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Comment arrêter un train lancé à pleine vitesse vers Los Angeles ? Dans l’univers de Stop! That! Train!, la question importe finalement moins que le plaisir de multiplier les détours absurdes avant la collision.
Réalisé par Adam Shankman, ce film catastrophe queer met en vedette RuPaul aux côtés d’une impressionnante cohorte de vedettes issue de l’univers de RuPaul’s Drag Race : Ginger Minj, Jujubee, Brooke Lynn Hytes, Symone, Monét X Change et plusieurs autres. S’y ajoutent des apparitions de Sarah Michelle Gellar, de Nicole Richie, de Jesse Tyler Ferguson et de Joel McHale. Rarement aura-t-on vu une distribution aussi ouvertement queer occuper l’avant-scène d’une production hollywoodienne grand public.
Deux agentes de bord ferroviaires troquent leur quotidien morose pour le « Glamazonian Express », un train luxueux présenté comme une utopie scintillante où chacun peut enfin devenir la meilleure version de lui-même. Mais lorsqu’une catastrophe météorologique menace de faire dérailler le convoi, passagers et membres d’équipage devront s’unir pour éviter le pire.
Une esthétique du faux assumée
Dès la scène d’ouverture, Shankman annonce ses couleurs. Le film emprunte aux comédies catastrophes, aux films hollywoodiens des années 1950, aux mélodrames ferroviaires, aux cartoons et aux grandes farces à la Airplane!. Les décors semblent volontairement artificiels. Les costumes éclatent de rose, de paillettes et de tissus brillants. Les personnages évoluent dans un univers qui ressemble moins au monde réel qu’à une maison de poupée géante.
Cette artificialité constitue à la fois la principale qualité et la principale limite du film. Tout est caricatural : les jeux de pouvoir, les dynamiques de séduction, les conflits politiques. RuPaul campe ainsi une présidente des États-Unis tyrannique, narcissique et délicieusement ridicule. Ici, personne ne cherche le réalisme. Ni la vraisemblance.
Lorsque le film fonctionne, cette logique parodique produit quelques éclairs comiques franchement réussis. Certains personnages deviennent des caricatures ambulantes des travers contemporains : la riche privilégiée incapable de regarder au-delà de son nombril (reconstruit), les hommes incompétents obsédés par le sexe, les figures d’autorité grotesques. Le film révèle parfois, avec une certaine férocité, le pire de l’être humain.
Camp jusqu’à l’épuisement
Le problème est que cette stratégie finit par tourner à vide. À force d’accumuler les gags salaces, les clins d’œil à la culture drag et les performances volontairement cabotines, le récit perd rapidement de sa propulsion dramatique. On rit à quelques reprises, mais on peine à s’attacher aux personnages ou à s’inquiéter réellement de leur sort. L’humour, très niché, repose largement sur les codes de la culture queer contemporaine et de l’univers Drag Race. Les adeptes y trouveront sans doute un terrain de jeu réjouissant. Les autres risquent de rester à quai.
Enfin, il faut souligner que le film s’est récemment retrouvé au cœur d’une controverse entourant l’usage présumé de l’intelligence artificielle (IA) dans les effets visuels. Certains spectateurs ont jugé les trucages si artificiels qu’ils les ont crus générés par IA. Le réalisateur a catégoriquement nié ces accusations, affirmant qu’« aucun plan du film n’avait été conçu par intelligence artificielle ». Quoi qu’il en soit, on est forcé d’admettre que plusieurs effets visuels sont assez pauvres ; de fait, on peine à distinguer l’esthétique volontairement artificielle du film d’une maladresse…
Objet profondément camp, Stop! That! Train! possède l’audace de son excentricité et la singularité de sa distribution. On peut saluer cette visibilité rare accordée à des artistes drag et queer. Mais derrière son apparat étincelant, ce train spectaculaire transporte finalement peu de choses.


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