leur géniteur.
L'expo démarre fort avec deux vieux de l'hospice : L'homme au sarreau bleu et L'homme aux gants, deux toiles de 1930. Ces tableaux dégorgent leurs huiles avec l'évidence d'une existence chargée d'aléas. D'une année antérieure, Ma mère lisant le journal est de même obligeance, l'évocation bénéficiant d'une densité, d'une vérité toute simple chargée d'attention. Elle force l'admiration.
L'attrait de Delvaux et de Wolvens pour les portraits est souligné par une suite d'autoportraits. Si le premier répondit à des commandes d'amateurs, le second privilégia les mines enfantines de ses trois enfants, la plus jeune, Hélène, toujours de ce monde, s'avérant attentive aux élans de son père. C'est délicieux.
Que Wolvens fut, et demeure, un grand peintre, forcené et savant dans l'approche de ses sujets, l'expo en témoigne avec éloquence. Ainsi, quand il peint les dunes ou les parasols de plages qu'il fréquenta avec l'assiduité des pêcheurs de perles. Ainsi d'une Plage dorée (1962). Et même une Mer agitée (1946), une Marine (1959), une Mer furieuse au brise-lames (1952), voire, mise en page d'exception, un Grand brise-lames vu de face (1959). À l'effervescence matiériste répondent des flots exubérants.
Quand, sous le sigle Temps suspendus, Delvaux dessine une Étude pour la cuisine d'Antheit (1932), Wolvens y va d'une approche musclée. Sa Grande cuisinière (1930) en bouche un coin aux plus difficiles.
Si De Chirico a innervé l'art de Delvaux, Wolvens fut loin d'être insensible aux énergies colorées de Van Gogh. Dans des registres, parfois divers, son Hélène à la fenêtre, de 1944, est touchant d'affection, quand sa Femme au déshabillé, de 1935, ne l'est pas moins. Par-dessus tout, il y a ses giclées d'huiles sur des montagnes de sentiments.
- Paul Delvaux et Henri-Victor Wolvens : De divergences en convergences Art moderne. Où Musée Paul Delvaux, Delvauxlaan, 44, 8670 St-Idesbald, Belgique. www.delvauxmuseum.be et 058.52.12.29. Quand Jusqu'au 30 septembre 2026. En principe, du mardi au dimanche. Voir horaires précis sur le site.
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