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La conférence «De Oz à Un prophète, les scénarios prennent-ils des libertés ?», donnée dimanche à Séries Mania, est l’occasion de faire le point sur nos favorites du genre.
«La prison dans les séries : de Oz à Un prophète, les scénarios prennent-ils des libertés ?» Alors qu’Un prophète version 2026 connaît un beau succès sur Canal+, Séries Mania a choisi de confronter, dans le cadre d’une conférence donnée dimanche au théâtre du Nord, les fictions carcérales au regard de Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté. À ce poste depuis 2020, elle en explique brièvement le fonctionnement : «C’est une autorité indépendante, créée en 2007, sans pouvoir de sanction mais avec un pouvoir d’observation et de publication. Elle contrôle le respect des droits fondamentaux dans les lieux où les gens sont enfermés sur décision de l’autorité administrative ou judiciaire : prisons, services fermés des hôpitaux psychiatriques, commissariats, zones d’attente.... Elle ne prévient pas et vient parler anonymement au personnel et aux détenus.»
Dominique Simonnot a livré au public son expertise et son ressenti sur l’état du système pénitentiaire français et, de manière plus générale, sur la représentation de la prison et des possibilités de réinsertion à l’écran à travers Oz, Orange Is The New Black, Un prophète, 3 X Manon , Time, A Better Place . L’occasion de proposer le top 5 de nos séries carcérales favorites !
1- Oz (1997-2003)
Fiction américaine créée par Tom Fontana pour HBO, elle fait partie des pionnières qui ont lancé le nouvel âge d’or des séries. Oz se déroule dans une prison expérimentale, Emerald City, supposée réinventer l’incarcération en favorisant la responsabilisation des détenus. « Pour moi, c’est un camp de concentration, contredit très vite le narrateur (Harold Perrineau) qui nous présente les lieux. 24 heures par jour sans aucune intimité... ». Avec aussi les formidables Christopher Meloni et J.K. Simmons, on découvre un microcosme économique, social, politique, saluée pour sa radicalité, son réalisme. Mais pas seulement. Sexe, amour, naissance, mort... Un condensé d’humanité.
L’avis de Dominique Simonnot : « C’est un chef-d’œuvre absolu. J’ai commencé à la regarder quand j’étais journaliste et j’étais happée. Il y a à la fois une représentation très bonne de la prison américaine et une finesse dans l’étude de caractère. Avec cet Augustus et ses dreads, détenu en chaise roulante qui introduit tous les épisodes, comme le ferait un chœur grec, sur un ton très humoristique alors qu’il va se produire des horreurs. C’est très violent et magnifiquement interprété et pensé, réfléchi. » Les cinq premières saisons sont disponibles sur Paramount+ mais pas la sixième.
2- Un prophète (2026)
Inspirée du chef-d’œuvre de Jacques Audiard, qui révéla Tahar Rahim en 2009, Un prophète la série, création originale Canal+, est un récit d’émancipation puissant qui trouve sa propre voie. Le héros est désormais un jeune Comorien, orphelin naïf, incarcéré à Marseille pour avoir joué les mules (Mamadou Sidibé). Sami Bouajila incarne, lui, un promoteur immobilier véreux. Tous deux vont faire alliance dans ce huis clos carcéral. Malik apprend à lire, à écrire, à réfléchir aussi. En voix off, des extraits de ses lectures (L’Étranger, Le Père Goriot, Le Comte de Monte Cristo…) donnent du sens à ses choix, à ses actes. Entre introspection et éclats de violence, onirisme aussi, il va trouver sa voie.
L’avis de Dominique Simonnot : «J’étais surprise, mais c’est de la fiction, de voir ce jeune homme, une mule, arriver dans une prison où ils sont un par cellule, ce qui est impossible. Quand on passe directement de la garde à vue au procès à la prison, on arrive dans un établissement surpeuplé, surtout quand c’est supposé se dérouler aux Baumettes dont le taux d’occupation est quasiment de 200 %. Ce qui est très bien rendu, en revanche, c’est la peur. On ne la voit pas toujours quand on visite une prison mais on la sent, à raison, quand on s’installe par exemple dans une cellule pour discuter avec un détenu... J’ai signalé un scandale, en un an, cinq détenus sont morts, tués dans leur cellule. Ils avaient appelé à l’aide, demandés à être séparés de personnes qui les terrorisaient, en vain. Il ne s’est rien passé, faute de temps, faute de place. L’État doit assurer la sécurité des gens, au-delà des cafards et des rats qui pullulent.» Une saison en cours sur Canal +.
3- The Night Of (2016)
Nasir Khan, étudiant américano-pakistanais (Riz Ahmed, bouleversant
avec son regard sombre et profond) vivant à New York, raccompagne une jeune fille qu’il vient de rencontrer. Lorsqu’il se réveille à ses côtés, elle est morte, poignardée… La police, qui l’arrête peu après pour un banal contrôle, trouve sur lui l’arme du crime. C’est le début d’un long voyage dans l’enfer carcéral. Son seul espoir : un avocat ringard (John Turturro), torturé par un eczéma tenace. Lentement, dans de magnifiques clairs-obscurs, The Night Of suit l’affaire sur un mode quasi documentaire. Elle évoque les égarements de la police et du système judiciaire américain, le racisme, la discrimination, les manipulations des médias, la solitude aussi… Et l’on partage le cauchemar de ce jeune homme rangé, faible et fort à la fois, dont la vie et celle de ses proches seront à jamais détruites. Une saison sur HBO Max.
4- Orange Is The New Black (2013-2019)
Piper Chapman est une charmante trentenaire issue d’un milieu aisé. Elle se retrouve incarcérée dans une prison pour femmes du Connecticut, payant une erreur de jeunesse… Sur le mode de la comédie noire, Piper découvre, et le spectateur à sa suite - un schéma narratif toujours efficace -, un univers qui dépasse son imagination… La série chorale, créée par Jenji Kohan (Weeds), dresse une étonnante galerie de portraits : Taylor Schilling, l’héroïne candide forcée de s’adapter ; Uzo Aduba, la folle dingue ; Laverne Cox, ex-femme pompier devenue coiffeuse, transgenre à la ville comme à l’écran… Inspirée d’une histoire vraie, OITNB met l’accent sur la surpopulation carcérale, la mise à l’isolement, le harcèlement sexuel, les tensions raciales, financières… présageant mal d’une possible réinsertion.
L’avis de Dominique Simonnot : « J’ai d’abord arrêté de regarder après trois épisodes, puis grâce à Séries Mania je m’y suis replongée et j’ai trouvé que, finalement, c’était sensationnel. Les prisons de femme sont différentes. J’en ai récemment visité une et j’y ai retrouvé cette ambiance particulière. Il y a beaucoup de violence mais aussi des sympathies, de solidarité. De la tendresse, des histoires d’amour. Et des parties de rire !» Sept saisons sur Netflix.
5 - Black Bird (2022)
Dennis Lehane, scénariste de Mystic River, raconte l’histoire, inspirée d’un récit autobiographique, d’un détenu chargé par le FBI de gagner la confiance d’un prisonnier soupçonné d’être impliqué dans la disparition dans le Midwest d’une quarantaine de femmes dans les années 80 et 90. Pour recouvrer la liberté, il devra lui soutirer des aveux. Une dangereuse amitié se noue entre les deux hommes. Taron Egerton prête ses traits à ce fils de policier tombé dans le trafic de drogue et à qui on propose une rédemption risquée. Son adversaire est un fan de reconstitution des batailles de la guerre d’Indépendance et de Sécession campé avec une douceur trompeuse par Paul Walter Hauser. La série montre l’isolement et explore la psyché des détenus, les tensions quotidiennes, la peur, les micropouvoirs qui s’exercent entre les murs... Une saison sur Apple TV.
Et comment il est toujours difficile de choisir, mention spéciale à Prison Break (2005-2017): si le réalisme n’est pas de rigueur, suspense, action, adrénaline et émotion, par la grâce du touchant personnage de Michael Scofield, sont au rendez-vous. Un thriller brillant, même s’il s’est un peu égaré au fil des saisons, et un plaisir à peine coupable. Six saisons sur Disney+.
Mais aussi Zonz (2025), incursion drôle, pop et émouvante dans une prison d’ados. Une saison sur France.tv.


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