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Deux personnes ont été embauchées par le conseil de bande d’Unamen Shipu pour abattre au fusil des chiens errants, devenus dangereux pour les membres de la communauté innue. Selon un organisme, il s’agit d’une solution de dernier recours qui aurait pu être évitée.
Impossible, pour le moment, de savoir combien de chiens seront visés par l’opération, mais au moins une vingtaine de résidents ont été attaqués au cours de la dernière année par les bêtes. Celles-ci sont laissées à elles-mêmes et vivent à proximité du dépotoir de la communauté, selon son directeur général, Normand Bellefleur.
Les gens ont peur de se promener le soir.
Pour des raisons de sécurité, le conseil de bande veut donc agir le plus rapidement possible. Les membres de la communauté seront appelés à la radio communautaire à identifier leurs animaux domestiques dans les prochains jours.
Ceux qui n’ont pas de collier seront abattus, affirme le directeur général. Ça se multiplie, ça n'a pas de bon sens.
La surpopulation canine est un problème bien connu dans plusieurs communautés autochtones. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle un organisme sans but lucratif, Chiots nordiques, effectue régulièrement des missions de stérilisation sur la Côte-Nord.
Or, la dernière escale de Chiots nordiques à Unamen Shipu a eu lieu en 2018, il y a 8 ans.
Prévenir plutôt que tuer
Les tueries canines, ça n’a pas d’effet à long terme, indique Daphnée Veilleux-Lemieux, la directrice générale de Chiots nordiques. Ça peut avoir un impact immédiat, reconnaît-elle, mais il faut l’accompagner d’un plan d’action.
Si aucune autre mesure n’est mise en place, l’abattage devra recommencer, laisse-t-elle tomber : C’est une roue qui tourne et qui recommence. D’ailleurs, d’autres abattages ont déjà eu lieu dans la communauté, selon nos informations.
Le directeur général d’Unamen Shipu défend cette approche en avançant que la dernière opération de stérilisation, en 2018, n’avait pas eu l’effet escompté sur la surpopulation canine.
Toutefois, Chiots nordiques invite généralement les communautés à prévoir plusieurs opérations de stérilisation, idéalement au moins une par année au cours des trois premières années.

L'organisme Chiots Nordiques organise des cliniques de stérilisation dans les communautés autochtones pour réduire la surpopulation canine. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté - Chiots Nordiques
L’organisme à but non lucratif fonctionne sur une base volontaire; il effectue ses visites à l’invitation des conseils de bande. Aucun appel de la part d’Unamen Shipu n’a été reçu entre 2018 et novembre 2025.
Selon Chiots nordiques, ce n’est que récemment que les discussions ont vraiment repris pour la tenue d'une clinique de stérilisation. Un passage dans la communauté est prévu à l’automne. Le conseil de bande veut agir beaucoup plus vite pour éliminer les risques liés à la santé et à la sécurité de sa population.
Chiots nordiques ajoute que d'autres mesures peuvent être considérées pour surveiller la population canine. Contrôle des naissances et des entrées de chiens dans la communauté, restriction du nombre d’animaux par foyer : les moyens avancés par l’organisme sont nombreux et doivent être adaptés aux réalités de chaque communauté, selon sa directrice.
Pour ce qui est du problème immédiat des chiens errants dangereux, Daphnée Veilleux-Lemieux reconnaît qu’il peut générer de vives inquiétudes, et que celles-ci doivent être prises au sérieux.
Elle note toutefois que la dangerosité d’un animal, pour être connue, doit être évaluée par un médecin vétérinaire.
Sans contexte, c’est difficile de savoir si un chien pose un risque.

Selon l'organisme Chiots nordiques, la dangerosité d'un animal doit être évaluée par un médecin vétérinaire. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté : Chiots Nordiques
De manière générale, trois facteurs peuvent influencer le niveau d’agressivité d’un chien, selon Mme Veilleux-Lemieux : certains facteurs génétiques, la rareté des ressources alimentaires et la présence de femelles en chaleur à proximité.
Quoi qu’il en soit, Chiots nordiques croit qu’il existe une option différente de l’abattage : le transfert des animaux à l’extérieur de la communauté. Relocaliser les chiens, c’est possible! assure Daphnée Veilleux-Lemieux, et ce, malgré les défis financiers et logistiques que cela peut représenter pour une communauté isolée comme Unamen Shipu.

La communauté d'Unamen Shipu est située à 450 kilomètres à l'est de Sept-Îles, sur la Côte-Nord.
Photo : Datawrapper
Une initiative légale, sous certaines conditions
Il n’y a rien d’illégal en soi dans le fait d'abattre un chien par balle qui nous appartient ou qui n’appartient à personne, affirme la directrice de la défense des animaux et des affaires juridiques de la SPCA (Société pour la prévention de la cruauté envers les animaux) de Montréal, Sophie Gaillard.
Toutefois, la méthode employée ne doit pas générer de souffrance chez l'animal, ajoute-t-elle.
S’il y a de la souffrance causée dans la façon de faire, c’est là qu’on tombe potentiellement dans une illégalité, et même potentiellement dans une infraction au niveau du Code criminel.

Sophie Gaillard est avocate et directrice de la défense des animaux et des affaires juridiques à la SPCA de Montréal. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Pour Sophie Gaillard, la situation d’Unamen Shipu met en lumière l'importance de soutenir financièrement les opérations de stérilisation dans les communautés nordiques et éloignées.
Elle juge que les organismes responsables de ce type de cliniques sont sous-financés, alors que la surpopulation canine et les chiens errants agressifs posent un vrai problème de sécurité publique pour les communautés.
Tout comme l’organisme Chiots nordiques, Sophie Gaillard estime que les missions de stérilisation devraient être privilégiées plutôt que l'abattage, qu’elle considère comme inefficace à moyen et long terme.
C’est le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) qui est responsable de l’application de la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal. Questionné sur la légalité de l’initiative d’Unamen Shipu, le Ministère n’avait pas répondu à nos questions au moment de publier cet article.
Le chef d’Unamen Shipu n’était pas disponible non plus au moment d’écrire ces lignes.


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