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TEMOIGNAGES. Touristes "sur le qui-vive", influenceurs en "mode Covid" et ambassades "pleinement mobilisées"... L'angoisse de ces Français coincés au Moyen-Orient

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Publié le 02/03/2026 12:31 Mis à jour le 02/03/2026 15:38

Temps de lecture : 9min

Un panache de fumée s'élève du port de Jebel Ali, après une frappe iranienne à Dubaï, le 1er mars 2026. (FADEL SENNA / AFP) Un panache de fumée s'élève du port de Jebel Ali, après une frappe iranienne à Dubaï, le 1er mars 2026. (FADEL SENNA / AFP)

Selon le ministère français des Affaires étrangères, près de 400 000 Français "sont résidents ou de passage dans la douzaine de pays de la région directement concernés par la situation".

Des vacances qu'ils n'oublieront sans doute pas de sitôt. "Près de 400 000 Français sont résidents ou de passage dans la douzaine de pays de la région directement concernés par la situation" de la guerre au Moyen-Orient, assure Jean-Noël Barrot, lundi 2 mars, selon qui "aucune victime française n'est à déplorer à ce stade". Israël a étendu ses frappes vers le Liban, au troisième jour de la guerre israélo-américaine lancée contre l'Iran.

Le ministre des Affaires étrangères assure que leur sécurité est la "priorité absolue" du gouvernement, à l'occasion d'une conférence de presse donnée après la réunion de crise au Quai d'Orsay. Précisément ce sont 373 795 ressortissants français dans les pays de la région qui sont concernés.

Dans le détail, le ministère des Affaires étrangères compte : 63 712 Français aux Émirats arabes unis, 220 953 en Israël, 38 445 à Jérusalem et en Cisjordanie, 8 404 en Arabie saoudite, 1 079 au Koweït, 1 385 au Bahreïn, 1 031 en Iran, 3 132 en Jordanie, 8 217 au Qatar, 602 en Irak, 2 426 à Oman, 24 401 au Liban et 550 en Syrie.

"L'ambassade ne nous dit pas grand-chose", témoigne de son côté Sylvain, un Français originaire des Hauts-de-France, coincé avec sa famille à Abou Dhabi, alors qu’il devait rentrer dimanche. La capitale des Émirats arabes unis est visée depuis samedi par des frappes iraniennes en représailles de l'offensive militaire américano-israélienne contre l'Iran, entraînant ainsi la suspension du trafic aérien dans la région.

Sylvain raconte que dans la nuit de samedi à dimanche, sa famille et lui ont reçu les alertes missiles sur leurs téléphones. "On a été invités à rejoindre au plus vite le sous-sol de l'hôtel", témoigne-t-il. La famille y restera une heure et demie. Depuis, les explosions se poursuivent, "la première à 8 heures ce matin", ajoute-t-il.

"On essaie de garder un semblant de vie normale", relate-t-il, en allant à la plage par exemple, située à 5 minutes de leur hôtel, mais il affirme être "sur le qui-vive". "On est à l'affût de tout : le moindre bruit, une porte qui claque, on est dans une anxiété permanente. Samedi et dimanche ont été extrêmement compliqués au niveau des explosions. On découvrait, on a cru que c’étaient des exercices à l'origine."

Des scènes de guerre largement commentées par les influenceurs français, dont Dubaï est l'un des repaires : Maeva Ghennam, Benjamin Samat, Nabilla Vergara... "Bon, ben, ça continue à péter. Mais je suis rassurée parce qu'il n'y a pas de mort et qu'ils interceptent tous les missiles. (...) On veut pas la guerre, on veut la paix. La paix !", assène ainsi Maeva Ghennam dans une de ses multiples stories sur Instagram. Elle propose ainsi à "tous les présidents" de "prendre un ring pour se battre à mort" pour "laisser les civils tranquilles". Quelques instants plus tard, l'influenceuse, condamnée à un an de prison avec sursis et 150 000 euros d'amende pour pratique commerciale trompeuse en octobre 2025, faisait la promotion d'un produit de beauté sur ce même réseau.

Toujours sur Instagram, c'est Vincent Moscato, ex-rugbyman et animateur sur la radio RMC, qui a tenu à rassurer ces auditeurs... avec une bonne dose d'humour : "En ce moment, ce n’est pas la fête au village. C’est notre première fois à Dubaï et ça explose de partout. Je tiens à vous rassurer : tout va bien. Ce n’est pas non plus le D-Day, le débarquement, ou le bombardement de Caen. Il y a eu quelques bombes qui sont tombées. Dubaï n’est pas du tout en feu, il y a eu des blessés, c’est bien triste, et pour l’instant, nous, ça va."

Certains, comme, Hichem Khezam, alias renovkfr, qui se présente comme un artisan français installé dans les Emirats, dénoncent les dérives et le business de la peur. "On m'a envoyé un message WhatsApp avec le prix d'un siège pour quitter Dubaï par l'aéroport le plus proche", écrit-il sur Instagram, glissant revivre une "ambiance Covid", avec des rues désertes.

Capture d'écran du compte Instagram de renovkfr, qui dénonce les prix pour quitter Dubaï. (CAPTURE D'ECRAN INSTAGRAM) Capture d'écran du compte Instagram de renovkfr, qui dénonce les prix pour quitter Dubaï. (CAPTURE D'ECRAN INSTAGRAM)

Capture d'écran à l'appui, ce spécialiste de la rénovation et du bâtiment originaire du nord de la France, dévoile la proposition d'une personne pour quitter l'émirat au plus vite : "Option 1, vol disponible immédiatement entre Mascate et Istanbul. Tarif : 30 000 euros par siège." Et l'influenceur d'en plaisanter : "A ce prix-là, t'es même pas sûr d'être en première classe. Money is money".

Sylvain dit regretter le manque d'informations et de directives des autorités françaises sur place, qui se limitent, selon lui, aux messages de recommandations de l'ambassade française. "Elle nous dit d'appliquer à la lettre les consignes qui sont demandées par les autorités locales, qui consistent juste à rester à l'abri, à s'éloigner des vitres", explique-t-il. Il déplore "énormément d'informations contradictoires" sur place, "notamment au niveau de l'aéroport d'Abou Dhabi. On nous dit parfois qu'il est partiellement ouvert, parfois on nous dit que l'espace aérien est complètement fermé."

"Ce qui est étonnant, c'est que lorsqu'on regardait jusqu'à hier sur les sites des compagnies aériennes, les vols étaient prévus et les voyageurs recevaient une ou deux heures avant une annulation."

Concernant les modalités pratiques sur place, il affirme que "les Émirats arabes unis, et notamment le département d'Abou Dhabi, prennent en charge tous les frais des voyageurs, notamment l'hébergement, la nourriture." Pour l'instant et pendant trois jours, c'est le tour-opérateur qui s'occupe des frais. "À l’issue des trois jours c'est le ministère du Tourisme qui prend le relais", assure Sylvain. Malgré cela, il espère pouvoir rentrer au plus vite en France avec sa famille.

Pour les résidents permanents, c'est aussi une expérience inédite : dans la famille Loisel, il y a désormais ceux qui dorment dans leur chambre et ceux qui ont installé les matelas dans l'entrée, loin des fenêtres. Cette famille française est installée depuis cinq ans aux Émirats arabes unis. "On ne s'attend pas à vivre ça dans une vie, donc c'est assez déstabilisant, mais ça se fait quand même dans un calme qu'on essaie de garder au maximum pour les enfants", confie la mère, enseignante.

Il a aussi fallu rassurer la plus jeune : "J'étais chez ma copine... Mon frère est venu me chercher et après j'ai pleuré", glisse la petite fille. Pour les plus grands, il faut aussi démêler le vrai du faux sur les réseaux sociaux : "On a déjà eu à côté, au Qatar comme au Koweït, des explosions, mais jamais aux Émirats. Ça fait quand même quelque chose de bizarre d'être, cette fois, au cœur de l'action. Il y a de l'impuissance... Notre destin est aux mains de la chance", témoigne le jeune homme, quand sa sœur confie qu'elle "n'aurai[t] jamais cru que ça pourrait se passer dans ce pays, puisque ce pays est quand même très sécurisé".

Le père de famille, dans le milieu pétrolier, lui, assure ne pas voir pas changé ses habitudes. Il est sorti faire des courses et se veut résolument optimiste. "Non, je ne suis pas très angoissé parce que d'abord, je pense et j'espère que ça ne va pas durer longtemps. Et puis, je suis aussi rassuré honnêtement par l'efficacité du système antimissile". Les trois prochains jours, tous les écoliers et étudiants auront cours en distanciel dans tout le pays.

Pour sa part, le ministère des Affaires étrangères assure que "15 postes diplomatiques, ambassades et consulats, sont pleinement mobilisés pour assurer la sécurité des ressortissants français et leur porter assistance le cas échéant". Il indique qu'une "cellule téléphonique d'urgence joignable 24h/24, 7j/7" a été mise en place et que "5 000 appels" ont déjà été "reçus et traités à Paris ou dans nos postes".

"Notre dispositif est déjà organisé localement pour faciliter les sorties par voie terrestre lorsque c'est possible, ce qui n'est pas le cas dans tous les pays concernés", a indiqué Jean-Noël Barrot. Il enjoint les Français concernés à "consulter régulièrement le site diplomatie.gouv.fr, les consignes y sont mises à jour quotidiennement" et incite les "Français de passage à s'inscrire sur le site Fil d'Ariane."

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