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Le virage sioniste du RN n’est pas une mue diplomatique mais une adhésion pleine et entière à l’entreprise coloniale israélienne.
Cette annonce de Sébastien Chenu, faite sur Franceinfo le 3 mars 2026, n’a rien d’un accident de communication. Elle s’inscrit dans une mue idéologique profonde entamée il y a plus d’une décennie. Rappelons l’histoire que le RN voudrait voir effacée : sous Jean-Marie Le Pen, le Front national entretenait un antisionisme viscéral, ponctué d’amitiés avec les régimes les plus hostiles à l’État hébreu. Mais depuis 2011, Marine Le Pen a entrepris une stratégie de « dédiabolisation » qui a trouvé dans le soutien inconditionnel à Israël un formidable vecteur de respectabilité. Le calcul est aussi cynique qu’efficace : en épousant la cause israélienne, le RN espère laver « l’antisémitisme » historique de son fondateur, tout en s’offrant une virginité républicaine sur le dos des Palestiniens.
🇫🇷🇮🇱Premier voyage international d’un président RN en 2027 ? Israël, d’après Sébastien Chenu.
On imaginait plutôt les DOM-TOM (d’abord la France !), le Vatican (racines chrétiennes) ou l’Allemagne (souder l’Europe), etc.
Mais non : un pays éloigné, sans lien historique fort… pic.twitter.com/Va73m9w1Yf
— The News (@thenews_fr) March 4, 2026
Le 7 octobre 2023 a servi de catalyseur. Dès les premières heures, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont condamné sans réserve les attaques du Hamas, affirmant le « droit légitime d’Israël à se défendre ». Une formule anodine en apparence, mais qui, dans la bouche de l’extrême-droite française, signifie une chose : l’acceptation tacite de tout ce qui suivrait. Et ce qui a suivi, ce sont des mois de bombardements intensifs, la destruction systématique des hôpitaux, des écoles, des universités, des camps de réfugiés, et cette famine organisée que les experts des Nations unies qualifient désormais d’arme de guerre. En novembre 2023, le RN défile fièrement à Paris contre l’antisémitisme, aux côtés de la droite et du macronisme, tandis que La France Insoumise, coupable de réclamer un cessez-le-feu immédiat, est conspuée et marginalisée. Le piège se refermait : quiconque ose dénoncer les crimes israéliens se voit immédiatement accusé de complicité avec le Hamas et même d’antisémitisme. Le RN a voté en faveur de diverses propositions de loi de la macronienne Caroline Yadan menant à la confusion entre antisionisme et antisémitisme.
Le tournant s’accélère en 2025. Jordan Bardella, jeune président lisse du RN, est officiellement invité par le gouvernement israélien à une conférence internationale sur la lutte contre l’antisémitisme à Jérusalem. Il s’y rend, accompagné de Marion Maréchal, dans ce qui ressemble à un pèlerinage politique. Il visite les ruines du festival Nova, se recueille, serre des mains. Il est reçu par le ministre Amichaï Chikli et par Benjamin Netanyahou en personne, ce même Netanyahou contre lequel la Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt pour crimes de guerre. Pour le RN, cette visite est « historique », la consécration de vingt ans d’efforts. Pour les Palestiniens, c’est la preuve que l’extrême-droite française apporte désormais son appui à l’entreprise coloniale la plus meurtrière du XXIe siècle.
Désormais, Marine Le Pen ose l’impensable. Elle affirme sans sourciller que « le RN a toujours été sioniste » et se présente comme le « meilleur bouclier » pour les Français de confession juive face à l’islamisme. Une rhétorique habile, qui instrumentalise la peur d’une communauté pour justifier une politique d’alliance avec un État d’apartheid. Le parti s’oppose désormais à toute reconnaissance unilatérale d’un État palestinien, qualifiée par Netanyahou de « récompense au terrorisme ». En clair, condamner le Hamas justifie de cautionner la colonisation, les check-points, les exécutions extrajudiciaires, et maintenant la destruction de toute infrastructure civile à Gaza. Le glissement sémantique est achevé : « défense d’Israël » est devenu synonyme de « défense de l’Occident contre le terrorisme », effaçant d’un trait de plume les milliers de civils palestiniens, majoritairement des femmes et des enfants, dont les corps continuent de s’accumuler sous les décombres.
Ce que Sébastien Chenu a donc annoncé, le 3 mars 2026, c’est bien plus qu’un simple déplacement diplomatique. C’est l’acte fondateur d’une nouvelle diplomatie française, une diplomatie qui renonce à toute prétention d’équilibre, de médiation, de défense du droit international, pour épouser sans distance la realpolitik la plus brutale. Un président RN ne se rendrait pas à Berlin pour sceller la réconciliation européenne, ni dans les Outre-mer pour réaffirmer l’unité nationale, ni au Vatican pour une quelconque tradition laïque ou catholique. Non, il irait d’abord à Jérusalem ou Tel-Aviv, là où l’on décide des bombardements, là où l’on organise la famine des habitants de Gaza, là où l’on justifie l’injustifiable au nom de la sécurité.
Pour les défenseurs de cette ligne, il s’agirait d’une alliance naturelle contre l’islamisme radical, menace commune à la France et à Israël. Mais cette lecture manichéenne, qui réduit le conflit israélo-palestinien à un affrontement entre civilisation et barbarie, est un écran de fumée. Elle permet d’évacuer la question coloniale, d’ignorer les résolutions de l’ONU bafouées, de mépriser le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Et surtout, elle autorise toutes les compromissions. Soutenir Israël aujourd’hui, dans le contexte de ce que la Cour internationale de justice examine comme un possible génocide, c’est accepter que la raison d’État prime sur le droit humanitaire. C’est admettre que certaines vies valent moins que d’autres. C’est, pour reprendre les mots de l’historien israélien Ilan Pappé, devenir complice d’un « nettoyage ethnique » en cours.
Alors, quand Sébastien Chenu évoque une « relation de qualité » avec Israël, il faut entendre ce que ces mots recouvrent : une relation de complicité active avec un pouvoir qui emprisonne des enfants, qui exproprie des familles de leurs oliveraies séculaires, qui bombarde des immeubles d’habitation en invoquant des cibles terroristes, et qui, depuis le 7 octobre 2023, a fait de Gaza le plus grand cimetière à ciel ouvert pour enfants du monde contemporain. C’est cette réalité que le RN choisit d’embrasser, et qu’il veut faire entrer à l’Élysée.
Les électeurs sont désormais face à un choix clair. D’un côté, ceux qui considèrent encore que la France doit porter une voix universelle, défendre le droit international et appeler à la paix, fût-elle imparfaite. De l’autre, ceux qui, comme le RN, ont choisi leur camp : celui des armes, de l’apartheid et de l’impunité. En hissant Israël au sommet de ses priorités diplomatiques, le Rassemblement National ne parachève pas seulement sa « normalisation ». Il dévoile son vrai programme : une France alignée sur les pires excès d’un État voyou, une France qui tourne le dos à ses propres valeurs républicaines pour épouser la cause des puissants contre les opprimés. L’histoire retiendra que c’est au moment où Gaza agonisait que l’extrême-droite française a choisi d’en honorer les fossoyeurs.


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