Certaines professions font indéniablement rêver la fiction: détective, journaliste, avocat, écrivain, espion… D’autres, un peu moins. Comme inspectrice des impôts, par exemple. C’est pourtant le métier de Sara, héroïne de Celeste, série espagnole disponible à la fois sur Play RTS et Arte. Et qui réussit un sacré pari: rendre la fiscalité palpitante.
Ce n’est pourtant pas le terme qui caractériserait le mieux Sara (Carmen Machi), veuve au quotidien gris et au visage fermé qui s’apprête à quitter son travail d’inspectrice du Trésor pour prendre sa retraite. Sauf qu’un ancien collègue lui propose une dernière inspection, pour «sortir par la grande porte»: prouver que Celeste, superstar mexicaine, a passé plus de la moitié de l’année en Espagne, où vit son petit ami. Et qu’elle doit ainsi payer des impôts à son pays d’accueil – quelque 20 millions d’euros.
De quoi titiller cette sexagénaire passionnée de mathématiques financières, qui se lance dans une délicate enquête: retracer les allées et venues de la chanteuse durant les douze derniers mois. Pour ça, elle va éplucher les magazines, approcher un paparazzi et même un fan transi – dégainant sa carte d’inspectrice pour soutirer des informations à la manière d’un inspecteur de police.
Renverser le genre
Car c’est un thriller qu’a voulu fabriquer le scénariste Diego San José Castellano, thriller dont le personnage principal n’aurait ni vie tumultueuse, ni addiction à la bouteille, mais un job de bureau ennuyeux. Celeste prouve qu’une écriture fine et malicieuse permet de renverser le genre, de flouer les algorithmes et de créer une série follement originale, qui puise l’émotion dans l’ordinaire.
On pense évidemment aux cas réels d’évasion fiscale qui ont secoué l’Espagne, dont celui d’une vraie pop star, Shakira. Mais Celeste ne raconte pas l’histoire schématique d’une super-héroïne de la fraude, digne représentante du contribuable, contre l’impunité des vedettes – d’autant que Sara emploie des méthodes pas toujours très honnêtes. La série dessine plutôt un portrait croisé de ces deux femmes qu’a priori tout oppose: la rigueur et la solitude d’un côté, la jeunesse et la flamboyance de l’autre. Mais au fur et à mesure, on sent que l’aigreur que nourrit Sara envers Celeste, ce fantasme insaisissable, se transforme. Et que cette mission lui permet de se libérer, elle.
Diego San José Castellano et Carmen Machi avaient déjà collaboré sur Ocho apellidos vascos (2014), l’un des plus grands succès du box-office espagnol, qui ne manquait pas de malice. On retrouve ce mélange de tendresse et d’humour pince-sans-rire dans Celeste. «Sais-tu pourquoi les inspecteurs des impôts se mettent toujours en couple?», demande Sara à sa stagiaire. «Parce que tous les autres nous détestent!»
Celeste. Une série de Diego San José Castellano (Espagne, 2024). Six épisodes de 30’ à voir sur Arte.tv. et Play RTS.


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