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Un mystérieux four d’au moins 175 ans à Rimouski

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On est à l'Anse-au-Sable, à Rimouski, sur la petite rue de la plage. De l'autre côté de la voie ferrée, un four de pierre, presque incrusté dans la falaise, passe complètement inaperçu malgré sa largeur de 3 mètres et demi. Il pourrait avoir entre 175 et… 430 ans.

Ce four de pierre ancestral fait l’objet d’un débat auprès de citoyens, d’historiens et d’archéologues depuis plus de 20 ans. Quel âge a-t-il et à quoi servait-il réellement? Seules des fouilles archéologiques pourraient le confirmer.

Le four est seulement visible aux yeux avertis. Un chemin dans la falaise y donne accès, sur le terrain de la ferme familiale des Bérubé. Lors de notre passage, un fort vent du fleuve fouette notre visage. Les dernières feuilles s'accrochent. L'absence de neige nous permet de bien voir les détails.

Des pierres rondes, des pierres plates, des pierres de schiste, des pierres aux teintes rouges. Tout tient en place, mais depuis combien de temps?

La Société rimouskoise du patrimoine émet l'hypothèse selon laquelle le four aurait été utilisé en 1752 par la famille Gagnon, habitant à l'Anse-au-Sable, alors au centre de la seigneurie de Rimouski. Son président, Alain Ross, a trouvé des preuves dans les archives régionales qu'un certain Antoine Gagnon avait transformé la graisse de deux baleines échouées sur la plage avec l'aide de Pierre Gagnon pour en faire de l'huile.

Un plan dessiné qui date de 1773.

Ce plan a été dressé en 1773, après un conflit entre les seigneurs du Bic et de Rimouski, pour délimiter la frontière de deux seigneuries.

Photo : BAnQ / Fonds Famille Tessier

De mon point de vue, c'est certain que [le four] a servi pour faire fondre de la graisse de mammifères. Il devait y avoir une potence. Un très grand chaudron, installé au-dessus du feu. On mettait le gras de baleine, de marsouin et de loup-marin, avance le chercheur indépendant.

À cette époque, Antoine Gagnon était établi à l'Anse-au-Sable. On peut spéculer que c'est là qu'il a réduit la graisse de la baleine en huile, précise M. Ross.

Un document de la Juridiction royale de Montréal qui date du 5 mars 1755.

La Société rimouskoise du patrimoine a déniché un document manuscrit concernant Antoine Gagnon qui a vendu de l'huile de baleineau.

Photo : BAnQ / Fonds Famille Tessier

Un four à chaux, sans chaux

Le four fait officiellement partie des sites archéologiques de la Ville de Rimouski, sans toutefois bénéficier de mesures de protection.

Il est identifié comme un four à chaux, ce que des citoyens et historiens contestent depuis bientôt 20 ans. Il n'y a pas de pierre à chaux dans les environs, lance Alain Ross. Si ça avait été un four à chaux, il aurait fallu transborder la pierre à chaux. Pourquoi se donner cette peine-là?

C'est un archéologue du ministère de la Culture et des Communications qui l'a désigné ainsi en 2002, sans avoir fait de recherches dans les archives régionales, reproche la Société rimouskoise du patrimoine.

Un homme dans la soixantaine est habillé de vêtements d'hiver.

Alain Ross est président de la Société rimouskoise du patrimoine.

Photo : Radio-Canada / Antoine Proulx

Jean Roy, un résident de Sacré-Cœur, multiplie les démarches depuis de nombreuses années pour que le mystère entourant ce four soit enfin levé. Il était l'un des premiers à relever des irrégularités dans la classification du ministère de la Culture.

L'archéologue déclare dans son rapport [de 2002] qu'il y a une couche de mortier sur la paroi intérieure. Vous pouvez filmer, prenez vos longues-vues, si vous voyez du mortier à l'intérieur de ça, mais moi, je n'en vois pas, dit-il en riant.

M. Roy est d'avis que le type de pierre ressemble à celles utilisées par le peuple basque qui a érigé un four similaire à l'île aux Basques, devant Trois-Pistoles, il y a plus de 430 ans. Selon lui, certaines pierres ne proviennent pas des environs immédiats.

Un homme dans la soixante-dizaine d'années habillé d'un manteau de cuir.

Jean Roy est déterminé à lever le mystère sur ce four.

Photo : Radio-Canada / Antoine Proulx

Chose certaine, il a été établi il y a plusieurs années par des chercheurs de l'Université du Québec à Rimouski que la structure a été mise sur pied avant le début de la construction de la voie ferrée, à la fin des années 1860.

De l'ADN de béluga retrouvé

En 2023, en raison de la pression citoyenne, un autre archéologue du ministère de la Culture retourne sur le site pour récolter un échantillon du sol, qu'il fera ensuite analyser par un laboratoire à l'Institut Maurice-Lamontagne.

Les chercheurs ont effectué deux types d'analyses, que Radio-Canada a pu consulter. Une des deux analyses révèle une faible détection d’ADN de béluga. La biologiste au dossier recommande toutefois de faire une deuxième extraction d’ADN.

En fouillant davantage dans les archives, Alain Ross a toutefois déniché un document manuscrit sur un interrogatoire qu'Antoine Gagnon a subi en 1774, en lien avec la pêche au hareng à l'Anse-au-Sable et à L'Islet aux Souffleux.

Selon le président de la Société rimouskoise du patrimoine, il s'agit du toponyme pour l'île Canuel, une petite île collée sur Rimouski. Le terme souffleux faisait référence aux bélugas, indique M. Ross. Pour lui, ce document prouve la présence de bélugas dans les environs.

Il demeure d'avis que seules des fouilles archéologiques complètes pourraient donner les réponses que cherchent les citoyens.

Des citoyens veulent des fouilles archéologiques

Jean Roy, par le biais du Club 50+, un groupe pour les personnes aînées, demande à la Ville de Rimouski de demander l'autorisation du ministère de la Culture et de financer ces fouilles.

Ça fait bien trois ans qu'on rôde autour de ça pour essayer de faire avancer les choses, témoigne le Rimouskois. On a beaucoup de démarches de faites avec la Ville de Rimouski.

Le porte-parole de la Ville, Frédéric Savard, indique par courriel qu'aucune enveloppe monétaire n'est prévue. Il rappelle par ailleurs les coupes du gouvernement du Québec dans les investissements en culture et en patrimoine.

Des fouilles archéologiques pourraient coûter entre 20 000 dollars à 30 000 dollars, selon le président de la Société rimouskoise du patrimoine, Alain Ross.

Pour l'instant, le four est laissé à l’abandon, même s’il est identifié comme un site archéologique. Seuls les citoyens l’entretiennent de temps à autre.

Qu'il date de la fondation de Rimouski, un peu après, ou de l'époque de l'occupation des Basques, tous veulent s'approcher de la vérité. Si ça s'avère que ce four date de l'arrivée de René Lepage, au 17e siècle, c'est un four fondateur de Rimouski. Ce serait le fun de le savoir, laisse tomber l'historien Alain Ross.

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