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Le 31 décembre 2015, à un mois de souffler ses 25 bougies, Sabrina Giroux annonce à ses proches qu’elle compte effectuer un retour à l’école pour terminer son secondaire.
Je pense que j’ai fait la crise du quart de siècle! lance-t-elle en entrevue avec Radio-Canada pour le balado Par où commencer?. J’ai eu envie, à ce moment-là, de tout changer dans ma vie. Amour, entourage, travail. Vraiment tout.
Je pensais que 25 ans, c’était entrer dans la vie d’adulte pour vrai. [...] Je trouvais ça gros.
Ça faisait six, sept ans que j’avais arrêté l’école, quand même, ajoute celle qui avait quitté les classes avant d’avoir complété son secondaire 4. Ensuite, je suis allée faire un DEP en esthétique.
La formation professionnelle, dont la durée des programmes varie entre 615 et 1800 heures, permet d’acquérir le savoir-faire, le savoir-être, les connaissances et les compétences nécessaires pour exercer un métier spécialisé ou une profession, et mène à l’obtention d’un diplôme d’études professionnelles (DEP).
Source : Ministère de l’Éducation du Québec
Sabrina travaillera comme esthéticienne pendant environ six ans.
Au début, j’aimais ça, dit-elle. Mais là, j'étais vraiment rendue à une autre place dans ma vie. J’avais plus autant de plaisir à faire ce que je faisais.
Les gens autour de moi pensaient que je n’allais pas y arriver
Ce 31 décembre, donc, une fois que ma décision était vraiment prise, j’ai décidé d’en parler aux gens autour de moi… et je me suis rendue compte que ce n’était vraiment pas reçu comme je l’aurais pensé.
Quand j’ai vu que les gens autour de moi pensaient que je n’allais pas y arriver, c’est sûr que ça m’a fait quelque chose. Sur le coup, ça m’a fait de la peine parce que je ne pensais pas que j’étais vue comme ça, à ce point-là, comme une fille qui n’était pas bonne à l’école.
Si elle reconnaît que sa relation avec l’école n’avait pas toujours été facile, elle assure que cette fois, ce sera différent.

Sabrina Giroux
Photo : Radio-Canada
Et la réaction de ses proches, elle s’en servira comme moteur pour continuer quand même.
Normalement, j’ai tendance à écouter les autres, avoue-t-elle. Mais là, j’étais tellement décidée que l’opinion des autres, ça m’affectait moins.
Une rencontre stressante et déterminante
Une fois le temps des Fêtes passé, toujours résolue à terminer son secondaire, elle s’inscrit au Centre Louis-Jolliet, qui offre l’éducation des adultes.
Comme je n’avais pas de plan, que je ne savais pas ce que je voulais faire après avoir eu mon diplôme d’études secondaires [...], automatiquement, ils m’ont dirigée vers une conseillère d’orientation qui travaillait au SARCA, explique-t-elle. Le SARCA, c’est le service d’accueil, de référence, de conseil et d’accompagnement; des conseillères d’orientation. Ils sont là pour accompagner les gens qui veulent faire des retours aux études.
Rapidement, elle obtient une rencontre avec une certaine Fanny, conseillère d’orientation au SARCA.
Avant mon premier rendez-vous, j’étais super stressée, se rappelle-t-elle. J’avais l’impression qu’au rendez-vous, ça passe ou ça casse; que finir mon secondaire, ça allait être trop long, trop difficile.
Face à Fanny, la pression redescend. [Elle] était vraiment là pour m’écouter, pas pour me juger.
Elle mettait vraiment les choses en perspective. Ça m’a tellement donné des ailes! J’étais contente parce que je voyais que j’avais des choix, que j’avais des opportunités.
Je me suis rendue compte qu’il me manquait beaucoup moins de cours que je pensais pour compléter mon secondaire, raconte-t-elle, encore étonnée. Ça m’a pris deux mois environ, peut-être un petit peu plus, pour terminer.
L’université?
En parallèle, les rencontres avec Fanny se poursuivent. Petit peu par petit peu, je me suis mise à envisager de peut-être faire plus d’études.
Au début, je me suis mise à envisager peut-être le cégep. Après, peut-être l’université. Je n’en revenais pas! Pour moi, ça avait quand même toujours été un rêve d’aller à l’université.
Mais j’étais certaine que c’était pour les gens pour qui ça a toujours été facile à l’école, des gens qui viennent d’un milieu aisé, souffle-t-elle. Ce n’était vraiment pas mon cas.
Au fil des rencontres avec sa conseillère d’orientation, elle met le doigt sur ce qu’elle veut faire : aider les autres.
Tous les métiers qui m’intéressaient, c'étaient des métiers en lien avec la relation d’aide, ajoute Sabrina. C’est beaucoup pour ça que je me suis mise à envisager des études universitaires, parce que ça m’ouvrait plus de portes, ça me laissait davantage de choix.
Donc, à la fin de ma démarche d’orientation, j’ai finalement décidé que je voulais devenir… conseillère d’orientation! J’avais vraiment envie d’aider les autres à mon tour.
Oui, l’université!
C’était quand même gros, convient-elle. J’étais stressée avant de commencer mes études universitaires parce que je m’enlignais pour six ans : un an de cours compensatoires, trois ans de baccalauréat, et deux ans de maîtrise.
Ça voulait aussi dire que j’allais devoir mettre un peu ma vie sur pause pendant six ans. J’allais vraiment être plongée dans les études à temps plein. J’allais devoir arrêter de travailler à temps plein pour travailler à temps partiel. J’allais devoir vivre avec ça, vivre avec les prêts et bourses aussi pendant six ans.
Mais en même temps, que je fasse un retour aux études ou non, six ans plus tard, on allait quand même être en 2022, dit-elle avec philosophie. La Terre n’arrêtait pas de tourner et ma vie n’arrêtait pas parce que je faisais un retour aux études.
Comme elle était âgée de plus de 21 ans, Sabrina n’a pas eu besoin de passer par le cégep.
Finalement, quand j’ai commencé mes études universitaires, j’étais tellement heureuse! laisse-t-elle tomber. Je me souviens, à chaque jour, quand j’allais à mes cours à l’Université Laval, je passais dans les couloirs souterrains [...] et je me trouvais tellement chanceuse d’être là.
Les sessions passent, la motivation demeure.
Je réussissais bien, se souvient-elle, fière. Donc là, c’est sûr que mes proches ont commencé à m’encourager. Les gens avaient plus confiance en moi parce qu’ils voyaient que je réussissais. Tout d’un coup, je n’étais plus vue comme la personne qui n’est pas bonne à l’école.
Retour aux sources
Les sessions se succèdent, puis les années. Le baccalauréat derrière elle, Sabrina étudie maintenant à la maîtrise, mais ça sent la fin. Et qui dit fin d’études, dit stage de fin d’études.
C’est sûr que mon rêve, c’était de retourner travailler à Louis-Jolliet, là où tout avait commencé! J’y avais pensé tout au long de mes études universitaires. C’était mon plan depuis le début.
Elle communique donc avec Fanny, conseillère d’orientation.
Elle a dit oui! s’exclame-t-elle. J’étais vraiment très contente. Ça a fonctionné. J’ai fait mon stage avec elle.
La première fois que je suis retournée [au Centre Louis-Jolliet], mais cette fois-ci, comme stagiaire, j’étais tellement fière. J’étais contente aussi de revoir le personnel de l’école.
Elle se souvient d’une enseignante de français qui, des années auparavant, lors de sa dernière journée d’école, avait lancé à Sabrina : Tu vas peut-être revenir travailler avec nous, un jour!
Je n’avais pas répondu, confie-t-elle. C’est ce que je voulais, mais je n’avais pas encore assez confiance pour le dire.
Concours de circonstances, une fois le stage terminé, j’ai eu la chance de remplacer un congé de maternité… au SARCA!
Le poste qu’occupait Fanny six ans plus tôt, lorsque Sabrina terminait son secondaire.
Ça, pour moi, c’était tout un accomplissement. Je trouvais que la vie faisait vraiment bien les choses. Je me souviens qu’à ma première journée de travail au SARCA, j’étais tellement reconnaissante d’être là. J’étais assise sur la chaise de la professionnelle cette fois-ci.
Quand les clients venaient me rencontrer au SARCA et qu’ils étaient un petit peu stressés [...], j’étais tellement bien placée pour les comprendre, pour les mettre à l’aise, les déstresser, poursuit-elle. À peine six ans plus tôt, j’étais à leur place.
Et maintenant?
Dix ans après avoir pris la décision de retourner sur les bancs d’école, Sabrina ne travaille plus dans un centre d’éducation des adultes, mais bien dans une école secondaire.
J’aime particulièrement l’école dans laquelle je travaille, parce que c’est mon ancienne école secondaire.
Une école du quartier Limoilou, un quartier que j’adore, que j’ai à cœur, parce que c’est le quartier où j’ai grandi, dit-elle.
J’adore accompagner ces jeunes-là, poursuit-elle. Quand moi, j’étais à leur place, l’école, ce n’était pas toujours facile. Je vivais souvent des difficultés. Donc, c’est sûr que quand un élève vient me voir et que lui aussi vit des difficultés, je trouve que je suis bien placée pour le comprendre. Je trouve que ça boucle très bien la boucle.
Je ne regrette vraiment rien de mon parcours
Je ne regrette vraiment rien, insiste-t-elle. Je referais exactement la même chose. Je suis contente d’être passée par le DEP en esthétique parce que je l’ai aimé. Puis ça m’a quand même aussi aidé à avoir une expérience plus positive avec l’école.
Et au DEP, j’ai quand même découvert quelque chose dans quoi j’étais bonne, tranche-t-elle.
Le fait que j’aie rencontré Fanny [la conseillère d’orientation], je pense que ça a été vraiment quelque chose d’important dans ma vie, poursuit Sabrina. J’étais tellement vulnérable. Je suis persuadée que si j’étais tombée sur quelqu’un d’autre qu’elle, ça aurait pu mal tourner.
Et qu’en pense Fanny?
Elle, elle dit tout le temps que j’ai réussi parce que j’étais vraiment très motivée, que j’étais dans ses clientes les plus motivées! lance Sabrina en riant. Mais moi, je le sais que si je ne l’avais pas rencontrée, elle, mon parcours aurait été différent. Et la vie que j’ai aujourd’hui aurait été différente aussi.
Enfin, que dirait la Sabrina de 2025 à celle de 2015?
Si j’avais à parler à la moi de 2015, je lui dirais de ne pas écouter les gens qui pensent qu’elle ne sera pas capable. Je lui dirais de ne pas se décourager, d’avoir confiance en elle, parce que parfois, on est capable d’en faire plus qu’on pense.
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