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L’autrice évolue au carrefour de la culture et des affaires publiques. Ancienne commissaire à la langue française de la Ville de Montréal, elle a occupé des fonctions stratégiques auprès des gouvernements du Québec et du Canada, notamment en matière de francophonie.

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La Coupe du monde de la FIFA vient de se terminer. Pendant plusieurs semaines, le Canada, aux côtés du Mexique et des États-Unis, a été l’hôte de l’un des plus grands événements sportifs de la planète. En 2028, à Ottawa-Gatineau, il sera de nouveau au cœur d’un rendez-vous international d’envergure : le 21e Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

L’annonce faite par le premier ministre Mark Carney, le 1er juillet dernier, constitue une excellente nouvelle. Elle témoigne de l’engagement du Canada envers la Francophonie et représente une occasion exceptionnelle de mettre en valeur la vitalité du français, ici comme ailleurs. Or, le véritable succès de ce Sommet ne se mesurera pas tant à la qualité de son organisation qu’à ce que le Canada saura en faire : inscrire ce rendez-vous dans une vision durable et porteuse de nouvelles collaborations.

Il aura l’occasion de s’affirmer, de rayonner, d’inspirer, mais aussi de mobiliser.

Le contexte international confère à cette rencontre une portée toute particulière. Les équilibres géopolitiques évoluent rapidement, les alliances se redessinent et les tensions commerciales récentes rappellent à quel point la diversification des partenariats devient une question stratégique.

Dans cette dynamique, la Francophonie prend une importance nouvelle. Avec une population francophone en forte croissance, notamment en Afrique, la Francophonie de demain se construit. Cette réalité nous invite à approfondir nos collaborations avec ce continent en pleine transformation.

Une position singulière

Membre du G7, du Commonwealth et de l’OIF, le Canada évolue au croisement de plusieurs réseaux internationaux. Il peut ainsi créer des passerelles entre différents espaces de coopération à un moment où ceux-ci deviennent plus essentiels que jamais.

À cela s’ajoute un atout majeur, soit la richesse de sa propre francophonie. Le Québec, dont l’engagement en matière de langue, de culture et de coopération francophone est reconnu depuis longtemps sur la scène internationale, compte parmi les principaux acteurs de l’espace francophone mondial. Son expertise, ses réseaux, ses institutions et son dynamisme en matière d’innovation représentent une contribution unique. À cet égard, il constitue un partenaire incontournable de cette mobilisation.

Montréal, métropole francophone des Amériques, est appelée à occuper toute la place que lui confère son statut, sur la scène tant nationale qu’internationale.

Les communautés francophones et acadienne, présentes d’un océan à l’autre jusqu’au Nord, mais aussi les universités, les chercheurs, les créateurs, les institutions culturelles, les médias et les nombreuses organisations composent un écosystème riche et diversifié. Le véritable défi sera de faire converger ces forces déjà bien réelles autour d’une vision partagée, d’une impulsion commune : celle d’une francophonie qui favorise la mobilité, qui mise sur la coopération scientifique et l’innovation, et qui fait de la culture et des savoirs des leviers d’influence et de transmission.

Cette réflexion dépasse par ailleurs la seule Francophonie. Dans un monde où l’influence ne se mesure plus uniquement à la puissance économique, mais également à la capacité de créer des liens, de faire circuler les idées et de valoriser la création, la diplomatie culturelle s’inscrit naturellement dans cette évolution.

À l’heure où les modèles culturels tendent à s’uniformiser, défendre le français ne consiste pas uniquement à protéger une langue. C’est aussi affirmer et promouvoir un principe universel, soit celui selon lequel chaque peuple doit pouvoir créer, transmettre et faire rayonner sa culture dans sa propre langue. Cette conviction rejoint tout autant la protection des langues autochtones que celle des langues nationales partout dans le monde.

C’est précisément l’esprit de la Convention de 2005 de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, dont l’adaptation à l’environnement numérique est aujourd’hui au cœur des discussions. Plus qu’un chantier technique, cette démarche traduit une même conviction : la diversité culturelle doit continuer à trouver sa place dans un univers largement dominé par quelques grandes plateformes. Que le mot découvrabilité fasse désormais son entrée dans Le Petit Robert est d’ailleurs assez révélateur. Né au Québec, ce terme traduit une préoccupation aujourd’hui partagée bien au-delà de nos frontières : comment faire en sorte que nos œuvres continuent d’être vues, entendues et découvertes à l’ère numérique ?

Le Sommet de 2028 pourrait ainsi devenir bien plus qu’un succès diplomatique. Il pourrait marquer une nouvelle étape dans la réflexion du Canada et du Québec sur la place qu’ils souhaitent occuper dans un monde où la culture, les savoirs et la coopération seront appelés à jouer un rôle toujours plus déterminant.

C’est cette ambition qu’il nous appartient de préciser.

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