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Juste avant de partir en vacances, les ministres de l'Arizona sont parvenus à un accord sur une série de dossiers. De quoi s'envoler vers leurs destinations respectives l'esprit tranquille ? Pas vraiment. Les partenaires de la majorité fédérale savent ce qui les attend à la rentrée: des négociations budgétaires qui s'annoncent corsées. Ce sont pas moins de 10 milliards d'euros que le gouvernement doit trouver d'ici au mois d'octobre pour la trajectoire budgétaire 2029... Et les formations politiques qui composent l'exécutif ont déjà montré qu'elles n'étaient pas alignées sur la façon d'y arriver. Des divisions ont éclaté au grand jour. Des présidents de parti se sont invectivés sur la place publique. Tout ne va pas bien dans le meilleur des mondes. Alors, à quoi faut-il s'attendre dans les mois à venir ? Risque-t-on de voir le gouvernement fédéral chuter ? Caroline Sägesser, historienne et chercheuse au Centre de recherche et d'information socio-politiques (Crisp), nous éclaire. Interview.
Le gouvernement fédéral a trouvé un accord sur une série de dossiers avant la pause estivale. Mais peut-on parler de grosse avancée ?
Non, certainement pas. Nous savons que le principal enjeu sera le budget. Or, le gouvernement a renoncé à engranger des préaccords en la matière. L'exécutif a choisi plutôt d'adopter énormément de petites décisions, avec peut-être l'ambition que leur nombre permette de cacher leur importance somme toute périphérique. Certains points, comme l'annualisation des heures de travail et l'interdiction d'importation des produits issus des colonies israéliennes, étaient tout de même plus délicats, vu qu'ils ont dû être négociés jusqu'au bout de la nuit. Ce ne sont pas des dossiers de poids, mais qui peuvent susciter des tensions.
Cette série d'accords n'est-elle pas une manière de noyer le poisson afin de donner l'illusion que tout va bien au sein de l'Arizona ?
Oui, cela peut en effet avoir pour objectif de montrer que ce gouvernement est encore en capacité de décider. Mais cela peut aussi permettre à l'exécutif de se quitter sur une note positive, avec l'espoir de se retrouver dans une bonne ambiance après les vacances.
Bart De Wever lui-même s'est fait très discret. Pas de conférence de presse, pas d'interview... Est-ce le signe d'un malaise ?
Cela reflète certainement une volonté d'éviter des questions difficiles. Il ne voulait pas voir ces accords se transformer en demi-échecs sous le feu de questions qui auraient porté sur des dossiers plus délicats et sur le budget. Organiser une conférence de presse, c'était prendre le risque d'inverser le narratif du succès.
Ces derniers mois, les désaccords entre partenaires ont été nombreux. Cela ne présage rien de bon quand on sait que les négociations budgétaires les attendent en septembre pour trouver 10 milliards d'ici à 2029...
C'est une majorité née dans la difficulté, qui n'a jamais eu la tâche facile depuis sa mise en place. En cela, il n'est pas tellement différent de l'exécutif précédent. Cela tient en partie à la façon dont fonctionne le gouvernement fédéral en Belgique, avec cette obligation de compter beaucoup de partis et avec cette difficulté de devoir à la fois composer avec un axe horizontal gauche-droite et un axe vertical nord-sud. Cela rend les choses compliquées au point qu'il serait surprenant que l'Arizona fonctionne bien. D'autant qu'à côté de ça, il y a cette équation quasi impossible, dans laquelle le gouvernement s'est enfermé, d'une diminution du déficit et, à terme, de la dette. Tout ça avec un partenaire de majorité, le MR, qui ne veut pas entendre parler de nouvelles taxes, et une ambition d'accroître le budget de la défense. Cet objectif des 10 milliards semble donc extrêmement difficile à atteindre.
On a vu Les Engagés proposer une taxe sur le patrimoine, se mettant le MR à dos. Ce dossier va-t-il être délicat à gérer pour Bart De Wever ?
C'est une mesure qui n'a pas été discutée dans l'accord de gouvernement et qu'il serait donc extrêmement difficile à terme de faire passer. Je ne sais pas comment interpréter cette proposition des Engagés. Est-elle véritablement sérieuse ? Ou entre-t-elle dans le prisme de la concurrence avec le MR ? D'après les sondages, le parti centriste a mis la main sur une partie des électeurs libéraux. Et il y a de l'eau dans le gaz entre les deux partenaires...
Yvan Verougstraete et Georges-Louis BouchezN'est-il pas inquiétant de déjà voir les deux partis francophones de la majorité fédérale se chamailler alors que les élections sont encore loin ?
Cela n'augure rien de bon. J'ai le sentiment qu'il s'agit d'un autre mal belge. Les gouvernements ne connaissent plus cette période de répit qui existait autrefois entre leur installation et l'approche des élections. Les calculs politiques semblent désormais permanents et répondent souvent davantage aux intérêts des partis qu'à ceux du gouvernement ou du pays. Cette évolution est aussi liée au fait que les présidents de parti ne siègent plus au gouvernement. C'est regrettable pour la qualité de la gouvernance mais, au vu de l'évolution de la politique belge ces dernières années, ce n'est malheureusement plus vraiment une surprise.
Le MR a déjà assuré qu'il refuserait toute taxation supplémentaire. Est-ce tenable ?
Au-delà d'être tenable, on peut se demander si c'est justifiable au vu de l'effort budgétaire demandé. Il paraît difficile d'imaginer un redressement durable des finances publiques sans une forme de hausse de la pression fiscale. Politiquement, le MR a fait du refus d'augmenter les impôts un engagement fort de campagne. Il lui sera donc difficile de revenir ouvertement sur cette promesse. Si une hausse de la pression fiscale devait intervenir, elle serait vraisemblablement déguisée. A cet égard, un impôt sur le patrimoine ou sur la fortune paraît aujourd'hui très peu probable.
Vu comment le MR trinque dans les sondages, doit-on s'attendre à ce que Georges-Louis Bouchez soit intransigeant dans ces négociations, quitte à tout bloquer ?
C'est évidemment un élément à prendre en considération. J'ai toutefois le sentiment que le président du MR a une réelle confiance dans sa capacité à redresser la situation et qu'il accorde un crédit limité aux sondages. Mais je crois qu'en tout état de cause, Georges-Louis Bouchez est peu enclin à revenir sur les lignes rouges qu'il s'est lui-même fixées.
Peut-on craindre une chute du gouvernement et des élections anticipées ?
Ce serait fort étonnant. Il existe une forme de responsabilité au sein de la classe politique et une prise de conscience de la crise de confiance des citoyens envers les institutions. Et puis, je ne vois pas l'intérêt qu'auraient les deux principaux protagonistes à faire tomber ce gouvernement. D'un côté, le MR est confronté à de mauvais sondages. De l'autre, la N-VA a déjà retiré la prise du gouvernement Michel et cela ne l'a pas servie. N'oublions pas que Bart De Wever veut remettre de l'ordre dans la maison Belgique. En se présentant comme bon gestionnaire, il ne peut pas quitter le navire au milieu de la traversée. Je crois aussi que les électeurs pénaliseraient tout parti qui apparaîtrait comme le fossoyeur de l'Arizona. Cette décision nous entraînerait vraiment dans un scénario beaucoup trop hasardeux.
La N-VA peine à assainir les finances publiques. Est-ce un échec pour ce parti, alors que Bart De Wever en a fait une promesse de campagne ?
C'est tôt pour le dire, car il restera encore quelques exercices budgétaires à traverser avant les prochaines élections… Le côté frustrant pour les décideurs politiques, c'est qu'une bonne partie de l'évolution des finances publiques dépend de deux aspects sur lesquels ils n'ont qu'une prise indirecte : la croissance économique et l'évolution des taux d'intérêt. Mais il est sûr que si le déficit, par exemple, devait s'accroître au terme de la législature, ça serait extrêmement difficile à présenter à l'électorat de la N-VA…
Le Premier ministre a déjà appelé ses partenaires à ne pas sortir des idées à tout-va dans le cadre de ces négociations budgétaires. Arrive-t-il réellement à gérer son équipe ?
Des présidents de parti sortent des propositions dans les médias ou à la tribune de la Chambre, ce qui montre que l'équipe n'est pas particulièrement soudée. Mais vu son manque d'expérience dans un exécutif, Bart De Wever ne s'en tire pas trop mal. D'autant qu'il s'agit d'un nationaliste flamand qui a endossé un costume qui n'était pas du tout taillé pour lui.
Au moment d'entrer en fonction, il était optimiste quant à une Arizona bis au prochain scrutin. Pensez-vous qu'il a changé d'avis depuis lors ?
C'était moins de l'optimisme que du réalisme face à l'ampleur de la tâche à réaliser. Il savait qu'il ne redresserait pas les finances publiques en une seule législature. Bart De Wever a un profond sentiment du devoir. Et vu sa détestation de l'échec, il fera tout pour remplir les objectifs qu'il s'est fixés.
Certains dossiers risquent-ils de venir agiter l'été du gouvernement fédéral ?
C'est très imprévisible, évidemment. Mais en cas de nouvel épisode caniculaire d'ici à la fin du mois d'août qui se solde à nouveau par une surmortalité importante, il est évident qu'il y aurait une grosse pression sur ce gouvernement qui a refusé de prendre des mesures. Aucun gouvernement n'a été à la hauteur de l'enjeu d'ailleurs.
Qui a réussi à se distinguer cette année au sein du gouvernement ?
Cette année est celle du renforcement de la crédibilité de Bart De Wever comme Premier ministre. Sa personnalité est tellement forte qu'il écrase ses partenaires de majorité et les membres du Kern. Ce poste reste une réussite personnelle importante pour lui. Il a réussi à se maintenir très haut en termes de popularité au nord du pays et à se rendre populaire au sud, ce qui n'était pas du tout gagné, vu sa personnalité. Quelqu'un comme Frank Vandenbroucke, qui était très visible sous le gouvernement De Croo, apparaît désormais comme moins présent, tirant moins son épingle du jeu.
Qui, au contraire, semble boire la tasse ?
Personne en particulier. Dans les aspects plus négatifs, je pense plutôt aux critiques de la ministre Vanessa Matz au sujet du Kern qui n'est composé que d'hommes. Elle a expliqué qu'avec sa collègue Annelies Verlinden, lorsqu'elles arrivent avec des dossiers parfois très bien préparés au Conseil des ministres, elles se sentent mises de côté. Cette tendance s'observait déjà dans les gouvernements précédents, mais elle est plus forte que jamais : les décisions se prennent en Kern entre vice-Premiers, alors que le Conseil des ministres n'est plus qu'une chambre d'entérinement. Cela reflète une évolution vers plus d'autoritarisme et de concentration du pouvoir entre les mains de quelques-uns.
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