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Sous une colline de l’Est dort un fort entier de la ligne Maginot resté intact depuis des décennies, et son matériel est encore en place

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Sous une colline boisée de Moselle, à deux pas de la frontière allemande, dix kilomètres de galeries s’étendent dans le noir. Les canons sont encore en batterie. Le petit train à écartement étroit dort sur ses rails. La cuisine sent la rouille, pas l’abandon total. Le Hackenberg, plus grand ouvrage de la ligne Maginot, n’a pas vraiment disparu : il attend, coincé entre la mémoire et l’oubli.

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À retenir

  • 10 kilomètres de galeries souterraines restent intacts sous une forêt lorraine depuis 1935
  • Une tourelle de 75 mm pesant 265 tonnes peut toujours pivoter, huit décennies après sa construction
  • Des centaines de forts similaires dorment encore, anonymes et oubliés, à travers l’Est de la France

Sommaire

  1. Une ville sous la colline
  2. Invaincus, mais abandonnés
  3. Ce que renferme encore le Hackenberg
  4. Des forts qui dorment encore, anonymes

Une ville sous la colline

Creusé dans la colline de Veckring, en Moselle, l’ouvrage du Hackenberg est le plus vaste fort de la ligne Maginot. Entre 1929 et 1936, les ingénieurs français y bâtissent dix kilomètres de galeries, dix-neuf blocs de combat, une centrale électrique et une voie ferrée souterraine. Pour avoir un ordre de grandeur : c’est à peu près la superficie d’une ville comme Neuilly-sur-Seine, mais entièrement sous terre, creusée à la pelleteuse et au marteau-piqueur.

Les plus grands ouvrages de la ligne abritaient jusqu’à 1 000 hommes, avec leurs propres générateurs électriques, cuisines, infirmeries, trains internes à écartement étroit. Des villes entières sous terre, construites pour durer des siècles. Au Hackenberg spécifiquement, plus de 1 000 hommes y cohabitaient, coupés du monde extérieur, dans un labyrinthe ponctué de dortoirs, de réfectoires, d’ateliers et de postes de commandement. Dans les galeries, le train à munitions circulait sans relâche, guidé par des lampes bleues. L’air saturé d’huile chaude, la vibration des ventilateurs anti-gaz, la condensation sur les murs rappelaient à chacun la présence du danger. Tout y était pensé pour tenir un siège de plusieurs mois : des réservoirs d’eau, une boulangerie, une infirmerie et même des latrines autonomes.

Environ 1 800 ouvriers travaillèrent avec des moyens relativement rudimentaires pendant six années pour construire les 19 blocs de combat et percer approximativement 10 kilomètres de galeries. Ces galeries, précise la documentation du site, sont aménagées au minimum à 30 mètres de profondeur pour les protéger des bombardements. Le béton armé, les tourelles motorisées, les systèmes de filtration d’air antigazs : c’était l’état de l’art militaire de 1935. Le Fort Knox français, enterré sous une forêt lorraine.

Invaincus, mais abandonnés

Juin 1940. La Wehrmacht contourne la ligne par les Ardennes, jugées impénétrables. La Maginot, invaincue militairement, perd sa raison d’être stratégique du jour au lendemain. C’est le paradoxe absolu de cette ligne : jamais percée, jamais prise d’assaut, mais rendue inutile par une manœuvre d’évitement. Les soldats du Hackenberg ont tenu leurs positions, les canons chargés, pendant que la France s’effondrait ailleurs.

Si la ligne Maginot avait été à la pointe de la technique militaire en 1939-1940, elle est totalement dépassée face aux nouveaux matériels d’artillerie, à l’heure de la guerre froide et de la bombe atomique. Au cours des années 1960, la ligne Maginot est peu à peu délaissée par l’armée. De très nombreux ouvrages sont purement et simplement abandonnés et tombent en ruine dans l’oubli.

Le sort des ouvrages abandonnés est brutal. La majorité des casemates et des blocs ont leurs cuirassements démantelés et envoyés à la ferraille, ils sont généralement vandalisés et pillés, notamment les câbles en cuivre, d’où le remblayage de certaines entrées. Certains ouvrages connaissent un destin encore plus étrange : certains restent encore occupés par l’armée, notamment l’ouvrage du Hochwald en Alsace qui abrite aujourd’hui une des plus importantes bases radar en Europe. Un fort de la Seconde Guerre mondiale transformé en sentinelle numérique du XXIe siècle, sans que personne ne juge utile de couper le contrat d’électricité au passage.

Ce que renferme encore le Hackenberg

Le Hackenberg a évité le pire. Construit entre 1929 et 1935, il a été épargné par les combats de juin 1940, avant d’être réutilisé par les Allemands et de servir lors des combats de novembre 1944 contre les troupes américaines. Réparé au début de la guerre froide, c’est désormais un musée. L’association AMIFORT, une poignée de bénévoles obstinés, en a pris possession en 1975 et a entrepris de le remettre en état. Résultat, inattendu : une grande partie des installations originales a survécu.

Dans un univers souterrain, les installations d’époque sont présentées en état de marche, du magasin à munitions à la centrale électrique, en passant par la caserne avec ses cuisines et son infirmerie reconstituées à l’identique. Une sortie sur les dessus de l’ouvrage permet d’observer une tourelle en fonctionnement. Cette tourelle de 75 mm qui pivote encore, huit décennies après avoir été conçue pour repousser une Wehrmacht qui ne viendra jamais de ce côté-là.

La visite, guidée, se fait en partie à travers 10 km de galeries souterraines, à bord du métro du Hackenberg, ce train d’époque qui transporte d’un bloc de combat à un autre. La puissance de tir était d’une tonne d’obus à la minute dans un rayon de plus de douze kilomètres. L’imposante tourelle de 75 est un équipement incontournable de l’ouvrage. Avec ses 265 tonnes, c’est le plus gros modèle de tourelle de la ligne Maginot. On mesure mal, depuis la surface, ce que représente une telle masse de métal vissée sous la colline.

Des forts qui dorment encore, anonymes

Le Hackenberg est le cas médiatisé, le survivant qui s’en est sorti grâce à des passionnés. Mais il est loin d’être seul. En Moselle, en Alsace, en Lorraine, les blockhaus parsèment encore les forêts de l’est de la France. Certains ont été restaurés. D’autres restent murés, leurs galeries noyées sous des décennies d’infiltrations, leur matériel rouillé sur place.

En Alsace, l’ouvrage du Simserhof offre un autre exemple saisissant. À 25 mètres sous terre, les installations ultra-modernes du fort gardien du plateau de Rohrbach restent à découvrir. Chambrées, cuisines, infirmerie, usine électrique, ateliers ou magasins à munitions présents dans les vastes galeries y sont encore absolument intacts. Le Four-à-Chaux de Lembach, en Alsace du Nord, est dans le même cas : la plupart des installations d’origine sont toujours en place.

Plus de 15 000 constructions militaires parsèment encore les frontières françaises. Contrairement à une idée reçue tenace, la majorité des constructions de la ligne Maginot ne sont plus propriété de l’armée française. Certains ont été acquis par des associations d’amateurs qui les ont restaurés et les ont ouverts au public. D’autres changent de mains comme de simples biens immobiliers, achetés par des particuliers qui découvrent, en ouvrant la porte de rouille, que la salle des machines est encore là. Personne n’a jugé utile d’emporter les canons.

Sources : en.bonjour.alsace | wikimaginot.eu

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