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Un refuge luciennois pour «ceux qui viennent des bois»

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MAGAZINE. Soigner les animaux blessés de la faune forestière. C’est la mission que se sont donnée Nancy Courtemanche et Jimmy Gagnon, les propriétaires et fondateurs du Refuge Adahy, basé à Saint-Lucien.

L’aventure pour le couple a débuté il y a trois ans lorsqu’une de ses six enfants est revenue avec un jeune raton laveur orphelin retrouvé sur le bord de la route à Drummondville. Jimmy Gagnon a toujours eu une grande empathie envers les animaux considérés comme les bêtes noires de la faune.

«Je suis attiré par ces animaux que les gens n’aiment pas. Le raton laveur que ma fille a ramené, on l’a baptisé Rocket et je suis tombé en amour ben raide avec lui. On l’a nourri et aidé, puis, à un moment donné, il est parti de son plein gré», raconte-t-il.

Depuis, Nancy et Jimmy ont décidé de transformer et adapter leur résidence du 50, rue Johanne en un refuge pour accueillir les animaux blessés ou malades. Travaillant d’abord sans permis, ils ont réussi à être reconnus officiellement par le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs en avril 2025.

La maison et le terrain de Nancy et Jimmy sert également de refuge pour animaux sauvages. (Photo : Ghyslain Bergeron)

En seulement trois ans, le couple a hébergé de nombreux locataires à quatre pattes tels que des ratons laveurs, des marmottes, des renards, des moufettes, des porcs-épics et, récemment, un opossum. Les propriétaires du refuge sont aussi venus en aide à quelques espèces d’oiseaux comme des canards, des pigeons et des oies.

Nancy Courtemanche relate qu’elle voulait un nom amérindien pour son refuge puisque le respect de la nature et de la terre fait partie des coutumes des Premières Nations. En faisant des recherches, elle a fini par tombé sur celui d’Adahy. Il s’agit d’un mot dans la langue iroquoise parlée par la communauté autochtone des Cherokees qui signifie «dans les bois» ou «celui qui vient des bois».

Soigner les blessés

Nancy Courtemanche est une naturopathe ayant travaillé dans des cliniques de naturopathie dans le centre-ville de Montréal de 2004 à 2012. Grâce à son savoir et ses acquis, c’est elle qui s’occupe de soigner les blessures des animaux sauvages.

Sa clinique est la première chose que l’on voit quand on entre dans le Refuge Adahy. Autour de sa table de consultation sont disposés divers produits et plusieurs équipements médicaux.

Un jars, prénommé Charlotte, se repose dans un petit enclos tout près du spa à ozone. Nancy en profite pour changer son bandage sur l’une de ses pattes pour l’aider à guérir d’une pododermatite.

Nancy administre les soins sur la patte de Charlotte le jars pendant que Jimmy s’occupe de le maintenir en place. (Photo : Ghyslain Bergeron)

À l’extérieur, plus d’une dizaine d’oies se promènent dans la neige, dont Marguerite, le chef de la bande, ainsi que Sparte, un jars né avec un bec déformé. «Je les appelle tous mes doudounes, peu importe si l’animal c’est un gars ou une fille», lance en rigolant Jimmy Gagnon.

Dans une petite cabane derrière la résidence se trouvent cinq ratons laveurs emmitouflés ensemble. D’autres cages vides sont disposées ci et là dans la cour arrière. Jimmy explique qu’elles sont remplies durant l’été. «Elles servent aussi à isoler certains animaux plus malades», ajoute celui qui travaille comme concierge à l’école Saint-Félix-de-Kingsey.

Le couple est aussi très actif sur les réseaux sociaux. Nancy gère tout ce qui touche les publications du refuge et répond aux nombreux messages sur Facebook. «Sur les pages « Spotted », on est tout le temps tagué lorsqu’un animal est en détresse», indique-t-elle.

La naturopathe essaye d’abord de vérifier si l’animal a vraiment besoin d’être amené au refuge afin de respecter la capacité d’accueil. Jimmy Gagnon souligne que le séjour d’un animal varie en fonction de sa blessure et de sa maladie. À la fin de son rétablissement, il est toujours relâché dans la nature.

Défis et besoins

Depuis sa mise en place, le refuge Adahy fait face à de nombreux défis, selon ses deux fondateurs. L’un des plus importants concerne les revenus puisque toutes les dépenses sont assurées par le couple.

Nancy Courtemanche a décidé de s’impliquer à 100 % dans le refuge après avoir été éducatrice sur l’heure du midi pendant un certain temps. Son partenaire l’aide également pour acheter le matériel et les denrées nécessaires tout en ayant son emploi du temps à l’école Saint-Félix-de-Kingsey.

Le refuge Adahy accueille de nombreux animaux sauvages blessés et malades, en particulier des ratons laveurs. (Photo : Ghyslain Bergeron)

Le plus essentiel serait de trouver des fournisseurs pour nourrir les animaux sauvages. «Dernièrement, Nancy a réussi à avoir un partenariat avec le Marché ami de Saint-Félix où ils sont capables de nous fournir, par exemple, des rabais sur les légumes. Aussi, quand on fait un appel aux dons sur les réseaux sociaux, les gens sont très généreux la plupart du temps», souligne Jimmy Gagnon.

La période la plus achalandée pour le couple arrive autour des mois d’avril, mai et juin, lorsque les femelles mettent à bas leurs petits. Certains deviennent malgré eux des orphelins, qui ont besoin d’être nourris, et le refuge Adahy peut en prendre soin. «Cette année, on ne s’attendait jamais à recevoir autant de jeunes ratons laveurs. On en a accueilli pas loin de 40», relate la naturopathe.

Si des bénévoles se sont proposés pour aider à biberonner les petits mammifères, certains ne les ont aidés que durant une seule semaine, rapporte Nancy Courtemanche. «Ils viennent faire leur trip [de nourrir un raton laveur] et ils partent une fois qu’il est fini, mais, moi, je me retrouve avec cette responsabilité-là. Nourrir 30 ratons laveurs au biberon peut prendre de six à sept heures. Ça m’est arrivé au moins deux fois [l’an dernier]», témoigne-t-elle.

Pour l’année 2026, la propriétaire espère pouvoir trouver de gens beaucoup plus sérieux capables également d’effectuer des tâches plus sales, comme laver les enclos. Elle souhaite aussi installer un étang pour les canards et les oies dans leur cour arrière avec une chute lorsque la neige aura fondu.

«Un animal, ça l’a besoin d’amour»

Le refuge tient encore debout grâce à la passion de ses deux propriétaires. Jimmy Gagnon a un dicton disant que «plus tu te rapproches des animaux, plus tu t’éloignes de l’humain».

Jimmy Gagnon appelle toutes ses oies « mes doudounes » même si certaines sont des mâles. (Photo : Ghyslain Bergeron)

«Honnêtement, un humain, c’est difficile à comprendre. Tout ce que demande un animal c’est de l’amour, d’être nourri, et d’avoir de l’affection. Il ne te jugera pas pour tes gestes, ce que tu dis ou peu importe. Les animaux sont simples, et je les adore pour ça», fait-il valoir.

«Ça ne veut pas dire que je n’aime pas les êtres humains, mais lorsque je me retrouve ici, avec mes bêtes, il n’y a rien de plus génial que ça. C’est apaisant, c’est tranquille, peu importe la tâche à faire», ajoute celui qui fait également du remplacement pour les cours d’éducation physique à l’école Saint-Félix-de-Kingsey.

Un des moments les plus marquants a été lorsque lui et Nancy ont compris qu’un porc-épic n’allait pas s’en sortir. «Un animal qui est sur le bord de mourir, honnêtement, il va se laisser mourir. Il ne mangera pas et ne boira pas. À la toute fin, je le flattais sans que ça le dérange. Puis, tout à coup, il a pris mon doigt avec ses grosses griffes, il me l’a serré fort, et, après, il est parti. On a pleuré moi et Nancy, mais quel beau privilège il nous a donné», exprime avec émotion Jimmy Gagnon.

Pour Nancy Courtemanche, sa motivation repose dans le regard des animaux quand elle et Jimmy les soignent. «Même s’il est sauvage, un raton laveur va essayer de nous mordre quelques fois, mais ça ne va pas y prendre longtemps pour comprendre qu’on est là pour son bien, pis il va se laisser faire», illustre-t-elle en terminant.

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