La découverte d'une dent portant des traces de traitement, dans une grotte de Sibérie, vient une nouvelle fois casser l'image de brute épaisse et primitive qu'on avait à tort attribué au proche cousin de l'homo sapiens.

C.B. - Aujourd'hui à 12:15 - Temps de lecture :

Le Néandertal a vécu en Europe, au Moyen Orient et en Asie centrale. Il a disparu il y a environ 40 000 ans. Photo illustration Wikimedia Le Néandertal a vécu en Europe, au Moyen Orient et en Asie centrale. Il a disparu il y a environ 40 000 ans. Photo illustration Wikimedia

Il a longtemps été considéré comme une brute épaisse sans compétence aucune. Un être simiesque et archaïque, limite débile, indigne d'une quelconque humanité. Et puis, au fur et à mesure des recherches, l'homme de Néandertal a fini par être considéré à sa juste valeur et à prendre place dans la chronologie humaine.

Après tout, il était taillé pour résister au froid et à de nouveaux pathogènes (une spécificité dont nous avons hérité dans notre génome). Il maîtrisait le feu, peignait sur les parois des cavernes, fabriquait des vêtements couvrants, des bijoux rudimentaires et enterrait ses morts. Il faisait même usage de plantes médicinales pour se soigner.

Mais on n'était pas sûr que cela soit le produit d'une stratégie particulière, ou bien d'une auto-médication instinctive. La dernière publication, parue dans la revue PlosOne, semble confirmer la première hypothèse.

Un trou dans la Chagyrskaya 64

Et c'est dans une grotte de l'Altaï, au sud de la Sibérie, qu'une découverte déterminante a fait pencher la balance : une deuxième molaire inférieure, d'environ 60 000 ans, un peu particulière. La Chagyrskaya 64, du nom du site, présentait un énorme trou. 

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Dans un premier temps, les scientifiques ont pensé qu'il s'agissait tout simplement d'une carie. C'est en l'observant de plus près qu'ils ont remarqué des rayures et des stries à l'intérieur de la cavité. Des traces qui n'étaient pas le résultat de l'usure ou d'une infection, mais bien d'un geste délibéré, réalisé avec un outil en pierre. Une sorte de fraise préhistorique qui a permis d'enlever, en trois étapes, la zone abimée et une partie de la pulpe de la dent, du vivant de l'individu. Le geste, précis, l'a probablement soulagé.

De l'usage régulier de cure-dents

Depuis des recherches datant de la fin des années 2010, on savait que les Néandertaliens employaient des cure-dents pour limiter les douleurs liées à l'inflamamation des gencives et ôter les résidus alimentaires. En 2025, des prélèvements réalisés sur la dentition d'un spécimen, à El Sidron, en Espagne, ont révélé la présence d'acide salicylique (le principe actif de l'aspirine) présent dans du peuplier qu'il avait pris pour soulager des douleurs.

Avec la découverte russe, Néandertal révèle ici des pratiques de soins réfléchies et avancées qui rebattent une nouvelle fois les cartes sur la perception de ce proche cousin d'homo sapiens. Jusqu'à présent, on avait daté les premières opérations dentaires à environ 15 000 ans. Il va falloir maintenant reculer... de 45 000 ans.

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