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Sean Casey relance le débat sur le revenu minimum à l’Î.-P.-É.

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Le député fédéral de Charlottetown, Sean Casey, signe une tribune dans le journal The Hill Times pour défendre le projet pilote de revenu minimum garanti à l'Île-du-Prince-Édouard.

En novembre dernier, le gouvernement fédéral a fait savoir au ministre provincial du Développement social qu'il refusait de financer le programme. La pauvreté est un choix politique, choisissons une politique différente, conclut Sean Casey dans sa lettre ouverte.

Le député fédéral de Charlottetown presse le gouvernement fédéral et ses collègues libéraux de relancer les discussions sur le projet de revenu minimum garanti.

Dix ans après le soutien unanime des députés de l'île à une collaboration fédérale-provinciale pour un projet pilote, le projet demeure au point mort.

Sean Casey refuse toutefois de lâcher le morceau. Selon lui, un vent nouveau pourrait souffler avec l'arrivée de Mark Carney, potentiellement un peu plus ouvert sur le sujet que son prédécesseur Justin Trudeau.

Le problème qu'on a maintenant, c'est que des priorités évidentes sont la sécurité, les échanges, la résilience économique, c'est difficile d'attirer l'attention aux enjeux comme ceux-ci.

L'objectif de Sean Casey est clair : inciter Ottawa à rejoindre un groupe de travail collaboratif avec les autorités provinciales. La mission principale de ce comité serait de réviser les données publiées dans le rapport de 2023 sur le projet pilote de revenu minimum.

Ce rapport de 2023, c’est la feuille de route technique. Le plan prévoit notamment que les insulaires de 18 à 64 ans reçoivent un montant fixé à 85 % du seuil de pauvreté. Pour chaque dollar gagné en plus, les autres allocations sociales seraient par ailleurs réduites de 50 cents.

Un projet impossible?

Olivier Jacques, professeur de santé publique à l’Université de Montréal, estime que le revenu minimum proposé à l'île est fait de manière intelligente, contrairement au revenu minimum garanti universel où tout le monde reçoit le même montant.

Le revenu universel est l’une des pires idées de politique publique qu'on a eues, parce que ça coûte beaucoup trop cher, et ça tue le reste de l'État-providence, considère-t-il.

En revanche, Olivier Jacques juge ce modèle de revenu minimum garanti tout simplement impossible à mettre en œuvre.

Tout d’abord, à cause de sa complexité technique : il faudrait modifier en profondeur les programmes provinciaux et fédéraux de soutien au revenu pour les arrimer ensemble.

C'est très compliqué, ça implique une collaboration fédérale-provinciale qui n’arrive dans aucun dossier.

L’île face au mur du fédéralisme

Olivier Jacques pointe enfin le blocage constitutionnel.

Il y a cette dimension-là de fédéralisme qui rend en fait ce genre de réforme malheureusement impossible dans la fédération, affirme-t-il.

Parce que, selon lui, le revenu minimum garanti demande une coordination trop parfaite entre deux ordres de gouvernement, qui gardent jalousement leurs compétences.

Ce verrou institutionnel n'entame pourtant pas l'optimisme de Sean Casey. Le député assure au contraire que les conditions actuelles sont bien plus favorables à l'acceptation de cette idée qu'elles ne l'étaient il y a quelques années.

Pour preuve, il cite notamment les travaux de Jiaying Zhao, professeure à l'Université de Colombie-Britannique, montrant que 82 % des Canadiens soutiendraient désormais un revenu garanti.

Sean Casey

« Toutes les recherches indiquent que l'impact du revenu garanti de base sur la volonté de travailler sera minime », assure Sean Casey, député fédéral de Charlottetown. (Photo d'archives)

Photo : KEN LINTON / CBC / JULIEN LECACHEUR

Un enthousiasme populaire que nuance toutefois Olivier Jacques, pour qui l'acceptation sociale n'est pas encore au rendez-vous, si l’on creuse plus loin que des sondages du genre : "voudriez-vous un revenu minimum garanti" sans parler des coûts.

Un revenu minimum garanti suffisamment généreux pour améliorer la situation des personnes à faible revenu implique des dépenses publiques supplémentaires, plus d'impôts, insiste l’universitaire. Et les gens ne sont pas prêts à payer des impôts pour aider les pauvres. C'est malheureux, mais c'est un fait.

D’un côté, Sean Casey mise sur la volonté humaine, de l'autre Olivier Jacques pointe la structure fédérale du pays.

Reste à voir si l'appel à une politique différente lancé par Sean Casey suffira à provoquer une collaboration inédite entre le fédéral et la province. Pour l'instant, à Charlottetown, on attend toujours qu'Ottawa décroche le téléphone.

Selon Barb Ramsay, la ministre provinciale du Développement social, le programme coûterait 244 millions $ par année.

Avec des informations de l'émission Le réveil Île-du-Prince-Édouard

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