Très brève théorie de l’enfer est le deuxième volet du triptyque romanesque Contes de l’indigène et du voyageur, que Jérôme Ferrari consacre au thème de l’altérité. Le premier, Nord sentinelle, vomissait les ravages du tourisme de masse en Corse. Le deuxième, qui vient de paraître, pose un regard sans concession sur la fournaise d’Abu Dhabi, un de ces lieux où la différence criante entre le statut des humains exilés de leur pays est poussée à son paroxysme. Selon le hasard de leur lieu de naissance, ils seront des expatriés, ou feront partie de la moins enviable cohorte des migrants. Luxe climatisé avec vue sur la mangrove pour les premiers; sacrifices et humiliations d’un servage qui ne porte pas son nom pour les seconds.
Le narrateur, un jeune professeur de français, s’est porté candidat pour le lycée français d’Alger, mû par le désir de voir du pays. Mais aussi par la lassitude, l’ennui et le dégoût de soi, dans une tentative désespérée d’échapper à la maudite fatalité à laquelle l’assigne, croit-il, – et c’est un motif récurrent chez Jérôme Ferrari – le simple fait d’avoir vu le jour en Corse. Au lycée d’Alger, il a cru voir dans sa collègue Nardjess, inaccessible et diaphane beauté au regard bleu pâle, «une autre possibilité d’échapper à moi-même». Un attentat visant leur établissement les a poussés à quitter le pays. Elle désirait voir la Corse. Sans la consulter, il a obtenu un poste de professeur à Abu Dhabi, où ils vont s’installer avec leur fille Afsaneh.


17 hour_ago
50






















.jpg)






French (CA)