Série : La force du soutien [2/3] - Pour les personnes LGBTQIA+, le soutien de la famille peut jouer un rôle essentiel dans le parcours et le bien-être. À l’occasion du mois des fiertés, nous mettons en lumière ces parents fiers de leurs enfants et ces enfants qui racontent l’importance d’avoir été compris et accompagnés. Juliette raconte comment elle a accompagné et soutenu ses enfants lorsqu’ils lui ont annoncé leur homosexualité.

Audrey Vermorel - Aujourd'hui à 07:00 - Temps de lecture :

Juliette a toujours tenu à montrer son soutien à ses enfants. Photo d'illustration Sipa/Sopa Images Juliette a toujours tenu à montrer son soutien à ses enfants. Photo d'illustration Sipa/Sopa Images

Les choix de ses enfants, Juliette n’en a toujours eu que faire : sa priorité a toujours été de les accompagner. À 62 ans, cette Ardéchoise et maman de quatre enfants - aujourd’hui adultes - a toujours tenu à leur offrir un environnement dans lequel ils pouvaient se sentir libres. Alors, quand elle a observé son fils, César, grandir en ayant des codes plus féminins que les autres garçons de son âge, elle ne s’est pas inquiétée. « J’ai compris très vite qu’il aimerait les garçons. Il avait, petit, des attitudes très efféminées, beaucoup de copines, il n’aimait pas le foot... », décrit-elle. Loin des codes qui, à l’époque, étaient associés au « masculin ».

Juliette est « très ouverte » sur les sujets d’orientation sexuelle. Elle remarque les mêmes comportements chez son neveu. Alors, une année, elle profite d’un repas de famille pour aborder le sujet et leur tendre une perche. « C’était pendant un repas de Noël. À table, je finis par lâcher : “Ce n’est pas possible ces enfants qui ne peuvent pas dire à leurs parents qu’ils sont homosexuels. C’est invraisemblable.” Je savais que je leur faisais un appel du pied de cette façon. » Sa manière à elle de faire passer un message de tolérance.

Elle n’est donc pas surprise lorsque, quelques années plus tard, son fils César annonce à sa famille qu’il aime les hommes : « Il avait la vingtaine et vivait avec sa sœur aînée à Paris, à qui il s’était déjà confié. Il a profité d’un week-end parisien en famille pour nous le dire un matin, avant de partir. Il nous a simplement dit, un peu entre la poire et le fromage : “Au fait, je voulais vous dire, je suis homosexuel.. Son père lui a alors répondu : “Si tu es heureux, c’est le principal.” Pour moi, ce n’était même pas un sujet », déroule-t-elle. Qu’importe les choix de ses enfants, rien ne change pour elle. « Rien n’a changé, mon fils se sent libre de me raconter ses histoires », poursuit Juliette. « Il m’a dit un jour qu’il aurait été déçu de voir de la tristesse dans notre réaction, mais ça n’a pas été le cas, il n’y a jamais eu de tabou. »

« Leur vie leur appartient »

Quelques années plus tard, c’est sa fille aînée Axelle, la trentaine, qui s’est confiée sur son orientation sexuelle. De nature plutôt discrète et réservée, « elle ne nous avait jamais présenté quelqu’un, même si elle nous avait déjà parlé d’histoires d’amour avec des hommes », raconte la maman. Mais lors d’un enterrement de vie de jeune fille de sa cousine, elle fait la connaissance d’une femme qui va chambouler sa vie. « Quinze jours plus tard, lors du mariage, elle me la présente. Je remarque à ce moment une complicité entre les deux. Quelques jours après, elle m’appelle pour m’annoncer qu’elles sont en couple. Je me rappelle lui avoir dit : “J’en étais sûr ma chérie”, dit-elle en souriant. C’était très naturel, nous l’avons très bien vécu. »

Les deux femmes se sont ensuite mariées et ont donné naissance à un petit garçon après un parcours de grossesse en PMA (procréation médicalement assistée). Des étapes de vie importantes dans lesquelles Juliette a toujours été présente : « Nous sommes là pour les accompagner, les aimer et les aider quels que soient nos opinions et leurs choix, pour chacun de nos enfants. Leur sexualité ne fait pas d’eux des personnes différentes », plaide-t-elle. Elle devient aussi l’oreille attentive de sa belle-fille, pour qui la situation a été plus compliquée dans sa famille.

Des choix qui ont été plutôt bien accueillis par leur entourage, même s’ils n’ont pas échappé à quelques réflexions. « On m’a dit déjà “ma pauvre” ou “je n’aimerais pas que ce soit moi”. » Des invectives que Juliette balaye vite. « Je ne comprends pas qu’on puisse rejeter ses enfants. Je ne fais aucune différence entre mes quatre enfants et je les aimerai toujours, quelles que soient leur sexualité et leurs choix de vie. Et même si nous ne sommes pas toujours d’accord avec leurs choix, on doit être là pour les accompagner du mieux qu’on peut et les soutenir. Leur vie leur appartient », affirme l’Ardéchoise. Elle sait que l’écoute et l’ouverture d’esprit dont elle fait preuve offrent un environnement serein à ses enfants : « On continue de les aimer tels qu’ils sont. »

Articles les plus lusMagazine Lifestyle