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The Last Viking (Den sidste viking) est une comédie loufoque. Ayant confié le fruit d'une attaque de banque à son frère, Anker (Nikolaj Lie Kaas) écope de quinze ans de prison. Une fois libéré, il nourrit l'idée fixe de récupérer l'argent pour se barrer. Malheureusement, son frère Manfred (Mads Mikkelsen) est atteint de troubles de la personnalité: il se prend pour John Lennon et préfère voler les chiens des voisins que de dire où il a enterré le butin.
Commence alors un séjour dans la maison de leur enfance où un psychiatre plutôt déluré prévoit d'organiser un concert des Beatles (ou d'ABBA) en trouvant d'autres patients s'identifiant l'un à Ringo Starr et l'autre tour à tour à Paul McCartney et George Harrison (entre autres). Dès lors, Anker devra se défaire d'un tueur, déchiffrer des runes, remonter le fil du passé…
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L'inattendu règne, les gags comme les répliques fusent: le rire est omniprésent, avec une forme de sidération devant l'inventivité du réalisateur et les performances des acteurs. À commencer par celle de Mads Mikkelsen, affublé de bouclettes sagement aplaties, coiffure absolument irrésistible.
Mads casse les codes
Si Doctor Strange, Hannibal ou James Bond oblige (il fut Le Chiffre dans Casino Royale en 2006), vous voyez Mads Mikkelsen en stéréotype du mâle hollywoodien, il est temps de vous intéresser à sa carrière danoise. Dans une interview, l'acteur confiait son plaisir de travailler avec Anders Thomas Jensen qui l'a retenu pour ses six films, et on le comprend. Cassant son image, il y incarne des personnages résolument hors normes, souvent en marge de la société, le plus souvent à contre-emploi. Un rêve d'acteur. Il faut le voir s'adonner à des masturbations frénétiques dans Men and Chicken (Mænd og høns, 2015)!
À chaque fois, il y retrouve plusieurs comparses formant comme une troupe, alignant les rôles les plus inattendus: Sofie Gråbøl, Søren Malling, Bodil Jørgensen, Lars Brygmann, Nicolas Bro… Évidemment, ces retrouvailles dessinent une manière de famille, avec des rôles qui parfois se recoupent: l'obsession de Lars Brygmann pour Ikea dans The Last Viking était déjà en germe dans Riders of Justice, tandis que le côté sombre et renfermé de Nicolas Bro dans ce même film trouve un écho dans un précédent personnage (Josef dans Men and Chicken).
Dans Men and chicken, Franz (Søren Malling) frappe ses frères avec des animaux empaillés, en écho à Eigil (Nikolaj Lie Kaas) qui brandit, menaçant, une girafe en peluche (Les Bouchers verts). Avec des acteurs qui reviennent régulièrement, ces redondances accentuent le côté familier des films.
Une histoire de famille
Ça tombe bien: les films d'Anders Thomas Jensen parlent de la famille. Entité étrange, difforme, complexe, violente, désordonnée, cette famille se cherche et se construit avec des dialogues de sourds, dans la violence et les secrets enfouis. D'une certaine manière, ces films ne disent qu'une chose: on choisit les siens. En faisant mentir l'adage, le réalisateur opte pour une logique communautaire, celle d'un bonheur partagé, hasardeux et toujours en construction. Cette famille choisie se substitue à une autre, souvent brisée –un monde peuplé d'orphelins comme Svend et Bjarne dans Les Bouchers verts (De grønne slagtere, 2003), d'enfants battus, de pères absents et défaillants.
En créant leurs propres communautés, des personnages hors normes se regroupent: isolés, rejetés, hargneux, loufoques, dangereux, naïfs, obsessionnels, brutalisés, tous éclopés de la vie. Leur rencontre prend la forme d'une confrontation parfois brutale mais débouchant sur une acceptation et la capacité à construire un avenir partagé, un peu à la manière de Clint Eastwood dans sa période Josey Wales ou Bronco Billy. Il ne s'agit pas d'aplanir les différences mais de les accepter et de vivre avec. À cet égard, il n'y a pas dans ces films de personnages secondaires puisqu'il s'agit de créer une vie commune, aussi foutraque soit-elle.
Par l'assemblage hétéroclite de destins fracassés, le happy end de la comédie évite la mièvrerie alors que le réalisateur en accepte les codes: le réveillon de Noël de Riders of Justice met en scène des personnages que rien ne prédestinait à être ensemble, tout en bouclant le scénario sur l'air de «Little Drummer Boy», tandis que la conclusion de Men and Chicken entretient la possibilité d'une descendance, que tout le film nous a fait envisager comme monstrueuse.
C'est là l'autre singularité d'Anders Thomas Jensen: aborder le handicap frontalement sans que jamais le rire soit déplacé. En effet, la comédie est un art délicat de l'équilibre et y traiter du handicap est particulièrement casse-gueule. Or, d'un film à l'autre, le réalisateur s'attache à mettre en scène des personnages affectés par des handicaps physiques ou mentaux: obésité ou bras amoindri dans Riders of Justice, (multiples) troubles dissociatifs de l'identité dans The Last Viking, troubles psychologiques du pasteur dans Adam's Apples (Adams æbler, 2005), tics et difformités dans Men and Chicken…
Mads Mikkelsen dans The Last Viking (2026). | Samuel Goldwyn FilmsQuoi qu'il advienne, la caméra leur est systématiquement bienveillante. Aucune moquerie ici, mais un rire mêlant l'empathie et la simplicité du burlesque. Ces personnages sont d'autant plus attachants qu'ils s'intègrent et composent la communauté, d'autant plus que la société se montre souvent tolérante à leur égard. Ainsi, la famille dégénérée de Men and Chicken est acceptée par les habitants de l'île d'Ork et notamment par son maire, parce qu'elle permet de maintenir un seuil de population minimal. Dans The Last Viking, le groupe de Beatles fantaisistes donne des concerts en maison de retraite. Le pasteur d'Adam's Apples fait preuve d'une bonté aussi absurde que désarmante.
À ces destins fracassés, les films apportent une forme de réparation qui s'observe également par la profusion de sparadraps, bandages, passages à l'hôpital ou visites de médecins. Mais ce n'est pas le corps que l'on soigne avec une chirurgie réparatrice de façade: les visages du pasteur Ivan (Adam's Apples) ou de Margrethe (The Last Viking) conserveront durablement les stigmates d'un accident de la vie, devenus à leur tour différents.
Enfin, le réalisateur danois nous montre des personnages résolument complexes: les psys peuvent être malades et réciproquement. De fait, mieux vaut tenter d'entrer dans le monde de l'autre que de s'y opposer. D'une certaine manière, la «normalité» n'existe pas: tout le monde joue un rôle et les gens «normaux» sont souvent défaillants. Entre des bouchers (verts) qui commercialisent de la viande humaine et une clientèle «normale» qui se précipite pour la savourer, où se niche la monstruosité?
Les comédies d'Anders Thomas Jensen sont sombres, trash, gore parfois et le rire y est grinçant. Mais les faibles et les déclassés y tiennent les premiers rôles. C'est toute la force des derniers plans de Men and Chicken: la famille monstrueuse aura des enfants; ce qui était inenvisageable nous apparaît alors comme une évidence parce que nous avons appris à aimer ces personnages et leur différence. Notre rire est ici à la fois horrifié et attendri, stupéfait et inclusif, dessinant un discours de tolérance bien plus subtil qu'il n'y paraît.

The Last Viking
D'Anders Thomas Jensen
Avec Mads Mikkelsen, Nikolaj Lie Kaas, Sofie Gråbøl, Margrethe Søren Malling
Durée: 1h56
Sortie: 15 juillet 2026





























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