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« C’est ma 20e année sur l’équipe nationale, c’est quand même incroyable. C’est ce que j’ai connu toute ma vie. »
En l'énonçant tout haut, Valérie Maltais semble elle-même avoir de la difficulté à y croire. Même après toutes ces années, sa passion pour le patinage de vitesse est loin de vaciller.
Je ne suis pas tannée. Au contraire, plus je vieillis, plus je me rends compte que c’est un privilège. J’aime le dépassement de soi et le puzzle de trouver comment je vais faire pour m'améliorer.
Assise au café du Centre de glaces de Québec, la native de La Baie apporte tout de même un bémol. Elle n’a pas le sentiment d’avoir connu une seule et longue carrière.
Ma transition au longue piste a vraiment créé un sentiment de renouveau. J’ai l’impression que ça fait sept ans que je pratique mon sport, précise-t-elle.

Valérie Maltais en patinage de vitesse courte piste aux Jeux olympiques de PyeongChang.
Photo : Radio-Canada
Contrairement à ce que leurs noms indiquent, les deux types de patinage de vitesse n’ont pas tant en commun, explique Maltais. Elle l’a appris à ses dépens en passant de l’ovale de 111 m à celui de 400 m après ses 3es Jeux olympiques, en 2018.
Tu es penchée et tu as de longues lames. C’est pas mal les seules ressemblances entre les deux sports.
Un titre olympique dans la mire
C’est notamment pour rejoindre son conjoint, le patineur de vitesse désormais retraité Jordan Belchos, que Valérie Maltais a décidé d’aller tenter sa chance dans l’équipe nationale de patinage longue piste, en 2018.
Débarquée à Calgary sans attente, elle a mis un certain temps à s’adapter à ses nouvelles lames qui, contrairement à celles de courte piste, ne sont pas attachées au talon.
Maltais vous dira qu’elle avait sous-estimé la difficulté technique de la chose, mais quatre ans après avoir chaussé les patins clap pour la première fois, elle devenait championne olympique à la poursuite par équipe avec ses coéquipières Isabelle Weidemann et Ivanie Blondin. Sa deuxième médaille olympique après celle d’argent au relais en courte piste, en 2014.

Ivanie Blondin, Valérie Maltais et Isabelle Weidemann du Canada ont remporté la médaille d'or à la poursuite par équipe en patinage de vitesse sur longue piste aux Jeux olympiques de Pékin en 2022.
Photo : afp via getty images / WANG ZHAO
Quand je suis partie des Jeux de 2022, je pensais que ça allait être ma retraite. Puis on a déménagé à Québec. Le Centre de glaces venait d’ouvrir et je me suis dit que j’allais continuer encore un peu, relate-t-elle.
Arrivée au 12e rang de la course de 3000 m des Jeux de Pékin, la nouvelle résidente de la capitale nationale avait l’impression de ne pas avoir été au bout de son potentiel. Elle s’est donné deux ans pour voir si elle pouvait encore s’améliorer.
La réponse est venue dès le début de la saison 2022-2023. Pour la première fois de ma carrière, j’ai fait une course de 3000 m où j’ai senti que j’avais réussi à donner un effort maximal.
L’affirmation semble étrange venant d’une athlète aussi expérimentée, mais Valérie Maltais explique qu’il existe une différence entre un effort intense et un effort maximal.
En courte piste, tu batailles contre des adversaires et tu fais des efforts intenses, mais tu peux faire plusieurs courses dans la même journée sans problème. En longue piste, c’est un contre-la-montre, donc le but est d’aller chercher un effort maximal à chaque fois. Pour vraiment aller au bout de toi-même, il faut que tout tombe en place techniquement, tactiquement et physiquement.

Valérie Maltais
Photo : La Presse canadienne / Todd Korol
Pour la patineuse, le déclic est venu après quatre ans de longue piste. Elle n’a plus regardé derrière par la suite. En février 2023, elle est montée sur le podium d’une épreuve individuelle en Coupe du monde pour la première fois. Puis les podiums sont devenus la norme, au départ de masse comme au 3000 m.
Graduellement, un nouveau rêve olympique est né. Mon but est de devenir championne olympique dans une épreuve individuelle. J’ai eu plusieurs médailles en équipe, mais j’ai envie d’avoir cette satisfaction là de remporter une médaille individuelle.
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Pédaler pour mieux patiner
Depuis l’inauguration du Centre de glaces de Québec, les athlètes québécois peuvent patiner à l’année sur un ovale de 400 m. Cet été, pourtant, Valérie Maltais a surtout pédalé.
Ça a définitivement été le plus gros été de vélo de ma vie. Je me suis rendue à presque 9000 kilomètres.
Il faut savoir que, côté préparation, la Saguenéenne de 35 ans est une perfectionniste. Elle tient depuis des années un journal où elle évalue tous ses entraînements, ses nuits de sommeil et son alimentation de manière à pouvoir comprendre ses bonnes et moins bonnes performances.
À ce stade-ci de ma carrière, il y a une intention derrière tout ce que je fais. Ce n’est pas juste parce que l'entraîneur me dit de le faire. Je dois comprendre pourquoi on fait ça et pourquoi on le fait à tel moment , décrit-elle.

Valérie Maltais (au centre) et ses entraineurs Gregor Jelonek (à droite) et Muncef Ouardi (à gauche) à la Coupe du monde de Québec, début février 2024.
Photo : Radio-Canada / Pascal Ratthé
Insatisfaite de sa forme en début de saison dernière, Maltais savait qu'elle devait changer quelque chose dans sa stratégie d'entraînement estival en vue des Olympiques.
Changer quoi, exactement? La réponse est venue d’un physiologiste qu’elle a pu engager en 2025 grâce à un financement additionnel de l’organisme B2dix.
Il a fait une analyse complète de mon entraînement et le constat a été que ma forme était stable depuis huit ans. Ce n’était pas nécessairement une mauvaise nouvelle, mais je ne m'améliorais plus.
Pour permettre à la patineuse d’atteindre son plein potentiel sur patin, son physiologiste lui a proposé de revenir à la base : des entraînements aérobiques à intensité minimum.
C’est la fameuse zone 1. On a laissé de côté les entraînements musculaires de grosse puissance pour les remplacer par des longues et lentes sorties de vélo. Il fallait être disciplinée et avoir confiance en ce plan-là.
Valérie Maltais l'admet elle-même. Il y avait une part de risque à tenter quelque chose de nouveau à quelques mois des Jeux de Milan-Cortina. Mais pour monter sur un premier podium individuel olympique après 20 ans de sport au plus haut niveau, elle était prête à risquer.
Maintenant tout est possible
Il est vite devenu évident que le pari de Maltais allait être payant.
Dès l’été, on a vu des améliorations énormes dans mes résultats sur vélo. On les a vus aussi sur glace, mais c’était plus difficile à calculer parce qu’il y a plus de facteurs externes, relate la patineuse.
La première moitié de la saison de Coupe du monde est vite venue confirmer la chose. Au 3000 m, sa distance de prédilection, la Saguenéenne a vite signé deux podiums en plus d’établir un record personnel.

Valérie Maltais au Centre de glaces de Québec, en novembre.
Photo : Radio-Canada / Guillaume Piedboeuf
Le 3000 m, c’est vraiment dans ma mire. C’est le jour' 1 des Jeux olympiques et j’adore ça, lance celle qui débarquera à Milan dans quelques semaines.
En plus du 3000 m, Maltais sera en action au 1500 m, au départ groupé et à la poursuite par équipe où elle défendra son titre olympique avec ses coéquipières Blondin et Weidenmann.
Le calendrier paraît chargé, mais la trentenaire rappelle qu’elle a l’habitude de participer à quatre courses en trois jours, en Coupe du monde. Aux Jeux d’hiver, elles seront plutôt réparties sur deux semaines.
Pas question, donc, d’en délaisser une pour se concentrer sur les autres. Pas même le départ groupé, une épreuve qui se rapproche davantage du patinage courte piste et avec laquelle la résidente de Québec entretient une relation amour-haine.
J’aime jouer dans le peloton et je suis forte dans le peloton, mais quand il arrive un petit pépin, ça vient me chercher. Ça me ramène ce sentiment du courte piste que tu ne contrôles pas tout dans ta performance. J’essaie de travailler un peu sur mon lâcher-prise, énonce-t-elle, sourire en coin.
Ce sourire, il ne semble pas lâcher Valérie Maltais depuis le début de la saison. À 35 ans, elle est dans la meilleure forme de sa vie et elle se promet de savourer pleinement ses 5es Jeux olympiques.

Valérie Maltais à la Coupe du monde de Inzell, en mars 2024. (Photo d'archives)
Photo : Associated Press / Matthias Schrader
Je me sens fébrile que ce soit mes derniers Jeux et je sais que je vais les quitter avec zéro regret. Mais il y a quelque chose qui me dit que je vais y retourner dans un autre rôle, que ce soit comme entraîneur ou avec le comité olympique canadien, explique-t-elle.
Au moment d’entamer un nouveau cycle olympique en 2022, Maltais s’était écrit le rappel suivant sur la première page de son journal d'entraînement : Tu es devenue championne olympique en quatre ans, maintenant tout est possible.
Près de quatre ans plus tard, à quelques semaines de fouler la glace italienne, tout est encore possible.


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