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Un ancien professeur d’EPS a été trompé par des filtres donnant à son interlocuteur l’allure et la voix d’une jeune fille. Les avances qu’il a faites à l’adolescente fictive ont été diffusées en direct. Le sexagénaire, déjà condamné pour détention d’images pédocriminelles, est actuellement en garde à vue.
«On peut faire les deux … Le match de foot et puis … S’embrasser.» Installé dans un fauteuil en cuir noir, un moustachu à lunettes au crâne dégarni discute par écran interposé avec une adolescente. Enfin, ce qu’il pense être une adolescente. Car derrière le visage enfantin de la jeune fille se cache en réalité un «chasseur de pédocriminels» qui diffuse en direct sur Twitch leur échange, lundi 11 mai dans la soirée, sous le regard ahuri de 40.000 personnes. Dans les commentaires, les témoins de cette scène s’indignent des avances faites par l’homme visiblement d’âge mûr à la mineure fictive.
Partagés massivement sur les réseaux sociaux, les extraits vidéos ont attiré l’attention des autorités et une enquête a été ouverte, confiée à la division de la criminalité territoriale de Vesoul. L’homme a pu être identifié : il s’agit d’un ancien professeur d’EPS et ex-directeur du sport scolaire (UNSS) de Haute-Saône. Âgé de 66 ans, il a été interpellé dès le lendemain et est actuellement en garde à vue, selon plusieurs médias. Contacté, le procureur de la République de Vesoul, Arnaud Grécourt, ne nous a pas encore répondu.
«Ça te plairait ou pas ?»
Lundi soir, le liveur (personne qui anime des directs sur les réseaux sociaux) surnommé Finnyzyy, âgé de 21 ans, apparaît à l’écran avec le visage et la voix d’une petite brune de 13-14 ans grâce à des filtres générés par intelligence artificielle. Le moustachu n’y voit vraisemblablement que du feu et tente d’en savoir plus sur cette «jolie jeune fille» qu’il prend «plaisir» à regarder, lui dit-il. «Tu aimes les garçons ou les filles ou les deux ? (…) Tu as un petit copain ? Tu en as déjà eu un ?», lui demande-t-il. Adoptant le langage des adolescents et leurs hésitations, Finnyzyzy lui répond n’être jamais sorti avec un garçon. «Donc pour l’instant, t’as jamais embrassé un garçon ? Ça ne te fait pas envie ?», embraie le retraité qui s’empresse de demander à sa jeune interlocutrice si elle a déjà envoyé des photos d’elle à des copains par Snapchat. Il s’intéresse particulièrement à des photos d’elle nue, «des nudes comme vous dites les jeunes».
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Puis il commente le maillot de foot qu’elle porte et qui est visible à l’écran. L’ancien professeur de sport lui propose alors une rencontre, au cours de laquelle il pourrait l’emmener au Parc des Princes pour voir un match.
– «Si tu dis que tu vas avec une pote et qu’en fait tu es avec moi, ça te poserait un problème ?
– Tu veux que je mente à mes parents ?
– Bah oui (…) Tu penses que c’est envisageable ? Ça te plairait ou pas ? (…) Tu te doutes que si je vais avec toi au Parc des Princes, quand on sera que tous les deux, on pourra être tranquilles …, lâche le sexagénaire dans une phrase lourde de sous-entendus.
– C’est-à-dire ?, répond d’un ton faussement naïf le chasseur de pédocriminels.
– Tranquilles tous les deux, on trouvera bien un petit moment. Ça te plairait ou pas ? (…) On peut faire les deux … Le match de foot et puis … S’embrasser.»
Pédocriminel récidiviste
Cet homme, qui est actuellement interrogé sur ses propos dans le cadre d’une garde à vue, n’en est pas à son coup d’essai. Il avait déjà fait parler de lui dans la presse en 2020 lorsque huit lycéennes avaient révélé avoir reçu des messages et photos à caractère sexuels via texto ou Instagram de sa part. Il était alors directeur départemental de l’Union Nationale du Sport Scolaire en Haute-Saône et avait été suspendu. L’enquête pénale avait également permis de découvrir dans son matériel informatique des images de nature pédocriminelle. Il avait été placé en détention provisoire pendant six mois avant d’être libéré et finalement jugé le 9 janvier 2025.
France Bleu Bourgogne-Franche-Comté avait assisté à l’audience : le sexagénaire avait été condamné à 18 mois de prison assortis d’un sursis probatoire pour détention et transmission d’images à caractères pornographiques de mineurs, il avait en revanche été relaxé sur les faits de tentative de corruption de mineurs.
Jusqu’en 2020, le sexagénaire était également administrateur du CDOS de Haute-Saône, une représentation locale du Comité National Olympique et Sportif (CNOSF). Mardi, alors que cette nouvelle affaire se répandait sur les réseaux sociaux, le CNOSF a exprimé son «effroi» sur X. «Si les faits nouvellement rapportés devaient être confirmés, ils seraient d’une gravité absolue. Le CNOSF rappelle sa position de tolérance zéro face à tout comportement pouvant relever de violences sexuelles sur mineurs, d’atteintes à leur intégrité ou de comportements prédateurs.»


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