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Pour avoir proféré de sérieuses menaces de mort dans le commissariat d’Elbeuf, un homme était jugé le vendredi 7 août 2026 devant le tribunal de Rouen.
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Par Aurélien Delavaud Publié le 10 août 2026 à 21h39
Une vraie menace pour la société ou un moyen d’appeler à l’aide ? C’est la question qu’a dû trancher le tribunal de Rouen, le vendredi 7 août 2026, en jugeant un sans domicile fixe au casier déjà bien chargé. Cette fois, Didier* était jugé pour de nouvelles menaces de mort proférées à Elbeuf (Seine-Maritime), contre une association sur qui il comptait pour retrouver un logement. Hors de lui, l’homme s’était même rendu de lui-même au commissariat de la ville en assurant qu’il allait « tuer quelqu’un si on le laissait sortir ».
Un conflit pour un logement
Les faits remontent au vendredi 12 juin 2026. Sorti de prison depuis quelques mois, Didier est à la rue. Arrivé dans le secteur d’Elbeuf, il est en discussion avec une association locale pour récupérer un logement. Mais, selon lui, cette dernière a bloqué son dossier sans raison.
Ce jour-là, Didier envoie donc à l’association des messages menaçants. Dans la foulée, en fin d’après-midi, il va au commissariat d’Elbeuf, où il confie ses intentions. Placé en garde à vue, il dit à un policier qu’il aurait mis ses menaces à exécution : « Si je sors, je tue n’importe qui au hasard. »
Dans le box des accusés, l’homme de 52 ans, grand et qui arbore une longue barbe, s’exprime calmement. Placé en détention provisoire depuis les faits, il reconnaît ce qui lui est reproché.
« J’ai cette hantise de me retrouver dehors »
« J’ai cette hantise de me retrouver dehors, j’ai trouvé ce seul moyen pour avoir un toit sur la tête et avoir un suivi. Je savais que j’avais besoin de soins », tente-t-il de se justifier. Pourquoi compter sur la prison pour obtenir ces soins, comme s’interroge la présidente du tribunal ?
Je l’ai fait à plusieurs reprises. Ils me faisaient comprendre qu’ils ne pouvaient rien faire pour moi. Je veux qu’on m’aide à faire un travail sur moi-même.
Alors, pourquoi s’est-il emporté à ce point, ce jour-là ? « Ça faisait plusieurs jours que le 115 ne répondait pas. L’association avait bloqué mon dossier depuis avril après m’avoir fait croire que j’aurai un logement. En plus, ils refusaient de le transférer à une autre asso », explique Didier.
La prison plutôt que la rue
Si le tribunal s’attarde sur son cas, c’est aussi parce que l’individu n’en est pas à son coup d’essai. Son casier judiciaire fait déjà état de six condamnations, dont deux pour des faits similaires de menaces de mort. En tout, il a déjà un peu plus de 5 ans derrière les barreaux.
Mais ce qui inquiète le plus le procureur, c’est « l’existence d’un risque de récidive réel ». Pour cela, il s’appuie sur une étude psychiatrique qui décrit Didier comme ayant « des tendances à la paranoïa » et avec « un mode de fonctionnement dépendant à l’institution carcérale ». En conséquence, il réclame une peine de 24 mois de prison ferme, dont six mois de sursis, et un maintien en détention.
Pour la défense, il ne faut pas dissocier l’homme du « contexte de misère sociale ». «
Pour lui, le seul moyen de ne pas dormir dans la rue et d’être pris en charge, c’est d’envoyer un message de menace et d’aller lui-même au commissariat. Quand on connaît les conditions d’incarcération à la prison de Rouen, il faut être dans une profonde détresse pour demander à rester en détention plutôt que de vouloir rester dehors. Il utilise la prison pour ne pas être à la rue.
Finalement, le tribunal le reconnaît coupable et le condamne à une peine de 10 mois d’emprisonnement, dont cinq de sursis probatoire, et à une obligation de suivre des soins et de travailler. S’il le souhaite, il a 10 jours pour faire appel de cette décision.
*Le prénom a été modifié
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