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Une enfance sous le nazisme par Fatih Akin

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Réaliser le film d'un autre. La démarche n'est pas banale… C'est ce qu'a fait Fatik Akin pour Une enfance allemande : Île d'Amrum, 1945, qui sort ce mercredi au cinéma.

Découvert avec le film choc Head-On (Ours d'or à Berlin en 2004), le cinéaste allemand d'origine turque a ensuite décroché le prix du scénario à Berlin pour De l'autre côté en 2007 et le grand prix de la Mostra de Venise en 2009 pour la comédie Soul Kitchen. Sept ans après avoir choqué la Croisette avec le film de vengeance radical In the Fade (qui avait valu le prix d'interprétation à Diane Kruger, que l'on retrouve dans Amrum), Fatih Akin était de retour à Cannes, en mai 2025, avec un drame historique, où il porte à l'écran le scénario autobiographique de son mentor Hark Bohm. Acteur pour Fassbinder devenu réalisateur, celui-ci était trop malade pour mettre lui-même en scène ses souvenirs d'enfance. Il est mort, le 14 novembre 2025 à 86 ans, deux mois après la sortie d'Amrum en Allemagne.

"J'ai fait ce film parce qu'il ne pouvait pas le faire. C'est aussi simple que ça", nous expliquait à Cannes Fatih Akin qui, initialement, n'était que le producteur d'Hark Bohm. C'est lui qui a poussé le vieux cinéaste (qui avait en tête un film beaucoup plus ample sur le régime nazi beaucoup trop onéreux) à réduire ses ambitions et à se focaliser sur un épisode de son enfance. Comme le faisaient à l'époque Alfonso Cuarón avec Roma, Kenneth Branagh avec Belfast ou Steven Spielberg avec The Fabelmans.

Une enfance nazie

Amrum racontera et suivra donc les traces du petit Nanning (Jasper Billerbeck). Fils d'un SS-Obersturmbannführer, ce gamin de douze ans a été élevé dans le culte d'Hitler. Au printemps 1945 alors que Hambourg étant bombardé par les alliés, il a trouvé refuge sur l'île d'Amrum, ancien centre de pêche à la baleine, qui a fait la fortune de sa famille. Sentant que la guerre est finie et que ses idéaux nazis s'écroulent, sa mère déprime, refuse de manger. L'enfant va dès lors chercher à réunir les ingrédients pour lui préparer une tartine, avec du beurre et du miel…

"Hark a écrit le scénario puis il est tombé malade et a été de plus en plus malade. J'ai fait les réécritures car il n'en était plus capable. J'ai raccourci son scénario de 220 à 90 pages pour pouvoir le vendre à la Warner. Au début, je voulais qu'on réalise le film ensemble, comme Antonioni et Wenders (sur Par-delà les nuages en 1995, NdlR). Mais il était trop malade. Et, à un moment, il m'a demandé de le faire", confie le cinéaste.

Dans Amrum, Akin opte pour une forme de classicisme très éloignée de son style virtuose, parfois tape-à-l'œil. C'est que l'ancien adepte de la politique de l'auteur a évolué au long de sa carrière. "Non seulement pour des raisons externes car il est plus difficile de faire des films qu'à mes débuts, il y a quinze ou vingt ans. Mais j'ai aussi commencé à dévier de cette ligne, à me dire que je voulais aussi être un réalisateur dans l'ancienne tradition des studios. Je veux pouvoir nourrir ma famille : donnez-moi un scénario et je le tourne !", sourit-il. En expliquant que l'expérience engrangée sur le tournage de ces films de commande peut ensuite être mise à profit de ses propres films.

<p>L'actrice allemande Diane Kruger embrasse le réalisateur turco-allemand Fatih Akin, lors d'une séance photo pour la promotion du film "In the Fade", au Festival de Cannes, le 26 mai 2017</p>L'actrice allemande Diane Kruger embrasse le réalisateur allemand Fatih Akin, lors d'une séance photo pour "In the Fade", au Festival de Cannes, le 26 mai 2017. ©AFP

D'auteur à artisan

"Au début, j'ai fait ce film pour une raison très pragmatique : pour survivre alors que les deux films sur lesquels je travaillais étaient tombés à l'eau. Mais si j'ai commencé ce film en tant que réalisateur, je l'ai terminé en tant que cinéaste. […] C'est ça le mystère du cinéma, ce secret que l'on cherche et qu'on ne découvrira jamais. C'est ce que dit Keith Richards à propos de cet accord secret à la guitare que tout le monde cherche et que personne n'a encore trouvé. C'est la même chose : je cherche l'accord secret…"

"In the Fade" : Diane Kruger dans le rôle de sa vie

En tournant Amrum, Fatih Akin a en effet été rattrapé par ses propres obsessions. "Je l'ai compris quand le montage était presque terminé. […] Je me suis dit : mais c'est moi ! Tous les films qui m'ont fait devenir réalisateur sont présents : Le Voleur de bicyclettes et ce néoréalisme précoce, car le film se déroule en 1945. Il y a aussi Stand by Me ou La Nuit du Chasseur pour les plans nocturnes. Mais aussi tous les livres que j'ai lus, comme Moby Dick, Tom Sawyer ou Robinson Crusoé. Tout ce qui m'a influencé à devenir l'artiste que je suis est présent", réfléchit le cinéaste. Qui dresse d'autres parallèles, comme le fait que son père était pêcheur en Turquie ou que "tous mes films parlent de gens qui vont et viennent, d'outsiders, de gens qui quittent leur pays d'origine pour commencer une autre vie ailleurs"

"Amrum" / "Une enfance allemande : Île d'Amrum", de Fatih Akin, avec le jeune Jasper Billerbeck.Dans "Amrum", le petit Nanning (Jasper Billerbeck) va découvrir d'autres visions du monde que celle de sa famille. ©Lumière

Aborder le passé de l'Allemagne

Pour Fatih Akin, Allemand d'origine turque, aborder le passé nazi de son pays n'est pas si évident. "Je sais que les racistes m'attaqueront sûrement de parler de ce sujet alors que je n'ai pas d'ADN allemand. Mais qu'ils aillent se faire foutre !", tacle-t-il. Par son incapacité à supporter le temps, trop froid, trop humide, d'Hambourg, où il est né et a grandi, le cinéaste ne peut pas renier son "ADN caucasien, égyptien ou je ne sais quoi". Mais il sait aussi que "Dieu merci, nous ne sommes pas seulement construits sur l'ADN !"

"Avant de faire The Cut (film raté sur le génocide arménien en 2014, NdlR), je pensais que l'Holocauste n'était pas mon histoire. C'étaient mes voisins qui étaient responsables de cela. Mais, en faisant ce film, j'ai compris que c'était un autre génocide, différent, pas à l'échelle industrielle, mais un génocide. Ce que j'ai appris, c'est que je suis responsable de tout ce que fait un être humain à un autre être humain…"

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J'ai appris que je suis responsable de tout ce que fait un être humain à un autre être humain.

Le réalisateur assume avoir voulu intégrer dans Amrum plus de sentiments que Michael Haneke dans Le Ruban blanc (Palme d'or 2009), qui abordait la même période. "Si je n'avais pas l'amour de l'enfant pour sa mère, je n'avais pas de film. Même si je ne voulais pas du tout créer de l'empathie envers elle. Si c'est le cas, c'est un dégât collatéral. Mais j'essaye de rendre crédible pour le public le fait que cet enfant aime sa mère, pas par de grandes scènes sentimentales, mais en montrant ce qu'il fait pour elle."

Fatih Akin: "Golden Glove est un film voyeur"

Akin se dit en tout cas plus Européen que jamais, notamment après l'échec d'un projet à Hollywood. "J'ai bossé comme un acharné sur un film et je n'ai pas touché un seul dollar, parce que je n'avais pas de contrat… Je suis Européen : on se serre la main. Une parole est une parole. Si vous avez un président qui dit une chose un jour et fait autre chose le lendemain, ce n'est pas un hasard. Il ne sort pas d'une boîte ! C'est la société qui a fait ce président. Même les libéraux qui disent le détester, ils sont tous trumpiens. Allez, pas tous, mais beaucoup…", rage le réalisateur de 52 ans.

"Amrum" / "Une enfance allemande : Île d'Amrum", de Fatih Akin, avec le jeune Jasper Billerbeck."Amrum" / "Une enfance allemande : Île d'Amrum", de Fatih Akin, avec le jeune Jasper Billerbeck. ©Lumière
"Amrum" / "Une enfance allemande : Île d'Amrum", de Fatih Akin, avec le jeune Jasper Billerbeck. ©Lumière

Amrum/Une enfance allemande : Île d'Amrum, 1945 Drame historique De Fatih Akin Scénario Fatih Akin et Hark Bohm Photographie Karl Walter Lindenlaub Musique Hainbach Montage Andrew Bird Avec Jasper Billerbeck, Kian Köppke, Laura Tonke, Diane Kruger… Durée 1 h 33.

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