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Vos cellules saines possèdent déjà tout pour migrer dans le corps : le cancer ne fait que désactiver ce qui les retient

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La plupart des cancers ne tuent pas par la tumeur d’origine. Ils tuent par les métastases. La majorité des patients atteints de cancer meurent des suites de métastases, ce processus par lequel les cellules cancéreuses migrent de la tumeur primaire vers d’autres organes. C’est ce mécanisme qu’une équipe du Cancer Research UK Cambridge Institute vient de fracturer en deux : d’un côté, la tumeur ; de l’autre, sa capacité à se propager. Et les deux n’ont pas forcément besoin de se parler.

À retenir

  • Le cancer ne possède pas de capacité de migration unique : il pirate un programme que les cellules saines possèdent déjà
  • Chez des souris sans cancer, l’inactivation du canal NALCN provoque une dissémination cellulaire identique à celle observée dans les tumeurs
  • Des médicaments existants pourraient restaurer ce verrou biologique et bloquer les métastases indépendamment du traitement tumoral

Sommaire

  1. Un verrou que le cancer apprend à crocheter
  2. Ce que révèle l’expérience sur les souris sans cancer
  3. Réécrire l’histoire de la métastase
  4. Ce que les chercheurs explorent maintenant

Un verrou que le cancer apprend à crocheter

Des chercheurs de l’Université de Cambridge ont découvert que les cellules cancéreuses détournent un processus déjà en place, utilisé par les cellules saines, pour se propager dans le corps. La phrase est simple. Ses implications, vertigineuses. Pendant des décennies, la communauté scientifique cherchait dans le cancer ce qu’il avait de différent pour expliquer la métastase. La réponse, publiée dans Nature Genetics, pointe dans la direction opposée : ce qui est différent, c’est ce qu’il a désactivé.

L’équipe a fait cette découverte en étudiant une structure cellulaire connue sous le nom de canal NALCN, un canal dit « de fuite de sodium non sélectif ». Ces canaux, qui sont des protéines, sont exprimés principalement dans le système nerveux central mais se retrouvent également dans le reste du corps. Ils traversent les membranes cellulaires et contrôlent la quantité de sel qui entre et sort des cellules. Résultat ? Cette régulation du sodium n’est pas anodine : contrôler ce processus modifie également l’équilibre électrique à travers la membrane cellulaire.

Ce canal NALCN joue donc un rôle de gardien. Tant qu’il fonctionne, les cellules restent sagement à leur place. Quand il est éteint, les cellules se comportent comme des voyageurs auxquels on aurait retiré tous les points d’ancrage.

Ce que révèle l’expérience sur les souris sans cancer

La suppression de NALCN dans des adénocarcinomes gastriques, intestinaux ou pancréatiques chez la souris n’a pas modifié l’incidence tumorale, mais a nettement augmenté le nombre de cellules tumorales circulantes et de métastases. : la tumeur ne grossit pas plus vite. Elle se disperse, simplement. La distinction est capitale pour les cliniciens, parce qu’elle suggère qu’on pourrait bloquer la dissémination indépendamment du traitement de la tumeur elle-même.

Mais le résultat le plus troublant de l’étude vient d’un groupe de souris qui n’avaient pas de cancer du tout. La suppression de NALCN chez des souris sans mutations oncogéniques et n’ayant jamais développé de cancer a provoqué le détachement de cellules épithéliales dans le sang à des niveaux équivalents à ceux observés chez des animaux porteurs de tumeurs. Ces cellules ont migré vers des organes distants pour former des structures normales, notamment de l’épithélium pulmonaire, des glomérules rénaux et des tubules.

Des cellules du pancréas ont ainsi migré vers le rein et y ont participé à des fonctions locales. Pas de cancer, pas de mutation, pas de dysfonctionnement apparent. Juste un verrou retiré, et des cellules qui font ce que la biologie les autorise à faire quand personne ne les retient. C’est à la fois fascinant et dérangeant : la migration n’est pas une invention du cancer. C’est un programme que le corps possède déjà, et que le cancer réactive en silence.

La métastase était jusqu’ici considérée comme un processus entièrement anormal, limité aux tissus malins, ce qui avait orienté la recherche vers l’identification de mutations génétiques comme moteurs de la dissémination cancéreuse. Ce cadre était logique. Il était aussi incomplet. Les cellules disséminées sans mutations oncogéniques forment des structures normales sur les sites secondaires, ce qui suggère que le détachement cellulaire est un processus physiologique détourné lors de la tumorigenèse.

Le cancer, dans cette lecture, n’invente rien. Il pirate. Il coupe le signal NALCN, lève l’ancre et laisse des cellules abîmées parcourir librement un organisme qui n’a aucune raison de s’y opposer. Dans une analyse portant sur 10 022 cancers humains, les mutations avec perte de fonction de NALCN étaient enrichies dans les cancers gastriques et colorectaux. Un chiffre qui donne une idée de l’ampleur : 10 000 cas, un seul canal.

L’équipe dirigée par le Dr Eric Rahrmann a aussi testé l’effet pharmacologique de cette désactivation. Le traitement de ces souris avec du gadolinium, un bloquant du canal NALCN, a également augmenté les cellules tumorales circulantes et les métastases. Ce gadolinium, produit de contraste courant en imagerie par résonance magnétique, bloque donc accidentellement un gardien anti-métastatique. Une observation qui soulève des questions sur l’usage de certains agents d’imagerie chez des patients déjà fragilisés.

Ce que les chercheurs explorent maintenant

Maintenant qu’ils ont identifié le rôle de NALCN dans la métastase, l’équipe explore différentes façons de restaurer sa fonction, notamment en utilisant des médicaments déjà disponibles sur le marché. C’est là que la découverte bascule du laboratoire vers la clinique. Repositionner des molécules existantes coûte infiniment moins cher et va infiniment plus vite que développer une nouvelle thérapie from scratch. Ces traitements pourraient moduler l’activité du canal NALCN et ainsi permettre de développer des thérapies capables de limiter la dissémination tumorale plus rapidement.

Le chercheur principal suggère même qu’au moment du diagnostic d’une tumeur primaire, on pourrait prescrire un traitement réduisant la métastase immédiatement, pour prévenir le détachement de cellules tumorales lors de la chirurgie. Une fenêtre thérapeutique que personne n’avait encore envisagée sous cet angle : intervenir sur la migration avant même d’opérer la masse tumorale.

Les perspectives dépassent d’ailleurs le seul cancer. Cette avancée ouvre la voie à la réparation des tissus : si ce processus est maîtrisé, la médecine pourrait stimuler la régénération naturelle des organes. L’équipe cherche aussi si d’autres types de canaux ioniques régulant le potentiel de repos membranaire pourraient être impliqués dans un mécanisme similaire, ce qui laisserait entendre que NALCN n’est peut-être que la première pièce d’un puzzle plus vaste : celui de la mobilité cellulaire comme langage biologique fondamental, commun aux cellules saines comme aux cellules malades.

Sources : dailygeekshow.com | europe1.fr

Yohan D

Rédigé par Yohan D

Vulgarisateur scientifique depuis plus de dix ans, je m’intéresse à la géographie, aux technologies et à l’environnement. J’espère attirer votre attention sur des sujets captivants !

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