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Troisième dans les intentions de vote : ce que le NPD peut retenir de son passé

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Entre les manchettes sur l’avion du premier ministre Doug Ford, et le regain de popularité des libéraux ontariens, il est facile d’oublier que l’opposition officielle est néodémocrate en Ontario. Le NPD ontarien a pourtant déjà été une opposition redoutable, et a même formé le gouvernement en 1990. Retour sur trois leçons issues de son passé qui peuvent encore l’aider aujourd’hui.


1. Se faire connaître, c’est se faire élire

Dans son livre écrit peu après la retentissante défaite de son gouvernement en 1995, Bob Rae affirme que l’essentiel [pour l’opposition] est de garder à l’esprit l’objectif politique : faire son travail de manière à rendre possible la victoire lors des prochaines élections.

Au cours des années précédant son élection, le jeune leader avait parcouru la province de long en large, s’arrêtant dans les petits patelins ruraux et les communautés éloignées, comme Timmins.

La raison que je me suis présenté en 89-90, c’est parce que M. Rae venait à Timmins avec ses députés au moins trois ou quatre fois par année sur des différentes visites faisant affaire avec des questions qui sont importantes pour nous, affirme l’ex-député Gilles Bisson.

Gilles Bisson regardant des portraits sur un mur.

Le Franco-Ontarien Gilles Bisson a représenté les électeurs de la région de Timmins de 1990 à 2022. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada

Le siège qu’a remporté celui qui était alors un représentant des Métallos, Cochrane-Sud, était occupé par le ministre progressiste-conservateur Alan Pope. La vague néodémocrate de 1990 s’est peut-être résorbée cinq ans plus tard, mais M. Bisson a continué à représenter le comté jusqu’en 2022.

Utiliser la présence du chef est une stratégie de vente éprouvée, en Ontario comme ailleurs. Même les opposants politiques de l’ancien chef Stephen Lewis, récemment décédé, s’accordent pour dire qu’il était un orateur hors pair.

Stephen Lewis avait vraiment le sens de la vision, affirme l’historien Steven High. Il ne se perdait pas dans les détails ni dans les aspects techniques. Il donnait aux gens une raison de voter pour lui.

Pareillement, le choix des endroits où Marit Stiles se rend n’est pas désintéressé. La cheffe a fait plusieurs voyages à Sault-Sainte-Marie, notamment pour afficher son appui aux travailleurs de l’acier licenciés.

Cette ville est représentée à l’Assemblée législative par un député indépendant exclu du caucus progressiste-conservateur. La candidate néodémocrate n’est passée qu’à 114 voix de remporter ce siège aux dernières élections provinciales.

Marit Stiles va à la rencontre de clients dans un restaurants Wendy's.

Marit Stiles à la rencontre d'électeurs potentiels à Sault-Sainte-Marie pendant les élections de 2025.

Photo : La Presse canadienne / Kenneth Armstrong

J’écoute les gens partout, mais je sais aussi où nous devons progresser et remporter des sièges lors des prochaines élections, affirme Marit Stiles dans une entrevue accordée à Radio-Canada.

C’est avec pragmatisme que le NPD est parvenu à demeurer l’opposition officielle en remportant 27 sièges et 18,55 % du suffrage contre 14 sièges et 23,85 % pour les libéraux de Bonnie Crombie lors des dernières élections. Le parti a concentré ses efforts dans ses châteaux forts pour éviter la déroute face au géant Capitaine Canada.

S’il veut incarner l’alternance, le NPD doit déjà commencer à élargir son univers en convainquant plus d’électeurs, urbains et ruraux. Les prochaines élections en Ontario n’auront pas lieu avant 2030, selon les limites prescrites par la Constitution canadienne.

Mais qui sait? Un scrutin est si vite arrivé.


2. Critiquer, mais proposer

Le rôle d’opposition officielle en contexte majoritaire au Canada en est un bien difficile à jouer : le parti ne dispose que de très peu d’outils parlementaires pour influencer le travail du gouvernement.

La vraie bataille se joue donc dans l’opinion publique. Le NPD s’évertue à exposer comment le gouvernement Ford se méprend à chaque annonce ou projet de loi.

Une fois cette version des faits établie (ce qui n’est pas une mince affaire), le NPD doit ensuite communiquer au public quelle est sa vision pour l’Ontario et le convaincre qu’il s’agit de la bonne voie.

Il n’y a pas de recette magique pour accomplir ce tour de passe-passe, mais des ingrédients figurent tout de même dans le passé néodémocrate.

Stephen Lewis a mobilisé l’imaginaire collectif pendant les élections de 1975 autour de l’enjeu du contrôle des loyers. En s’affichant aux côtés de locataires menacés d’expulsion, il a appliqué suffisamment de pression pour forcer le premier ministre à adopter un premier régime de contrôle des augmentations.

Stephen Lewis durant une allocation, le 9 avril 2016.

Stephen Lewis a été chef du NPD en Ontario. Il entretenait une relation cordiale avec le premier ministre progressiste-conservateur de l’époque, Bill Davis. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Codie McLachlan

Le NPD avait alors saisi une préoccupation économique pressante des Ontariens moins aisés dans un contexte économique difficile, marqué par l’inflation et une hausse du taux de chômage.

Le parallèle avec la situation actuelle n’échappe pas à Mme Stiles. Dans une entrevue avec Radio-Canada, elle insiste sur l’importance d’être à l’écoute de monsieur madame Tout-le-Monde.

Je sais que je connais déjà quelques solutions, mais j’ai besoin de savoir où [les Ontariens] en sont, et ce dont ils ont besoin, pour qu’ils nous entendent les défendre, dit-elle.

Le parti tente depuis quelques semaines de se démarquer sur la question de l’abordabilité en s’en prenant à la tarification différentielle en format long vidéo sur les réseaux sociaux. Cet enjeu sera peut-être porteur alors que l’insécurité alimentaire s’enracine depuis quelques années, même au sein de la classe moyenne.

Des bénévoles travaillent dans une banque alimentaire.

La hausse du prix de l’essence à cause du conflit en Iran vient compliquer la mission de la banque alimentaire Daily Bread, à Toronto. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Reste encore à voir si le public sera à l’écoute, tandis que l’impopularité de Doug Ford et de ses progressistes-conservateurs semble prendre de la vitesse.


3. Laver son linge sale en famille

Le NPD ontarien a donc toujours trouvé sa force dans le militantisme, mais c’est également son talon d’Achille. Les chefs précédents y ont puisé un enthousiasme qui leur a permis de devenir une force politique crédible en Ontario.

Même à l’époque de son prédécesseur, la branche ontarienne de la Co-operative Commonwealth Federation, des membres accusent le leadership d’abandonner les principes de la social-démocratie au nom de la professionnalisation du parti.

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Stephen Lewis réalise en 1975 un exploit en hissant le NPD ontarien au rang d’opposition officielle : les progressistes-conservateurs gouvernent toujours, mais sont minoritaires pour la première fois en trente ans.

Dans les annales du parti toutefois, sa réputation est quelque peu ternie pour avoir expulsé du parti le mouvement nationaliste Waffle.

[Le Waffle] était une source de nouvelles idées et d’énergie, affirme l’historien Steven High. Longtemps après [leur expulsion], le parti s’est replié sur lui-même. C’est devenu un parti très fermé [...] pendant des décennies, ce qui lui a nui d’une manière structurelle.

Même Bob Rae, le seul néodémocrate à devenir premier ministre ontarien, a dû faire face à une opposition interne, notamment pour son fameux contrat social. Ce manque de pragmatisme, selon ses mots, a fini par le pousser dans les bras des libéraux fédéraux dans les années 2000.

Danielle Martin et Bob Rae se salue sur une scène.

Danielle Martin, du Parti libéral, salue Bob Rae alors qu’elle célèbre sa victoire à l’élection partielle de University–Rosedale, à Toronto, le lundi 13 avril 2026. (Photo d’archives)

Photo : The Canadian Press / Chris Young

L’actuelle cheffe, Marit Stiles, n’y échappe pas. En 2023, elle expulse la députée Sarah Jama de son caucus dans la foulée de ses commentaires sur la guerre à Gaza. S’ensuit alors une dénonciation publique de cette décision de la part de certains membres du NPD à Hamilton et Kitchener.

Elle survit en septembre dernier à un vote de confiance par la marque de 68 %, promettant le même soir des changements qui s’imposent dans notre mouvement. Elle a depuis rebrassé son équipe rapprochée, recrutant notamment du personnel néodémocrate issu des provinces de l’Ouest canadien.

Gérer en amont les attentes des membres les plus à gauche de son mouvement pourrait épargner à Mme Stiles bien des soucis à l’avenir.

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