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DISPARITION - Le monstre sacré de la mode italienne, au parcours sans faute, s’est offert une place de choix au panthéon de la haute couture. Il est décédé ce 19 janvier dans sa résidence romaine.
Monica Vitti, Jackie Kennedy, Barbra Streisand, Sophia Loren, Farah Pahlavi, Elizabeth Taylor, mais aussi Sharon Stone, Nicole Kidman, Gwyneth Paltrow et même Kim Kardashian. Valentino Garavani n’avait qu’une ambition, tout au long de sa carrière : habiller les femmes les plus belles et les plus célèbres du monde. Il y a réussi au fil des galas, des soirées, des réceptions et des tapis rouges auxquels il ne manquait pas d’assister au bras de stars de tous bords.
Pendant plus de quatre décennies, jusqu’à sa retraite des podiums en 2008, le Romain a été à tu et à toi avec tout le gotha. Entrant parfois même dans l’histoire. Il habilla la veuve de JFK, Jackie, pour son mariage avec Onassis, et Farah Pahlavi, la dernière épouse du chah d’Iran, contrainte de fuir en janvier 1979 dans un de ses manteaux en cachemire et zibeline. Un jour, il conseilla même à Elizabeth II, reine d’Angleterre, de porter du noir - « cela irait bien avec votre peau », lui avait-il dit. Conseil qu’elle ne suivit pas. Question de protocole. Valentino était aussi à son aise à la cour de Buckingham que sur le tapis rouge des Oscars. « Il n’y a que trois choses que je peux faire : créer une robe, décorer une maison et divertir les gens », a-t-il déclaré au magazine AD.
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Effectivement, Valentino n’est pas seulement un grand nom de la mode, c’est aussi celui d’un art de vivre glamour dont ce prince de la jet-set avait fait la pierre angulaire de son empire. Le couturier a toujours vécu « comme celles qu’il habille », entouré de toiles de maîtres, entre sa magnifique villa de Rome, son hôtel particulier du XIXe siècle de Londres, son penthouse de New York, son chalet Gifferhorn de Gstaad et son château de Wideville, bâtisse de style Louis XIII, près de Saint-Germain-en-Laye. Évoluant quotidiennement, bien des années après le temps de la dolce vita romaine et du Capri des années 1960, dans un monde insouciant, qui pétille et qui s’amuse. Un monde où l’on donne encore des fêtes somptueuses, comme en 2014 pour le dîner de répétition du mariage de Kim Kardashian et Kanye West ou encore en 2017 pour célébrer le prix de la mise en scène de Sofia Coppola au 70e Festival de Cannes. « J’embellis tout ce que je touche, » confiait-il sans fausse modestie.
Formé auprès de Cristobal Balenciaga
Né à Voghera, dans le nord de l’Italie, en 1932, dans une famille bourgeoise, le jeune garçon qui dessine sans cesse, fasciné par le glamour de Hollywood et la « high society » décrite par Cukor, convainc à 17 ans ses parents de le laisser partir à Paris. Ils auraient préféré que leur fils devienne ténor ou médecin. Tant pis, Valentino fera ses études aux Beaux-Arts et à l’école de la Chambre syndicale de la couture. Il finit ensuite son apprentissage dans les ateliers de Balenciaga, Jean Dessès (importante maison de couture parisienne dans les années 1950) et Guy Laroche.
En 1959, il rentre au pays et ouvre, avec l’aide financière de sa famille, son premier atelier à Rome. La Ville éternelle est alors, grâce aux studios de Cinecitta, la succursale de Hollywood. Très vite, toutes les stars de cinéma, Elizabeth Taylor en tête, s’habillent chez ce prodige de la robe de soirée.
Derrière chaque génie de la mode, il y a (souvent) un homme d’affaires, le pygmalion qui transforme la fantaisie en empire mondiale. Pour Garavani, cet homme s’appelle Giancarlo Giammetti, jeune raggazo de la bonne société, étudiant en architecture, qu’il rencontre un jour au café de Paris, Via Veneto, à Rome, en 1960. Il devient son associé, un temps son amoureux, presque son alter ego, en somme son plus vieux compagnon. « Le cerveau de Giancarlo allié au talent et à la détermination de Valentino. Quel mariage parfait ils ont fait », témoignait, il y a vingt ans, la comtesse Consuelo Crespi, dans Vanity Fair, qui décryptait, par le menu, l’héritage mode et le quotidien opulent avec yacht, majordomes et jet privé du couple.
Le cerveau de Giancarlo allié au talent et à la détermination de Valentino. Quel mariage parfait ils ont fait. »
Comtesse Consuelo CrespiDans l’après-guerre, le vestiaire féminin prend sa revanche en taillant des robes ultra-féminines dans des métrages de tissu kilométriques. Une jolie madame à l’esprit couture que Valentino décline à la mode italienne, lui qui, enfant, réclamait à sa mère des chaussettes et des chandails sur mesure. « Valentino associe les qualités de l’artisanat italien, de la couture française et du prêt-à-porter américain », analyse Pamela Golbin, commissaire de l’exposition « Valentino, thèmes et variations », présentée au Musée des arts décoratifs en 2008. Il produit un style qui demeurera le sien avec la cohérence qui provient du fait qu’il ne s’est jamais déplacé sur des territoires qui ne lui ressemblaient pas. Il représente le maillon qui relie l’âge d’or de la haute couture des années 1950 au luxe d’aujourd’hui. Sa signature constitue un passeport pour l’élégance, il a fait des vêtements, pas la révolution. »
Les bouillonnés, les volants qui font froufrouter la démarche, les drapés de mousselines assorties à des broderies sophistiquées, les fleurs de soie, les ourlets de zibeline, les quadrillages et les arabesques, les chinoiseries, certes mais jamais si cela doit déformer la silhouette. L’opulence de la haute couture et, au contraire, la simplicité de la robe noire de Monica Vitti dans La Notte en 1960, griffée Valentino. Et le rouge bien sûr, étendard d’un style, emblème de la maison dont la nuance lui a été inspirée par la robe en velours cramoisie d’une de ses voisines à l’Opéra de Barcelone.
Incendiaires sur les red carpets hollywoodiens, les fourreaux de soie coquelicot de Valentino deviendront indissociables du glamour hollywoodien. Ce n’est pas Anne Hathaway, Jennifer Aniston ou Rihanna, toutes drapées de Valentino rosso sur tapis rouges, qui diront le contraire. « Si le blanc a marqué le début de votre carrière, c’est assurément ce rouge hypnotique, celui qui vous avait subjugué, adolescent, lors d’une représentation de Carmen à l’Opéra de Barcelone, ce rouge qui inondait la scène et les balcons, qui, ensuite, a véritablement pris possession de vos collections, au point qu’il porte aujourd’hui votre nom », lui assurait l’ex-ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, en juillet 2006, au moment de lui remettre les insignes de chevalier de la Légion d’honneur.
Tout chez Valentino était conçu pour être flatteur, gracieux, léger. Il a fait de la coquetterie un (grand) art. Eugenia Sheppard, dans Herald Tribune, écrivit dès 1967 : « Valentino est la Rolls-Royce de la mode. La grande nouvelle, c’est que Valentino fait concurrence à Paris. Son style a les mêmes qualités que celui des grands comme Dior, Jacques Fath et Balenciaga. C’est intangible, comme la beauté ou le sex-appeal, mais cela donne envie à toutes les femmes d’acheter ses créations… » Cela tombe bien pour Paris : en 1976, l’Italien décide d’y présenter ses collections. Il sent bien alors que la « Alta moda » n’a pas le lustre de la couture parisienne.
Il installe alors son ambassade au numéro 2 de la place Vendôme, dont les salons avec moulures et parquet en pointe de Hongrie seront, dans les années 1990 et 2000, le théâtre des fastueuses répétitions de ses shows. Répétitions auxquelles il exige que les stars des podiums de l’époque - Naomi Campbell, Cindy Crawford, Claudia Schiffer et Carla Bruni - soient coiffées et maquillées comme le jour J… Outre son souci quasi maniaque du détail, son sens du raffinement, son idée du chic intemporel, le créateur au brushing impeccable et au hâle prononcé 365 jours par an devient un personnage de pop culture. En 2006, il joue son propre rôle dans Le Diable s’habille en Prada.
En 2008, cette grande figure de la mode transalpine quitte la tête de sa maison. Il a 75 ans et « il est heureux surtout d’avoir bâti à partir de rien un véritable empire de la mode - qu’il a vendu en 1998 pour 300 millions de dollars -, en imposant un prénom désormais synonyme d’élégance dans le monde entier », écrit alors Le Figaro. « Le comble de l’inélégance, c’est la mauvaise éducation », disait-il avant de tancer ses contemporains qui « s’habillent comme des clochards et pensent que c’est le comble du chic et du snob ». Sans doute déconnecté de la mode contemporaine, il se retire dans le calme et la volupté de ses propriétés. Il s’en est allé à l’âge de 93 ans.


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