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SANTÉ. On l’a maintes fois souligné : le personnel de l’hôpital Sainte-Croix fait preuve d’une grande ingéniosité et d’une remarquable capacité à se virer sur un dix cennes chaque fois qu’une tuile lui tombe sur la tête. Ce qui se fait depuis le 5 janvier en est la parfaite illustration.
Cent quatre-vingt-sept. C’est le nombre de chirurgies qui a dû être annulé entre les 8 et 19 décembre dernier, à la suite du plus important dégât d’eau jamais survenu au centre hospitalier de la rue Heriot.
Pour rappel, une conduite de vapeur a cédé tôt le matin du 8 décembre dans le secteur de l’unité de retraitement des dispositifs médicaux (URDM), provoquant des dommages majeurs. Des corridors ont été inondés, des plafonds se sont effondrés, du matériel stérile a été souillé par l’eau.
Les impacts ont été immédiats : les cliniques externes d’ORL et d’orthopédie ont dû être relocalisées en deux temps, trois mouvements. Le bloc opératoire a dû fonctionner avec deux salles sur cinq pendant quelques jours. Le laboratoire de pathologie a également été contaminé.
Dans ces conditions, impossible pour les équipes de rétablir un fonctionnement optimal.
«Depuis le dégât d’eau, les services sont dispersés un peu partout dans l’hôpital, on opère sur différents étages, même qu’il y a une grande partie du matériel qui ne peut plus être stérilisée ici. Conséquemment, notre taux de performance a nettement diminué», informe le chirurgien général Steven Miller, en entrevue avec L’Express.
Toutefois, pas question que les patients écopent davantage. La machine à idées s’est activée, faisant émerger une solution : transférer certaines interventions chirurgicales à Victoriaville.
«Nous avons été accueillis à bras ouverts par nos collègues là-bas, tient à souligner le Dr Miller. À l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska, certaines salles d’opération sont vides. Comme partout ailleurs, ils ont des enjeux de personnel, alors la demande était bien claire : on devait déplacer nos équipes là-bas, ce qui était d’ailleurs notre plan initial.»
Cette solution comporte toutefois une grande logistique, notamment pour le transport du personnel. Afin d’alléger cette contrainte, le Dr Miller a fait une proposition particulière.
«J’ai demandé à Serge Le Roux (propriétaire des concessionnaires Mazda, Honda et Toyota) s’il pouvait nous prêter une minivanne. Je pense qu’en 30 secondes, il avait accepté!» précise-t-il, en exprimant sa gratitude.
Ainsi, chaque matin de la semaine – ou presque – une équipe composée de chirurgien, anesthésiologiste, infirmières, préposé aux bénéficiaires et d’inhalothérapeute quitte l’hôpital Sainte-Croix à 6 h 15 à bord du véhicule identifié à l’effigie de Toyota en direction de Victoriaville. Un arrêt à l’église Saint-Cyrille est également prévu pour les employés résidant dans ce secteur.
Selon l’horaire établi, les chirurgies diffèrent d’une journée à l’autre.
«Par exemple, une journée est consacrée à l’orthopédie, une autre pour les chirurgies gynécologiques et ainsi de suite. Il s’agit exclusivement de chirurgies d’un jour; aucun lit d’hospitalisation n’est utilisé», explique le Dr Miller, tout en prenant soin de remercier les usagers pour leur réceptivité et leur patience. D’ailleurs, chacun d’eux a été rencontré pour expliquer la situation. Ceux qui se déplacent à Victoriaville ont accepté sur une base volontaire.
Le chirurgien Steven Miller. (Photo : archives, Ghyslain Bergeron)Cette initiative, qui a rapidement reçu l’aval de la direction du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, permet ainsi à environ 25 personnes par semaine de subir une intervention au centre hospitalier victoriavillois.
«C’est certain que la liste d’attente s’allonge avec les retards accumulés en décembre, mais moins qu’on s’attendait grâce à cette opportunité», spécifie le chirurgien.
Selon les données du CIUSSS MCQ, la capacité opératoire se situe autour de 50 %, en tenant compte des interventions réalisées dans les installations de Drummondville et de Victoriaville.
Le fait d’aller opérer dans un milieu qui n’est pas le leur demande beaucoup d’adaptation aux employés et complexifie leur travail, en plus d’allonger leur journée, souligne le chirurgien. Malgré tout, ils le font pour assurer le mieux-être des patients.
«Ce qui est formidable – et c’est comme ça ici à Sainte-Croix chaque fois qu’il arrive quelque chose – tout le monde met l’épaule à la roue», reconnaît-il.
Stérilisation : tout un casse-tête
Depuis le 8 décembre, la stérilisation cause bien des maux de tête aux employés. Ceux-ci ne disposent qu’un seul petit stérilisateur. Certaines tâches doivent même être faites manuellement. Quant aux équipements d’orthopédie et de gynécologie, ils sont envoyés à Trois-Rivières et Nicolet.
En raison des dégâts considérables dans l’unité de retraitement des dispositifs médicaux, il a été décidé de procéder à sa reconstruction complète.
D’ici là, une unité mobile temporaire de 53 pieds sera construite dans le stationnement avant de l’hôpital. Des travaux sont déjà amorcés.
«Elle est attendue vers la fin du mois de janvier et devrait être pleinement opérationnelle vers la mi-février, ce qui permettra une reprise complète des activités opératoires à l’hôpital Sainte-Croix», informe Josiane Gagnon, agente d’information au CIUSSS MCQ.
L’emplacement retenu s’explique par sa proximité avec l’ascenseur menant au bloc opératoire et aux soins palliatifs.
Par ailleurs, la Ville de Drummondville a autorisé la mise en place de l’URDM temporaire pour une durée de deux ans, lundi soir, à l’occasion de la séance du conseil municipal. Cette autorisation était requise puisque le projet contrevient aux règlements d’urbanisme.
Des travaux préparatoires sont amorcés en prévision de la construction de l’unité mobile temporaire de retraitement des dispositifs médicaux. (Photo : Ghyslain Bergeron)«Deux ans, ça peut sembler très long. Le CIUSSS nous parlait d’un peu moins de temps, mais plutôt que de revenir dans quelques mois pour étirer encore, on a préféré offrir deux ans et voir par après», fait savoir le maire Jean-François Houle.
«Cette demande particulière nous a été faite il y a très peu de temps; on parle de jours. Normalement, ce sont des dossiers qui demandent beaucoup plus de temps d’étude. On a demandé au service de l’urbanisme par le biais de la direction générale de faire rapidement. On s’est mis à vitesse grand V et on lance un message comme quoi la santé importe pour nos citoyens.»
(Avec la collaboration de Louis-Philippe Samson)


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