Une étude publiée dans Nature portant sur près de 12 000 enfants dans 12 pays d’Afrique et d’Asie révèle qu’un enfant sur six utilisant Internet a subi au moins une forme d’exploitation ou d’abus sexuel facilité par les technologies. Dans la moitié des cas, ces expériences n’ont jamais été signalées. Ce chiffre représente plus de 10 millions d’enfants dans la seule zone étudiée.
Ce que vous allez apprendre
- Quelles formes d’exploitation en ligne ont été documentées — et pourquoi la moitié des victimes n’en parlent à personne
- Pourquoi les enfants plus âgés signalent moins les abus, et quels facteurs favorisent la révélation
- Ce que ces données impliquent pour les politiques publiques, les plateformes technologiques et les parents
Une étude internationale sur 12 000 enfants
L’étude, menée dans le cadre du projet « Disrupting Harm », s’appuie sur une enquête représentative conduite entre 2020 et 2021 auprès de 11 912 enfants âgés de 12 à 17 ans, dans 12 pays d’Afrique de l’Est et australe et d’Asie du Sud-Est.
C’est l’une des études les plus larges jamais réalisées sur ce sujet dans des pays à revenu faible ou intermédiaire — des régions où vit la majorité des enfants du monde, mais où les données probantes manquaient jusqu’ici cruellement.
Le constat est sévère : un enfant sur six utilisant Internet y a subi au moins une forme d’exploitation ou d’abus sexuel facilité par les technologies. Extrapolé à la zone étudiée, ce chiffre représente plus de 10 millions d’enfants.
Les formes d’exploitation documentées
L’étude recense plusieurs types d’abus distincts.
La réception d’images à caractère sexuel non désirées. Les pressions pour des conversations à caractère sexuel. La diffusion d’images privées sans consentement. Le chantage en ligne à caractère sexuel.
Ces expériences ne sont pas des incidents isolés ou marginaux — elles touchent systématiquement une part significative des enfants connectés, dans des contextes culturels, économiques et géographiques très différents.
Crédit : Helena Lopes
La moitié des victimes n’en parlent à personne
C’est peut-être le chiffre le plus préoccupant de l’étude : 51 % des incidents n’ont pas été signalés par les enfants qui les ont vécus.
Quand ils se confiaient, ils se tournaient vers leurs amis — pas vers les adultes, pas vers la police, pas vers les services d’assistance. Les instances officielles restaient largement ignorées.
Les chercheurs ont également identifié un paradoxe : les enfants plus âgés, théoriquement plus autonomes, étaient moins enclins à révéler les abus que les plus jeunes.
Deux facteurs étaient associés à des taux de révélation plus élevés : une médiation parentale active concernant les activités en ligne, et le fait que l’enfant connaisse l’existence de ressources disponibles en cas de harcèlement ou d’agression.
Autrement dit : les enfants qui savent vers qui se tourner — et dont les parents s’impliquent dans leur vie numérique — sont plus susceptibles de parler.
Un appel coordonné à l’action
Les auteurs de l’étude sont explicites sur les implications de leurs résultats.
Une action coordonnée s’impose entre trois acteurs : les décideurs politiques, qui doivent adapter les cadres législatifs ; les forces de l’ordre, qui doivent développer des capacités de réponse adaptées aux contextes locaux ; et les entreprises technologiques, dont les plateformes sont le terrain sur lequel ces abus se produisent.
Les chercheurs appellent également à des recherches futures sensibles aux contextes culturels — notamment sur la façon dont les enfants révèlent les abus via les plateformes numériques elles-mêmes, et sur la façon dont ces plateformes répondent.
Si vous êtes un enfant ou un adulte concerné par ces situations, des ressources existent pour vous aider. En France : le 3018 (numéro national contre le cyberharcèlement) et le 119 (protection de l’enfance) sont disponibles gratuitement.


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