Série : Seul(e), mais papa ou maman avant tout [3/3] - Ils ont fait le choix d’avoir un enfant par PMA ou GPA. Des parcours intimes, souvent complexes, qui bousculent les modèles traditionnels et racontent une autre façon de fonder une famille. Ces mères et ces pères solos nous racontent leur histoire. Aujourd’hui, celle de Mathieu, qui revient sur son désir de devenir père en solo et son combat pour accéder à son rêve.

Audrey Vermorel - Hier à 07:30 | mis à jour hier à 16:07 - Temps de lecture :

Ezio, le fils de Mathieu, va bientôt fêter ses deux ans. Photo DR Ezio, le fils de Mathieu, va bientôt fêter ses deux ans. Photo DR

Mathieu affiche quotidiennement son bonheur auprès de son fils Ezio, sur ses réseaux sociaux. Cette image, il pensait ne jamais pouvoir la vivre un jour. Il a pourtant eu très tôt le désir de devenir papa. Mais Mathieu a dû renoncer à son rêve : il souffre de la maladie de Cadasil, qui touche le cerveau, provoque des infarctus et réduit l’espérance de vie. Incurable, elle entraîne une dégénérescence du cerveau et la mort. Mais sa rencontre avec Alexandre, avec qui il va partager une relation fusionnelle et se marier, va finalement le faire changer d’avis.

Cette histoire d’amour vous dit peut-être quelque chose ? Mathieu a participé à “L'Amour est dans le pré”, saison 15, émission grâce à laquelle il a rencontré son mari. « Faire un enfant à deux, avec Alex, ça change tout : il sera le nôtre, il pourra s’en occuper s’il m’arrive quelque chose et je n’aurai plus à m’inquiéter de la maladie », confie l’ancien agriculteur. Le couple se tourne alors vers une procédure de Gestation pour autrui (GPA) - interdite en France - en Ukraine, car à l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’options, mis à part les États-Unis ou le Canada, mais beaucoup plus onéreuses. Le côté mercantile du projet fait souffrir Mathieu. L’invasion de la Russie en Ukraine, le 24 février 2022, va y mettre un coup d’arrêt définitif.

Plus tard, lors d’une conférence sur l’homoparentalité, Mathieu rencontre Arnaud, qui a entamé une procédure de GPA en Colombie. Les tarifs sont légèrement plus élevés - il déboursera 65 000 euros - mais la démarche est plus éthique et responsable, la mère porteuse est au centre du dispositif. C’est une révélation pour lui, qui se lance à nouveau dans les démarches. Tout semble en route, mais un nouveau séisme va bouleverser les projets du couple : Alexandre disparaît tout d’un coup de la vie de Mathieu. Une rupture très douloureuse, mais un matin, il a le déclic : il va poursuivre cette aventure vers la paternité en solo. Il se sent plus prêt que jamais. Quant à la maladie, il est pour l’instant en bonne santé. « Et même si mon enfant perd son père à 20 ans, il sera tout de même heureux d’être en vie », souffle-t-il.

Trouver son rythme à deux

Très rapidement, Mathieu embarque dans un avion, direction la Colombie. La GPA sera un long parcours, avec, « à chaque étape, des embûches possibles », comme le précise-t-il. D’autant que Mathieu n’a qu’une crainte : transmettre sa maladie génétique à son futur enfant. Pour cela, il doit effectuer des tests supplémentaires et de nombreuses procédures pour espérer obtenir un embryon qui n’est pas porteur de la maladie. Après une longue attente, les nouvelles sont bonnes : parmi les 13 embryons, l’un obtient la note maximale de viabilité et n’est pas porteur de maladie. La procédure peut donc continuer.

Quelques semaines plus tard, il rencontre virtuellement la mère porteuse de son enfant, ou la « porteuse de vie », terme qu’il préfère employer. C’est un véritable coup de cœur avec Ame, celle qui va lui offrir le plus beau cadeau. Neuf mois plus tard et quelques frayeurs de grossesse qu’il a suivi à distance, il est à ses côtés dans la salle d’accouchement pour accueillir Ezio. Le 28 mai 2024, il peut enfin tenir son fils dans ses bras. Il va garder un lien très fort avec Ame, encore aujourd’hui.

Les trois premières semaines à Bogota sont difficiles pour le tout nouveau papa, malgré le bonheur d’être avec son fils. « C’est vrai que de se retrouver à plus de 8 500 kilomètres dans un pays qui n’est pas le vôtre, avec un enfant qui se réveille nuit et jour toutes les 45 minutes, on se demande si on va s’en sortir. Et puis finalement, on y arrive ! On change de technique, on trouve son rythme. Je suis très fier d’y être arrivé tout seul », clame-t-il.

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« C’est une grande liberté »

Depuis son retour en France, l’ancien agriculteur continue d’élever son fils la plupart du temps seul, puisqu’il travaille majoritairement depuis son domicile. Dans cette paternité solo, il voit surtout des avantages : « Vous ne vous engueulez pas pour le prénom, pour l’éducation, on ne cumule pas le stress de l’autre avec le nôtre. Je fais ce que je veux avec mon fils, c’est une grande liberté », assure-t-il. La solitude n’a jamais été un frein pour lui dans ce projet, même s’il reconnaît que durant la fin de grossesse d’Ame, il a connu « de véritables montagnes russes » et que le vivre seul « n’a pas été évident ». Ce choix a totalement bouleversé sa vie et il se sent aujourd’hui comblé.

« Un enfant a surtout besoin d’un père présent, d’un lien d’attachement à quelque chose de fixe », affirme-t-il. Au-delà du parcours de GPA et des difficultés que Mathieu a dû surmonter, il a aussi dû faire face au regard des autres. Il a fait le choix de médiatiser son parcours sur les réseaux sociaux avec l’espoir de faire évoluer les mentalités. Une exposition qui lui vaut également un flot de critiques et d’insultes. « C’est hallucinant ce qu’on peut m‘écrire comme méchancetés. On me traite d’égoïste, de papa incapable, que j’exploite mon enfant, que je suis pédophile… ». Peu importe, il a transformé cette aventure en un combat pour une GPA plus responsable et guide même de futurs papas, seul ou à deux.

Mon combat pour devenir père, de Mathieu Ceschin, aux éditions Leduc, 7,90 euros.

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