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FIGAROVOX/TRIBUNE - Un timbre d’une valeur de 1,52 euro à l’effigie de Jean-Paul Belmondo a été dévoilé jeudi dernier pour rendre hommage à sa carrière. Pour l’écrivain Thomas Morales, l’acteur est une figure unificatrice parce qu’il incarne une France cavalière et gouailleuse.
Thomas Morales est écrivain. Dernier livre paru : Les tendresses de Zanzibar (Éditions du Rocher, mars 2026).
En septembre, cinq ans après sa disparition, tous les Français pourront affranchir leur courrier avec ce timbre spécial. Jean-Paul Belmondo, tout sourire, dents éclatantes et blouson de cuir, le regard franc et l’œil qui frise déjà, le cinéma d’action et toute la lyre de la Nouvelle Vague, le Conservatoire et les studios de la Victorine, Rémy Julienne et Sacha Guitry. La pochette-surprise des Trente Glorieuses, le texte, rien que le texte, puis le saut dans le vide et le second degré au revers du veston en guise de rosette. Les Lettres et le coup de boule, en somme, la synthèse. Notre Légion d’honneur des temps heureux.
Pour nous, cinéphiles avertis ou ados de la séance du dimanche soir à la télé, c’est notre pays qui revit, cette image ravive notre flamme, Joss Beaumont entre à la Poste, Stavisky est reçu à un concours administratif, Pierrot le fou braque les bureaux de campagne et le commissaire Rosen a définitivement perdu la partie. Que c’est bon et doux de se souvenir, nous avons envie de sauter de guéret en guéret, tout en sifflotant des comptines dans la forêt de Bondy. Les intellos, les féministes, les travailleurs, les oisifs, les flics et les bandits, personne ne résiste à la belle gueule de Jean-Paul, gouailleur et charmeur, pudique et incorrigible. Il est l’antidote aux fins de règne. Il est l’élu de nos cœurs. Il est celui que l’on appelle au secours quand la scoumoune nous poursuit depuis des décennies. Sans concession, nous lui aurions offert l’Elysée, le Quai de Conti et le Parc des Princes. Il avait tous nos suffrages universels. La présence, l’aura, l’envie de le suivre partout, rue Campagne-Première ou au « Tagada » de la rue Vavin ne s’expliquent pas. Appelez ça charisme ou gratitude, élévation ou foi dans son prochain. Jean-Paul est nos dix ans. Éternels. Avec lui, les emmerdements s’éloignent, les salisseurs de mémoire se carapatent. Notre langue reprend des couleurs. Elle est belle, glorieuse, puncheuse, cavalière, avec ce fond de nostalgie qui lui donne la grâce de l’aube.
Que l’on soit né dans une cité, un pavillon ou un manoir, de parents français ou étrangers, il est notre héros national.
Thomas MoralesQue l’on soit né dans une cité, un pavillon ou un manoir, de parents français ou étrangers, il est notre héros national. Il est ce calvaire planté dans chaque village. Altier et réconfortant. Notre reconnaissance est immense. Nous ne lui avons peut-être pas assez dit. Bien sûr qu’en ce moment même, nous sommes abattus, nous n’avons que les mots de déclin, de déclassement, d’abandon et de honte à la bouche. On radote et on ressasse. Notre vieille nation se délite et nous regardons ailleurs. Nous sommes secs. Nous ne croyons ni au grand soir, ni au ravalement. Nous sommes ce vieux peuple, las et absent, mal aimé de ses dirigeants, perclus de haines rances, incapable d’imaginer un avenir commun. Nous n’en avons plus la force, ni le talent. La classe politique nous déprime. Les injonctions modernes nous agacent. La puérilité des hommes d’aujourd’hui, les vains débats et les polices de la pensée sont un recul de civilisation.
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Alors, qui suivre et qui croire ? Nous avons besoin d’un creuset commun et d’un cap clair. La perspective de coller un timbre à l’effigie de Jean-Paul en septembre prochain est un signe d’espoir. Un geste anodin, une fantaisie de philatéliste, une gaminerie, dites-vous ? Non, un élan sincère. Il n’est pas innocent que le dévoilement de ce timbre de collection se fasse à quelques semaines d’intervalle avec ceux de Marc Bloch et de l’anniversaire des 400 ans de la Marine nationale. Jean-Paul, c’est la France d’une seule voix. À la rentrée, nous collerons Jean-Paul sur nos lettres d’amour en nous rappelant, son hommage national, nous avions les yeux embués, son cercueil était porté dans la cour des Invalides sur la musique d’Ennio Morricone. Ce jour-là, nous étions soudés, émus et solidaires.


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