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Un syndicat demande de ralentir le déploiement des dossiers médicaux numériques

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Le plus grand syndicat de la Nouvelle-Écosse demande au gouvernement provincial de repousser le déploiement du nouveau système de dossiers médicaux dans plusieurs hôpitaux du centre de la province, jusqu’à ce que les problèmes rencontrés jusqu’à maintenant soient résolus.

Lancé le 6 décembre au Centre de la santé IWK, à Halifax, le nouveau système d’information clinique doit être déployé le 9 mai dans les hôpitaux de la zone centrale de la régie de santé de la Nouvelle-Écosse.

Erreurs et renseignements manquants

Le syndicat NSGEU, qui représente des milliers de travailleurs de la santé, a dévoilé jeudi les résultats d’une enquête réalisée en avril auprès de 260 de ses membres qui travaillent à l’hôpital IWK.

Quatre mois après le lancement de One Person One Record dans cet hôpital, 82,4 % des travailleurs sondés disent toujours ressentir au quotidien les effets négatifs de la transition vers ce système.

Les travailleurs de la santé sondés rapportent avoir rencontré plusieurs problèmes pendant la transition au nouveau système OPOR :

  • 58 disent avoir été témoins de préjudices directs aux patients;
  • 83 rapportent des erreurs liées aux médicaments;
  • 97 notent des rendez-vous ratés;
  • 188 signalent des retards dans les soins aux patients;
  • 224 ont recensé des cas de documentation manquante ou erronée.

Ces résultats ont été partagés avec l’Hôpital IWK et la régie provinciale de santé, indique Sandra Mullen, la présidente du syndicat NSGEU.

C’est en février 2023 que le gouvernement progressiste-conservateur de la Nouvelle-Écosse annonçait le lancement, prévu pour 2025, du système OPOR, pour One Person One Record — une personne, un dossier.

Une enseigne à l'extérieur dans le stationnement qui pointe vers le bâtiment et indique qu'il s'agit de l'entrée de l'urgence de l'hôpital pour enfants.

L'entrée des urgences à l'hôpital pour enfants IWK à Halifax, en Nouvelle-Écosse, le 2 mai 2022.

Photo : Radio-Canada / Jonathan Villeneuve

Il doit permettre aux professionnels de la santé de partout dans la province de savoir en temps réel ce qui arrive à un patient ayant intégré, à n’importe quel endroit, le système de soins. Le système centralisé doit donner accès à tous les renseignements au même endroit, plutôt que d’avoir à consulter une multitude de systèmes — cinq en moyenne, d’après le ministère de la Santé.

Il est clair que, jusqu’à présent, OPOR n’a pas rempli plusieurs des promesses faites en février 2023.

Les travailleurs d’IWK ne constatent pas une capacité accrue à voir des patients, les listes d’attentes se sont allongées, les résultats d’analyses en laboratoire et les diagnostics ne s’ajoutent pas automatiquement ou de manière fluide dans le système, écrit le syndicat dans son rapport (nouvelle fenêtre) paru jeudi.

Le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a signé un contrat de 365 millions de dollars sur 10 ans avec l’entreprise Oracle Cerner Canada, une filiale du groupe américain Oracle, pour la conception et la maintenance de One Person One Record.

Quatre mois après la transition, les travailleurs de première ligne en santé expriment des inquiétudes réelles quant à la sécurité de leurs patients, et estiment ne pas recevoir l’aide dont ils ont besoin pour faire fonctionner correctement ce système [informatique], lit-on dans le rapport du syndicat.

Une femme aux cheveux foncés courts, portant des lunettes, debout devant un mur bleu royal décoré de multiples logos de NSGEU.

Sandra Mullen est présidente du syndicat NSGEU, qui représente des travailleurs du gouvernement et des services publics en Nouvelle-Écosse. (Photo d'archives)

Photo : CBC / Pat Callaghan

Ultimement, [les travailleurs sont] préoccupés par les soins et le bien-être des patients, a déclaré Sandra Mullen.

Leur travail, ajoute-t-elle, est de gérer des situations souvent critiques, et ils doivent maintenant le faire sans savoir si le système qu’ils sont forcés d’utiliser fonctionnera correctement ou non.

Lancé avant qu'il ne soit prêt, selon le syndicat NSGEU

Les syndiqués sont toujours en faveur d’une transition vers un système moderne de gestion des dossiers médicaux numériques, dans l’ensemble de la province, révèle l’enquête.

Cependant, bien des défis techniques doivent être résolus avant que le système soit déployé à travers toute la province, pense le syndicat.

Celui-ci conclut qu’un trop grand nombre de problèmes continuent de plomber OPOR et demande que le déploiement prévu le 9 mai dans les hôpitaux de la zone de santé centrale soit repoussé.

Le syndicat propose une période de mise à l’essai à quelques endroits, avant d’élargir le déploiement, ce qui permettrait d’identifier les problèmes et d’avoir le temps de les résoudre.

De surcroît, certains travailleurs d’IWK ont dit redouter que les ressources disponibles pour les aider avec la transition s’amenuisent, car leurs collègues des hôpitaux de la zone centrale en auront besoin impérativement.

Il existe une croyance voulant que le gouvernement ait mis trop de pression pour lancer OPOR avant qu’il ne soit prêt, écrit en outre le syndicat dans son rapport. Une mise en œuvre graduelle [...] diminuerait le stress et éviterait un potentiel chaos dans l’ensemble du système.

Michelle Thompson en conférence de presse, assise devant un mur couvert de drapeaux de la Nouvelle-Écosse.

Le 1er février 2023 à Halifax, la ministre de la Santé de la Nouvelle-Écosse, Michelle Thompson, annonçait un contrat pour la mise en place du système One Person One Record. (Photo d'archives)

Photo : CBC / Robert Short

Déjà, plaide l’organisation, il semble que la province ait précipité le lancement du système, même si elle l’a fait en retard. En effet, OPOR devait à l’origine être mis en fonction à la fin août 2025 au Centre de la santé IWK, puis étendu à cinq autres hôpitaux, trois mois plus tard.

De son côté, la régie de santé de la Nouvelle-Écosse dit avoir adapté son plan de déploiement pour la zone de santé centrale, après avoir observé le lancement à l’Hôpital IWK.

Dans une déclaration par courriel, Santé Nouvelle-Écosse rejette la possibilité de repousser le déploiement prévu le 9 mai, comme le demande le syndicat.

La régie soutient avoir proposé aux travailleurs encore plus de formations que prévu initialement. Par exemple, nous organisons des occasions dans toute la zone pour permettre au personnel de tester ses identifiants de connexion, afin que les échecs de connexion ne constituent pas un obstacle à l’utilisation du [système], écrit-on.

Un mal nécessaire, pense un autre syndicat

De son côté, le Syndicat des infirmières et infirmiers de la Nouvelle-Écosse (NSNU) reconnaît que, dans les hôpitaux de la zone centrale, ses membres ont des inquiétudes quant à la transition qui approche, et conseille à ceux-ci de les partager avec leurs gestionnaires.

La présidente de ce syndicat, Janet Hazelton, a indiqué dans un entretien téléphonique que les premières quatre à six semaines suivant la mise en fonction d’OPOR à l’Hôpital IWK ont été vraiment préoccupantes, mais qu’il y a eu une énorme quantité de progrès positifs depuis ce temps.

Comme employeur, IWK a été très réactif aux préoccupations qui étaient soulevées, et s’en est occupé pratiquement immédiatement, affirme-t-elle.

Cinq individus habillé professionnellement ont une conversation dans un corridor dans le cadre d'une réunion professionnelle.

La présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers de la Nouvelle-Écosse, Janet Hazelton (4e à partir de la gauche), et le premier ministre de la Nouvelle-Écosse Tim Houston (3e à partir de la gauche), lors du congrès du syndicat à Truro, en Nouvelle-Écosse, le 25 avril 2023.

Photo : Radio-Canada / Héloise Rodriguez-Qizilbash

La transition vers OPOR est difficile, mais c’est quelque chose qui doit se faire, ajoute-t-elle.

Si un patient décolle [en hélicoptère médical] d’Antigonish, son dossier [médical] doit arriver à Halifax avant lui, et bien souvent, ce n’est pas ce qui arrive, déclare la syndicaliste.

Chez les élus, on soutient l’adoption de ce système informatique centralisé et de dossiers médicaux numériques.

La cheffe de l’opposition néo-démocrate, Claudia Chender, croit cependant qu’une pause stratégique serait nécessaire, jusqu’à ce que la ministre de la Santé soit en mesure d’assurer aux travailleurs que tous les défis existants à l’Hôpital IWK ont bel et bien été résolus.

La cheffe du NPD de la Nouvelle-Écosse, Claudia Chender.

Claudia Chender, cheffe du NPD, est cheffe de l'opposition officielle en Nouvelle-Écosse. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Ils doivent prouver, en particulier aux cliniciens, aux médecins et aux familles, qu’ils sont prêts pour le déploiement, a déclaré Claudia Chender aux journalistes.

Le chef intérimaire de la deuxième opposition à Halifax, le libéral Iain Rankin, a confié avoir lui-même constaté des complications avec le système lorsqu’il a amené un de ses enfants à un rendez-vous à IWK.

Ils ont précipité la mise en œuvre d’un système pour lequel ils n’étaient pas prêts, pense-t-il.

Des rencontres entre la régie et les responsables syndicaux ont eu lieu avant le lancement de One Person One Record, et d’autres seront tenues avant le 9 mai, affirme Santé Nouvelle-Écosse.

D’après le reportage de Michael Gorman (CBC)

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