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Un petit quelque chose à l’ombre de la victoire des Canadiennes

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MILAN – Est-ce justifié de s’inquiéter de la prestation d’une équipe qui vient de gagner un match 4-0 et de dominer son adversaire 55-6 au chapitre des lancers?

Les hockeyeuses canadiennes ont finalement mis leur tournoi olympique en branle, samedi, après le faux départ créé par le report de leur match contre la Finlande.

Elles n’ont jamais été inquiétées par les Suisses, qui n’ont absolument rien généré en attaque. Zéro comme dans Ouellet.

Mais ceux qui voient le verre à moitié vide diront qu’avec un tel volume de tirs et autant d'occasions de marquer qu’il n’a pu convertir, le Canada n’a pas laminé son adversaire comme il avait l’habitude de le faire jadis.

Même en contrôlant le jeu de façon indécente, le Canada n’a pas réussi à marquer en première période. Aux Jeux de Pékin, en 2022, il lui était arrivé deux fois d’être blanchi dans une période, et chaque fois, ça s’était produit contre les États-Unis.

Les statistiques sont convaincantes. L'exécution ne l'était peut-être pas autant. Du moins, si l'unité de mesure qu'on utilise consiste à trouver un niveau de jeu qui permettra au Canada de battre les États-Unis.

D’un autre côté, on cherche partout les signes de cette nouvelle émulation du hockey féminin international et d’un écart qui se rétrécirait entre les nations européennes et les deux superpuissances traditionnelles, soit le Canada et les États-Unis.

Peut-être que d’avoir si largement dominé sans être capable de le faire de façon plus cinglante au compte final est une preuve timide que le plancher lève du côté de la Suisse et de ces pays qui se faisaient rudoyer autrefois à coups de 10 ou 12 buts…

Il se pourrait aussi que tout cela n’ait été qu'une histoire de gardiennes.

Une gardienne de but est couchée sur la glace pendant qu'elle arrête une rondelle.

La gardienne suisse Saskia Maurer a stoppé de nombreux tirs des Canadiennes.

Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Son moment Gudlevskis

Vous souvenez-vous de Kristers Gudlevskis?

C’est ce gardien letton qui, aux Jeux de Sotchi, en 2014, avait repoussé 55 des 57 tirs dirigés sur lui. Le Canada avait accédé aux quarts de finale grâce à une courte victoire de 2-1.

Bon, cette fois-ci, nous n’étions qu’en phase préliminaire, mais la gardienne suisse Saskia Maurer a eu en quelque sorte son moment Gudlevskis face à la bande à Marie-Philip Poulin.

Maurer prend le relais depuis le début du tournoi de la titulaire Andrea Braendli, qui a été isolée de ses coéquipières au cours des derniers jours en raison du même norovirus qui a embêté l’équipe de la Finlande.

Et Maurer a été sans contredit la joueuse par excellence de ce match.

Elle a eu beau accorder quatre buts, les innombrables occasions de marquer des Canadiennes sont souvent restées lettre morte en raison de son brio.

La gardienne de 24 ans a repoussé 51 tirs, et trois des quatre buts marqués contre elle sont survenus lors d’avantages numériques.

Comme quoi on a assisté à un vrai duel de gardiennes substituts, puisque ce n’est pas Ann-Renée Desbiens, mais bien Emerance Maschmeyer qui a défendu la cage du Canada face à la Suisse.

Cela pouvait paraître étrange de ne pas voir Desbiens en uniforme pour cette entrée en matière olympique, mais l’équipe n’a fait que respecter le plan conçu initialement, qui prévoyait d’envoyer Maschmeyer dans la mêlée face à la Suisse… après que le Canada eut affronté la Finlande.

Cette rencontre-là est repoussée au 12 février, et le Canada y viendra en temps et lieu. En attendant, il dispute trois matchs en quatre soirs, et le premier avait lieu contre son adversaire le plus prenable. C’est donc dire que Desbiens pourrait affronter tour à tour la Tchéquie et les États-Unis en l’espace de 24 heures.

Maschmeyer n’a pas trop sué, ne faisant face qu’à six tirs. 

Le Canada avait déjà limité le Japon à trois petits lancers aux Jeux de Nagano, en 1998, mais il y a belle lurette que les représentantes de l'unifolié avaient été aussi chiches en matière de tirs au but.

La vengeance de Spooner

Il a fallu 27 minutes de jeu et 20 lancers pour que les Canadiennes viennent enfin à bout de Maurer.

Lorsque Natalie Spooner l’a finalement déjoué, la réaction de la vétérane laissait croire que son équipe venait de remporter un match crucial.

C’est qu’il y avait beaucoup de soulagement chez cette quadruple olympienne, dont la place au sein de l’équipe canadienne avait été remise en question.

Dans tout le débat entourant la vieillesse de la formation canadienne, et la plus grande place qui aurait dû être accordée aux plus jeunes, le nom de Spooner revenait souvent.

L’attaquante de 35 ans a été choisie la joueuse par excellence de la LPHF il y a deux ans, mais une blessure à un genou lors des séries de 2024 et l’intervention chirurgicale qui a suivi l’ont beaucoup ralentie depuis. Avec seulement 6 points en 16 matchs cette saison avec les Sceptres de Toronto, la belle production d’antan a disparu.

Passer le flambeau à une plus jeune aurait pu être justifié.

Or, même en étant retenue comme 13e attaquante et comme spécialiste de l’avantage numérique, Spooner a trouvé une façon de justifier sa présence en marquant le premier but du Canada dans ces Jeux olympiques.

Une belle validation pour cette populaire coéquipière qui avait besoin de se prouver.

La disparité dans les forces en présence et la nature du tournoi, qui assure une place automatique en quarts de finale aux cinq équipes faisant partie du groupe A, font en sorte que le Canada peut aborder la phase préliminaire comme un long préparatif.

L’important c’est de pointer au bon moment, souligne Spooner.

Ça se défend très bien. Les Canadiennes veulent se roder au fil du tour préliminaire et trouver leur erre d’aller.

Sauf qu'en dépit de leur domination des Suisses, il reste encore des choses à régler, entre autres sur le trio de Poulin, et sur l’opportunisme en général.

Mais personne ne va paniquer pour corriger ce qu’il y a à corriger.

C’est l’avantage d’avoir une formation plus expérimentée.

Elles en ont vu d’autres.

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